Oeil rouge, douleur et vision floue : est-ce une kératoconjonctivite ?

Œil rouge et irrité, symptôme d'une kératoconjonctivite.
Selon les données de santé disponibles, la kératoconjonctivite toucherait environ 20 % de la population française. ©gettyimagespro / Canva
Les yeux rouges sont le plus souvent dus à une irritation passagère ou à une conjonctivite bénigne. Cependant, si la douleur s'intensifie, que la lumière devient difficile à supporter ou que la vision se trouble, il faut alors envisager une atteinte de la cornée. Parmi les causes possibles, on trouve la kératoconjonctivite, une affection dont le traitement dépend directement de son origine, qu'elle soit virale, bactérienne, allergique ou liée à une sécheresse oculaire. Quels sont les signes d'une kératoconjonctivite ? Quelles sont ses principales formes ? Dans quels cas est-il nécessaire de consulter en urgence ? Explications.
Sommaire

Un œil rouge n’est pas toujours le signe d’une simple conjonctivite. Lorsqu’il s’accompagne de douleurs, de larmes, d’une sensation de grain de sable, d’une gêne importante à la lumière ou d’une vision floue, il peut révéler une kératoconjonctivite.

Cette inflammation touche à la fois la conjonctive, la fine membrane qui recouvre le blanc de l’œil et l’intérieur des paupières, et la cornée, la surface transparente située devant l’iris et la pupille.

L’atteinte de la cornée peut entraîner une douleur plus intense, une forte sensibilité à la lumière, appelée photophobie, ainsi qu’une baisse de l’acuité visuelle. La présence simultanée d’un œil rouge, douloureux et d’une vision brouillée doit donc conduire à consulter rapidement un ophtalmologiste.

En quoi consiste une kératoconjonctivite ?

Le terme kératoconjonctivite désigne l’inflammation simultanée de la conjonctive et de la cornée.

La conjonctive est une fine membrane transparente qui tapisse le blanc de l’œil ainsi que la face interne des paupières. La cornée, située à l’avant de l’œil, est une structure transparente qui laisse passer la lumière et participe à la mise au point des images sur la rétine.

Pour rester parfaitement transparente, la cornée doit être lisse, intacte et continuellement humidifiée par le film lacrymal. Lorsqu’elle s’enflamme ou présente une érosion ou un ulcère, sa transparence diminue et la vision peut devenir floue.

La kératoconjonctivite ne correspond pas à une maladie unique. Elle peut être provoquée par une infection virale ou bactérienne, une réaction allergique ou encore une sécheresse oculaire importante.

Différencier une kératoconjonctivite d’une conjonctivite

Une conjonctivite simple provoque généralement un œil rouge, irrité et parfois collé au réveil par les sécrétions. La vision peut sembler légèrement brouillée, mais cette gêne disparaît après un clignement des yeux ou un nettoyage des sécrétions.

Dans une kératoconjonctivite, la douleur est souvent plus importante. La lumière devient difficile à supporter et la baisse de vision persiste malgré le nettoyage de l’œil. Ces signes traduisent une atteinte de la cornée.

Cette atteinte n’est pas toujours visible à l’œil nu. L’ophtalmologiste réalise un examen à la lampe à fente et utilise le plus souvent un colorant appelé fluorescéine afin de mettre en évidence les éventuelles lésions de la cornée.

Quels sont les principaux symptômes d’une kératoconjonctivite ?

La sensation d’avoir quelque chose dans l’œil est l’un des principaux symptômes. Elle est souvent décrite comme l’impression qu’un grain de sable ou qu’un cil est resté coincé sous la paupière. Cette gêne peut s’accompagner de brûlures, de picotements ou de démangeaisons.

L’œil devient généralement rouge et larmoyant. Les paupières peuvent légèrement gonfler et des sécrétions peuvent apparaître. Un écoulement clair évoque plus souvent une origine virale ou allergique, tandis que des sécrétions épaisses, jaunes ou verdâtres, peuvent orienter vers une infection bactérienne.

