Un couple se marie sans savoir que le mariage pourrait réduire le risque de développer un cancer.
L’effet du mariage ne semble pas se limiter à l’incidence du cancer… mais aussi à la survie après diagnostic. © Freepik

Et si la vie à deux ne jouait pas seulement sur le moral, mais aussi sur la santé ? Une vaste étude américaine suggère que les personnes mariées, ou l’ayant été, présentent moins de cancers que celles qui ne se sont jamais mariées. Faut-il y voir un effet protecteur du mariage ou le reflet d’autres facteurs ? Décryptage.

Et si le statut conjugal influençait notre santé ? La question n’est pas nouvelle, mais elle revient avec force après la publication d’une étude dans la revue Cancer Research Communications.

Réalisée à partir des données de registres américains, cette recherche montre que les personnes n’ayant jamais été mariées ont un risque plus élevé de développer un cancer que celles ayant été mariées au moins une fois.

Mais attention aux raccourcis. Les auteurs ne disent pas que le mariage « protège » du cancer au sens biologique du terme. Leur travail suggère plutôt que le statut marital est un indicateur social qui peut refléter des différences d’accès aux soins, de comportements de santé et de soutien social.

Une analyse massive de la population américaine

L’étude a été menée à partir des données du programme américain de surveillance des cancers Surveillance, Epidemiology and End Results (SEER). Elle porte sur :

  • plus de 100 millions d’adultes âgés de 30 ans et plus ;
  • plus de 4 millions de cancers diagnostiqués ;
  • une période d’observation allant de 2015 à 2022 ;
  • 12 États américains, représentant environ 31 % de la population du pays.

Les chercheurs ont comparé deux catégories : 

  • les personnes jamais mariées et celles ayant été mariées au moins une fois (mariées, divorcées ou veuves). 
  • Les personnes en union libre ou en couple sans mariage légal ont été comptées parmi les « jamais mariés ».

Cancers: des écarts significatifs de risque

Les résultats montrent une différence nette d’incidence du cancer selon le statut marital :

  • les hommes jamais mariés présentent un risque de cancer environ 68 % plus élevé que ceux ayant déjà été mariés ;
  • chez les femmes, ce sur-risque atteint environ 85 %.

Ces écarts sont observés pour la majorité des localisations de cancers étudiées et s’accentuent avec l’âge, en particulier après 55 ans.

Des cancers plus touchés que d’autres

L’étude révèle aussi que certains cancers présentent des écarts particulièrement marqués :

  • chez les hommes, le risque de cancer de l’anus est environ cinq fois plus élevé chez les personnes jamais mariées ;
  • chez les femmes, le cancer du col de l’utérus est près de trois fois plus fréquent dans le même groupe.

Les chercheurs notent également des différences importantes pour certains cancers associés à des facteurs de risque comportementaux ou infectieux : 

  • cancer du poumon, du foie, de l’œsophage,
  • cancers gynécologiques,
  • certains cancers digestifs.

En revanche, les écarts sont plus modestes pour les cancers du sein, de la prostate ou de la thyroïde, qui bénéficient de programmes de dépistage plus structurés.

Incidence cancers : pourquoi ces différences ? 

Ces résultats ne démontrent pas que le mariage protège directement contre le cancer. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer les écarts observés :

Le mariage apparaît donc comme un marqueur social plus que comme un facteur protecteur en soi. 

Les chercheurs évoquent aussi un possible effet de « sélection ». Les personnes en meilleure santé peuvent être plus susceptibles de se marier, ce qui complique l’interprétation.

Au-delà du statut marital, cette étude met en lumière des inégalités sociales de santé. Les personnes vivant seules ou en situation d’isolement peuvent cumuler plusieurs facteurs de vulnérabilité : 

  • moindre suivi médical, 
  • retards de diagnostic, 
  • précarité économique,
  • absence de soutien au quotidien.

En ce sens, ces résultats rejoignent des travaux plus larges sur les déterminants sociaux de la santé, qui montrent que le contexte de vie influence fortement le risque de maladies chroniques, dont le cancer.

Le but des chercheurs n’est évidemment pas de transformer le mariage en ordonnance médicale. L’enjeu est ailleurs : mieux repérer les personnes qui, parce qu’elles vivent seules ou disposent d’un réseau social plus fragile, pourraient passer entre les mailles du filet en matière de prévention et de soins.

Concrètement, ces résultats rappellent que la prévention ne repose pas seulement sur la biologie, mais aussi sur le contexte de vie. Favoriser l’accès aux dépistages organisés, encourager un suivi médical régulier, quel que soit le statut conjugal, et intégrer l’isolement social dans les politiques de santé publique apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire les inégalités face au cancer.

À SAVOIR 

Un conjoint peut jouer un rôle inattendu… dans le dépistage. Les personnes vivant en couple étaient plus susceptibles de détecter précocement un mélanome, simplement parce que leur partenaire remarque plus facilement une tache ou un grain de beauté suspect dans des zones difficiles à voir soi-même, comme le dos.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentRéseaux sociaux et écrans : ce qu’ils font vraiment à notre cerveau (et comment reprendre la main)
Article suivantBritney Spears en cure de désintoxication : à quoi ressemble vraiment la prise en charge ?
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici