Trouver une place en crèche ou une assistante maternelle relève déjà parfois du parcours du combattant. Et la situation pourrait encore se tendre dans les prochaines années. Malgré la baisse de la natalité, la France risque de perdre suffisamment de capacités d’accueil pour que des dizaines de milliers de familles se retrouvent sans solution.
Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, s’est emparée du sujet et a annoncé, ce lundi 21 septembre, un plan d’urgence de 90 millions d’euros consacré à la petite enfance. Au programme : davantage d’argent pour certaines crèches, un coup de pouce aux assistantes maternelles et aux maisons d’assistantes maternelles (MAM), mais aussi des établissements mieux préparés aux fortes chaleurs. L’urgence n’est pas seulement budgétaire. Elle touche tout un modèle d’accueil fragilisé par la hausse des coûts, les difficultés financières de certaines structures et surtout le recul du nombre d’assistantes maternelles.
Petite enfance : pourquoi la France risque-t-elle de manquer de places d’accueil ?
100 000 places pourraient manquer d’ici 2033
Sans intervention, au moins 100 000 places d’accueil formel pourraient manquer en France d’ici 2033, simplement pour maintenir le niveau actuel de couverture des besoins. Cette estimation ne sort pas de nulle part. Dans une revue des dépenses consacrée aux politiques familiales publiée le 14 août 2026, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) alertent sur la diminution attendue des capacités d’accueil du jeune enfant. Les deux inspections recommandent notamment de consolider le secteur et de réorienter davantage de moyens vers l’accueil des jeunes enfants.
La France compte moins de jeunes enfants qu’auparavant, mais cela ne suffit pas à détendre le système. Selon la Drees, entre 2017 et 2022, le nombre d’enfants de moins de 3 ans a diminué de 6,6 %, tandis que le nombre total de places d’accueil formel reculait lui aussi de 3,4 %. Le taux de couverture est donc passé de 58,9 à 60,3 places pour 100 enfants, mais en partie parce que le nombre d’enfants à accueillir a baissé plus rapidement que l’offre.
Les assistantes maternelles de moins en moins nombreuses
C’est surtout du côté de l’accueil individuel que le voyant passe au rouge. Les assistantes maternelles restent un maillon essentiel de la garde des jeunes enfants en France, mais leurs effectifs diminuent depuis plusieurs années. Selon les données de la Drees, 294 900 assistantes maternelles étaient agréées fin 2023, hors Mayotte. Leur nombre avait reculé de 4,7 % en seulement un an et diminuait en moyenne de 4,3 % par an depuis 2013. Le nombre de places théoriquement proposées par les assistantes maternelles en activité et directement employées par les parents était alors estimé à 769 500, en baisse pour la neuvième année consécutive.
Et ce recul pèse lourd ! Toujours en 2023, les assistantes maternelles représentaient encore 61 % des places théoriquement disponibles en accueil collectif, familial et individuel. Quand leurs effectifs diminuent, ce sont donc des dizaines de milliers de solutions de garde qui peuvent progressivement disparaître. Les maisons d’assistantes maternelles suivent, elles, une trajectoire différente. Ces fameuses MAM permettent à plusieurs professionnelles agréées d’accueillir des enfants dans un même local, plutôt qu’à leur domicile. Fin 2023, la France en comptait près de 5 200, soit 10 % de plus en un an selon la Drees.
Petite enfance : que prévoit ce plan d’urgence ?
Plus d’argent pour les crèches
Le plan annoncé par le gouvernement veut remettre un peu d’air dans les finances des crèches. L’un des leviers retenus est la prestation de service unique (PSU). Derrière ce sigle peu parlant se cache l’un des principaux mécanismes utilisés par les Caisses d’allocations familiales pour financer les établissements d’accueil du jeune enfant. Le gouvernement prévoit une nouvelle revalorisation de cette aide.
Ce renfort intervient alors que la branche Famille avait déjà actualisé ses financements pour 2026. La Cnaf avait notamment annoncé une revalorisation de 0,63 % de la PSU, représentant 25 millions d’euros supplémentaires, ainsi que 7,5 millions d’euros pour améliorer le bonus lié à la mixité sociale et 5 millions pour accompagner la qualification des professionnels de la petite enfance. Mais le secteur réclamait davantage. Dès 2025, le Comité de filière Petite Enfance alertait sur la progression des charges supportées par les établissements et réclamait une revalorisation exceptionnelle de la PSU.