Une forte sensibilité à la lumière ou une baisse de la vision peuvent indiquer une atteinte de la cornée. Ces signes d’alerte nécessitent une consultation rapide chez un ophtalmologiste.

Comment se manifeste une kératoconjonctivite virale ?

La kératoconjonctivite virale est le plus souvent provoquée par un adénovirus. Il s’agit d’une infection particulièrement contagieuse qui touche fréquemment un premier œil avant de gagner le second quelques jours plus tard.

L’œil devient rouge, larmoyant et sensible à la lumière. Un ganglion douloureux peut également apparaître devant l’oreille, du côté atteint.

La transmission se fait principalement par les sécrétions oculaires, les mains et les objets contaminés, comme les serviettes, les taies d’oreiller, le maquillage ou certains collyres utilisés par plusieurs personnes. Une hygiène rigoureuse des mains et l’absence de partage du linge de toilette permettent de limiter la propagation du virus.

Le traitement repose essentiellement sur des soins destinés à soulager les symptômes, notamment des lavages au sérum physiologique, des compresses fraîches et des larmes artificielles.

Les antibiotiques sont inutiles contre une infection virale. Quant aux collyres contenant des corticoïdes, ils ne doivent jamais être utilisés sans avis ophtalmologique, car ils peuvent aggraver certaines infections de la cornée, notamment celles provoquées par le virus de l’herpès.

Pourquoi faut-il traiter rapidement une kératoconjonctivite bactérienne ?

La kératoconjonctivite bactérienne associe une infection de la conjonctive à une atteinte de la cornée. Elle s’accompagne souvent de sécrétions épaisses, jaunâtres ou verdâtres, et peut entraîner l’apparition d’un infiltrat ou d’un ulcère cornéen visible sous la forme d’une petite tache blanchâtre.

Sans traitement rapide, cette atteinte peut laisser une cicatrice permanente de la cornée et diminuer durablement la qualité de la vision.

Une consultation ophtalmologique dans la journée est donc recommandée afin de confirmer le diagnostic et de débuter un traitement antibiotique adapté, parfois après la réalisation d’un prélèvement.

Comment les lentilles de contact aggravent-elles la kératoconjonctivite ?

Le port de lentilles de contact augmente le risque d’infection de la cornée, appelée kératite infectieuse.

Ce risque est plus élevé lorsque les lentilles sont portées trop longtemps, mal nettoyées, rincées à l’eau du robinet ou conservées dans de mauvaises conditions. Dormir, se baigner ou se doucher avec ses lentilles peut également favoriser la multiplication de microbes.

Toute personne portant des lentilles qui présente un œil rouge et douloureux, une forte gêne à la lumière ou une baisse de la vision doit les retirer immédiatement et consulter rapidement un ophtalmologiste. Les lentilles ne doivent pas être remises avant l’établissement du diagnostic et la guérison complète de l’œil.

Comment savoir si une kératoconjonctivite est liée à une allergie ?

Les kératoconjonctivites allergiques peuvent être plus sévères qu’une conjonctivite allergique classique, car l’inflammation ne touche pas seulement la conjonctive : elle peut également atteindre la cornée. Il existe deux type de kératoconjonctivite.

La kératoconjonctivite vernale touche principalement les enfants âgés de 4 à 10 ans, mais elle peut également concerner les adolescents jusqu’à l’âge de 15 ans.

Elle provoque souvent de fortes démangeaisons, des sécrétions épaisses et des lésions sous la paupière supérieure. Cette forme nécessite un suivi régulier par un ophtalmologiste.

La kératoconjonctivite atopique concerne surtout les personnes sujettes aux allergies, notamment celles qui souffrent d’eczéma. Les paupières peuvent devenir épaisses, rouges et inflammatoires. La prise en charge repose sur un traitement ophtalmologique adapté ainsi que sur un meilleur contrôle de l’allergie.

