Maladie visuelle : une greffe de cellules souches redonne de la vue à des patients

le 2 septembre 2026 à 09h47
Une femme atteinte d’une kératopathie liée à l’aniridie, qui endommage progressivement la cornée et la vision.
L’aniridie est une maladie rare présente dès la naissance qui empêche l’iris de se développer normalement. © Magnific
Un nouveau traitement à base de cellules souches a permis d’améliorer la vision de neuf patients atteints d’une maladie rare qui endommage progressivement la cornée. Testée pour la première fois chez l’être humain, cette greffe expérimentale a permis aux participants de gagner près de cinq lignes sur un tableau de vision après un an.
Sommaire

Des chercheurs britanniques viennent de franchir une nouvelle étape dans le traitement de certaines maladies rares de la cornée. Une équipe de l’University College London (UCL) et du Moorfields Eye Hospital a testé, pour la première fois chez l’être humain, un tissu fabriqué en laboratoire à partir de cellules de cornées humaines, dans le but de réparer la surface de l’œil et d’améliorer la vision.

Baptisé RAFT-OS, ce traitement expérimental repose sur une fine membrane de collagène sur laquelle sont cultivés deux types de cellules, dont des cellules souches capables de participer au renouvellement de la cornée. Le tissu obtenu est ensuite directement greffé à la surface de l’œil.

La technique a été testée chez neuf adultes atteints d’une kératopathie avancée liée à l’aniridie, une maladie génétique rare qui peut progressivement endommager et opacifier la cornée. Les résultats montrent qu’un an après la greffe, l’état de la surface de l’œil s’était amélioré et que les patients avaient gagné en moyenne 24 lettres d’acuité visuelle, soit près de cinq lignes supplémentaires, de plus en plus petites, sur le tableau utilisé pour tester leur vue.

Quelle est la maladie visuelle dont souffraient les participants ? 

L’aniridie, une maladie rare qui ne touche pas seulement l’iris

L’aniridie est une maladie rare présente dès la naissance, qui concerne environ une naissance sur 64 000 à 96 000 selon Orphanet. Elle se reconnaît notamment par l’absence totale ou partielle de l’iris, la partie colorée de l’œil autour de la pupille. Mais le problème ne s’arrête pas là. Dans la majorité des cas, l’aniridie est liée à une anomalie du gène PAX6, essentiel au bon développement de l’œil. Résultat, plusieurs parties de l’œil peuvent être touchées et les patients peuvent notamment souffrir de cataracte, de glaucome, d’une atteinte de la rétine ou d’une forte sensibilité à la lumière.

La cornée, cette membrane transparente qui recouvre l’avant de l’œil, peut elle aussi se détériorer au fil des années. Chez certains patients, elle ne parvient plus à se renouveler correctement, devient irrégulière et perd progressivement sa transparence. C’est ce que les médecins appellent une kératopathie liée à l’aniridie. La lumière passe alors moins bien et la vision se dégrade peu à peu. 

Pourquoi la cornée finit-elle par ne plus se réparer ?

Pour rester transparente et laisser passer la lumière, la cornée doit constamment renouveler les cellules qui recouvrent sa surface. Ce travail est notamment assuré par des cellules souches situées sur son pourtour, dans une petite zone appelée le limbe. Chez les patients atteints d’une forme avancée de kératopathie liée à l’aniridie, ces cellules souches ne remplissent plus correctement leur rôle. La cornée se répare alors de moins en moins bien et commence progressivement à se détériorer. Des vaisseaux sanguins peuvent apparaître à sa surface, qui devient plus irrégulière et moins transparente. La lumière passe moins bien et la vision diminue.

Dans les formes les plus sévères, les patients peuvent également souffrir d’éblouissements et de douleurs au niveau de l’œil. C’est précisément là que les chercheurs veulent intervenir. Plutôt que de seulement agir sur une cornée déjà abîmée, leur objectif est de lui apporter de nouvelles cellules capables de participer à son renouvellement. C’est sur ce principe que repose leur traitement expérimental.

Cellules souches, greffe… Comment fonctionne ce nouveau traitement ?

Un tissu vivant fabriqué à partir de cornées données

Pour tenter de réparer la cornée, les chercheurs ont mis au point un traitement baptisé RAFT-OS. Son principe est assez simple. Ils ont récupéré des cellules provenant de cornées humaines données, puis les ont cultivées en laboratoire sur une fine membrane composée de collagène. Deux types de cellules ont été utilisés. 