3 175 crèches situées dans les territoires fragiles ciblées
Autre levier : le bonus territoire, une aide complémentaire versée aux structures implantées dans certaines collectivités. Son montant tient notamment compte des caractéristiques économiques et sociales du territoire. Les établissements situés dans des quartiers ou zones prioritaires peuvent bénéficier d’un soutien renforcé. Dans le cadre du nouveau plan, son montant doit être augmenté au bénéfice de 3 175 crèches situées dans les territoires considérés comme les plus fragiles.
L’enjeu est important car toutes les familles ne disposent pas des mêmes possibilités selon leur lieu de résidence. Une étude de la Drees publiée en mai 2026 montre de fortes disparités géographiques. En 2022, en ne comptant que les assistantes maternelles et les établissements d’accueil du jeune enfant, l’offre moyenne atteignait 54,8 places pour 100 enfants de moins de 3 ans. Elle était globalement plus importante dans l’Ouest et certaines communes de l’Est, mais plus faible notamment en Occitanie, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse.
Un coup de pouce pour devenir assistante maternelle
Le gouvernement veut également tenter d’enrayer la chute de l’accueil individuel. Le plan prévoit donc une hausse de l’aide à l’installation des assistantes maternelles, ainsi qu’une augmentation de l’aide au démarrage des maisons d’assistantes maternelles. L’idée est de réduire une partie des frais nécessaires pour commencer à exercer ou pour monter une MAM et, à terme, maintenir davantage de places disponibles.
Le plan prévoit aussi un soutien spécifique pour l’accueil en crèche des enfants de professionnels dits de « première ligne », notamment les infirmières. L’objectif est de faciliter la garde des enfants pour des métiers soumis à des horaires parfois décalés et difficiles à concilier avec ceux des structures classiques.
Les crèches vont aussi devoir s’adapter aux canicules
C’est un volet un peu différent, mais devenu difficile à ignorer : la chaleur. Après les épisodes caniculaires de l’été 2026, le gouvernement veut mieux préparer les établissements accueillant de très jeunes enfants. Un plan d’action doit être adossé au fonds de modernisation des établissements, afin que les structures soient mieux équipées avant l’été 2027.
L’enjeu est sanitaire. Les nourrissons et les jeunes enfants font partie des populations particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs. Ils régulent moins efficacement leur température corporelle et dépendent entièrement des adultes pour boire suffisamment, être placés dans un environnement frais ou être protégés du soleil.
Le chantier ne consiste donc pas simplement à installer des climatiseurs partout. Selon les caractéristiques des bâtiments, il peut s’agir de protections solaires, de ventilation, d’isolation, d’aménagement des espaces ou d’autres travaux permettant de limiter la température intérieure.
Un plan d’urgence qui doit encore passer par la Cnaf
Les 90 millions d’euros annoncés ne vont pas arriver immédiatement dans les caisses des crèches et des professionnels. Plusieurs mesures doivent d’abord être examinées par le conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), qui joue un rôle central dans le financement de l’accueil des jeunes enfants. La branche Famille y consacre déjà des moyens importants. En 2026, les Caf indiquent mobiliser chaque année plus de 7 milliards d’euros pour leur action sociale. Une enveloppe qui sert notamment à soutenir les crèches, les relais petite enfance, les centres sociaux et de nombreux services destinés aux familles.
Les nouvelles aides doivent être soumises au conseil d’administration de la Cnaf au début du mois d’octobre. Si elles sont validées, l’objectif du gouvernement est de débloquer les financements supplémentaires avant la fin de l’année 2026. Mais ces 90 millions d’euros ne règlent pas, à eux seuls, toutes les difficultés du secteur. La petite enfance doit composer avec plusieurs problèmes de fond.
À SAVOIR
La pénurie pourrait encore s’accentuer avec les départs à la retraite. Selon le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA), près d’une assistante maternelle sur deux avait déjà 50 ans ou plus en 2020. Le renouvellement des professionnelles constitue donc un enjeu majeur pour conserver suffisamment de places d’accueil dans les prochaines années.