Comment des yeux secs peuvent-ils entraîner une kératoconjonctivite ?

La kératoconjonctivite sèche n’est pas une infection. Elle apparaît lorsque le film lacrymal ne protège plus correctement la surface de l’œil, soit parce que la quantité de larmes est insuffisante, soit parce qu’elles s’évaporent trop rapidement.

Les symptômes associent brûlures, picotements, sensation de sable dans les yeux et vision fluctuante. Ils sont souvent plus marqués en fin de journée, après plusieurs heures passées devant un écran, en présence de vent ou dans un environnement climatisé.

Le vieillissement, certains médicaments, le port prolongé de lentilles ainsi que certaines maladies auto-immunes, comme le syndrome de Sjögren, figurent parmi les principales causes.

Le traitement repose principalement sur l’utilisation régulière de larmes artificielles, de gels ou de pommades ophtalmiques. Dans les formes les plus sévères, d’autres traitements peuvent être proposés par l’ophtalmologiste, notamment l’obstruction des points lacrymaux afin de limiter l’évacuation des larmes.

Peut-on guérir d’une kératoconjonctivite ?

Le traitement de la kératoconjonctivite vernale repose d’abord sur des mesures simples destinées à soulager les symptômes et à limiter le contact avec les allergènes. Des lavages oculaires au sérum physiologique, le port de lunettes de soleil et, lorsque cela est possible, l’identification puis l’évitement de la substance responsable peuvent être recommandés.

Des collyres antihistaminiques ou antiallergiques sont généralement prescrits pour réduire les démangeaisons, les rougeurs et le larmoiement. Dans les formes plus importantes, un traitement à base de corticoïdes peut être utilisé pendant une courte durée, uniquement sous surveillance ophtalmologique.

Une utilisation prolongée ou excessive de ces médicaments peut en effet provoquer des complications, notamment une augmentation de la pression dans l’œil, un glaucome ou la réactivation d’une infection herpétique. Lorsque la maladie est sévère, récidivante ou insuffisamment contrôlée, des collyres immunomodulateurs, comme la ciclosporine, peuvent être proposés afin de limiter le recours aux corticoïdes.

Dans les formes les plus graves, d’autres traitements antiallergiques ou, plus rarement, une intervention chirurgicale peuvent être nécessaires.

Quand faut-il consulter en urgence ?

Une téléconsultation peut aider à observer une rougeur de l’œil ou un gonflement des paupières. Elle ne permet toutefois pas d’examiner correctement la cornée. En cas de douleur importante, de forte gêne à la lumière ou de baisse de la vision, un examen chez l’ophtalmologiste à l’aide d’une lampe à fente est nécessaire.

Il est recommandé de consulter dans la journée si la vision diminue brutalement, si la douleur est intense, si la lumière devient difficile à supporter ou si une tache blanche apparaît sur la cornée.

Les porteurs de lentilles, les personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies ainsi que celles ayant récemment subi une opération ou un traumatisme de l’œil doivent également consulter rapidement.

Si un produit chimique est projeté dans l’œil, il faut le rincer immédiatement et abondamment à l’eau claire pendant plusieurs minutes. Il est ensuite nécessaire de se rendre sans attendre dans un service d’urgence ophtalmologique.

À SAVOIR

Au début des années 1940, une importante épidémie de kératoconjonctivite touche les ouvriers des chantiers navals américains, notamment à Pearl Harbor, compromettant temporairement les activités liées à l’effort de guerre. Des milliers de travailleurs présentent des yeux rouges, des douleurs oculaires intenses, un larmoiement important et parfois une baisse de la vision. Les enquêtes sanitaires montreront que la transmission ne se faisait pas principalement sur les chantiers, mais dans les infirmeries, où des instruments ophtalmologiques et des collyres insuffisamment désinfectés facilitaient la propagation d’un adénovirus particulièrement contagieux.

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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