  • D’un côté, des cellules épithéliales limbiques, naturellement présentes sur le pourtour de la cornée. Parmi elles se trouvent des cellules souches qui produisent de nouvelles cellules pour réparer et renouveler en permanence la surface de la cornée.
  • De l’autre, des kératocytes, des cellules présentes à l’intérieur de la cornée qui participent à sa solidité, à sa réparation et au maintien de sa transparence, indispensable pour laisser correctement passer la lumière.

Une fois cultivées ensemble, ces cellules forment une sorte de fine couche de tissu vivant, conçue pour aider la surface de la cornée malade à se reconstruire et à mieux se renouveler. Cette membrane a ensuite été greffée sur l’œil le plus sévèrement atteint de chacun des neuf patients. Leur second œil n’a pas reçu le traitement et a permis aux chercheurs de comparer l’évolution de la maladie. Les participants avaient en moyenne 50,6 ans et souffraient tous d’une forme avancée de kératopathie liée à une aniridie.

Une vision nettement améliorée après un an

Un an après la greffe, les premiers résultats sont encourageants. L’état de la surface de la cornée s’est amélioré chez les patients traités, tandis que les yeux n’ayant pas reçu la greffe ont très peu évolué. Mais le résultat le plus concret concerne leur vision. Pour la mesurer, les chercheurs ont utilisé un tableau de lettres similaire à ceux que l’on retrouve chez l’ophtalmologue. Les lettres deviennent progressivement plus petites à mesure que l’on descend les lignes.

Après douze mois, les patients étaient capables de reconnaître en moyenne 24 lettres supplémentaires, soit presque cinq lignes de plus qu’avant la greffe. Autrement dit, ils arrivaient à distinguer des lettres nettement plus petites qu’avant le traitement. Pour autant, ils n’ont pas retrouvé une vision normale. Les neuf participants souffraient au départ d’une déficience visuelle extrêmement importante et, malgré les progrès observés, leur vue restait très fortement altérée après un an. 

Des médicaments nécessaires pour éviter le rejet

Cette technique présente toutefois une contrainte importante. Les cellules greffées proviennent de donneurs et non des patients eux-mêmes. Leur organisme peut donc les reconnaître comme étrangères et déclencher une réaction immunitaire pour tenter de les éliminer, comme cela peut arriver après une greffe d’organe.

Pour limiter ce risque de rejet, les neuf participants ont dû prendre des médicaments immunosuppresseurs, qui diminuent temporairement l’activité du système immunitaire. Selon le protocole de l’essai enregistré sur ClinicalTrials.gov, ce traitement a débuté dix semaines avant la greffe et s’est poursuivi pendant le suivi des patients. Une précaution indispensable, mais qui n’est pas sans contraintes. En affaiblissant les défenses immunitaires, ces médicaments peuvent notamment rendre l’organisme plus vulnérable aux infections. Un élément que les chercheurs devront prendre en compte avant d’envisager une utilisation plus large de cette technique.

Une première étape, pas encore un traitement disponible

L’essai a débuté en juillet 2021 au Moorfields Eye Hospital de Londres et s’est terminé en avril 2025, selon ClinicalTrials.gov. Les résultats publiés en juillet 2026 ne concernent pour l’instant que neuf patients suivis pendant un an. Il faudra donc désormais tester la technique auprès de davantage de personnes et les suivre plus longtemps. L’objectif sera notamment de vérifier que l’amélioration de la cornée et de la vision se maintient dans le temps, mais aussi de mieux connaître les éventuels effets indésirables.

La piste reste néanmoins particulièrement intéressante. Avec RAFT-OS, les chercheurs ne cherchent pas seulement à réparer une cornée déjà abîmée. Ils tentent de lui redonner les cellules dont elle a besoin pour mieux se renouveler elle-même. Si ces résultats se confirment lors de prochains essais, cette technique pourrait un jour offrir une nouvelle solution aux patients atteints des formes les plus sévères de la maladie.

À SAVOIR 

Certaines personnes atteintes d’aniridie peuvent porter des lentilles de contact colorées spécialement conçues pour reproduire l’apparence de l’iris. Elles peuvent aussi aider à limiter la quantité de lumière qui entre dans l’œil et ainsi réduire l’éblouissement.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur