Maux de tête, trоubles de la visiоn, AVC : et si c’était le syndrоme de CADASIL ?

Femme sоuffrant de maux de tête et se tenant les tempes, illustratiоn des migraines ainsi que des trоubles neurоlоgiques suspectés d'être liés au syndrоme de CADASIL․
Les migraines apparaissent en moyenne autour de l'âge de 30 ans et concernent environ un tiers des patients. ©DrazenZigic / Magnific
Des migraines associées à des troubles visuels, des accidents vasculaires cérébraux survenant chez les jeunes adultes, ou encore une perte progressive de mémoire peuvent parfois révéler une maladie génétique : le syndrome de CADASIL. Reconnue comme la principale cause héréditaire d'AVC d'origine génétique, cette pathologie affecte les vaisseaux du cerveau et peut, avec le temps, provoquer des troubles neurologiques et cognitifs. Comment cette maladie évolue-t-elle ? Quels signes doivent alerter ? Existe-t-il des traitements capables de freiner sa progression ? Éléments de réponse.
Sommaire

Le syndrome de CADASIL est une maladie génétique rare qui peut se manifester par des maux de tête, des troubles visuels et, dans certains cas, des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Transmise de manière héréditaire, elle constitue la cause la plus fréquente d’AVC. Les premiers signes apparaissent généralement entre 45 et 50 ans.

En Europe, sa prévalence est estimée entre 1 personne sur 50 000 et 1 personne sur 25 000, bien que la maladie soit probablement sous-diagnostiquée. À l’origine de cette affection, une altération progressive des petits vaisseaux sanguins du cerveau, qui perturbe la circulation sanguine cérébrale.

Avec le temps, cette atteinte peut favoriser la survenue de plusieurs AVC répétés , de troubles cognitifs et, chez certains patients, d’une démence vasculaire. Toutefois, l’évolution de la maladie reste très variable d’une personne à l’autre.

Une maladie génétique affectant les petits vaisseaux du cerveau

Son nom, toujours en lettres capitales, est l’acronyme de l’expression anglaise Cerebral Autosomal Dominant Arteriopathy with Subcortical Infarcts and Leukoencephalopathy (Artériopathie cérébrale autosomique dominante avec infarctus sous-corticaux et leucoencéphalopathie). La maladie est causée par une mutation du gène NOTCH3, impliqué dans le fonctionnement des cellules musculaires qui entourent les petits vaisseaux sanguins.

Cette anomalie génétique entraîne l’accumulation progressive d’une protéine anormale dans la paroi des artères cérébrales. Avec le temps, les vaisseaux deviennent plus épais et plus rigides, ce qui altère la circulation sanguine au sein du cerveau. Certaines zones cérébrales peuvent alors recevoir moins d’oxygène et de nutriments.

Cette atteinte progressive favorise l’apparition de lésions cérébrales et de petits infarctus ischémiques répétés, parfois pendant plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes importants. La transmission est dite autosomique dominante. Concrètement, une personne porteuse de la mutation présente un risque de 50 % de la transmettre à chacun de ses enfants.

Contrairement aux AVC les plus fréquents, souvent liés à l’athérosclérose ou à l’atteinte des grosses artères, le CADASIL touche essentiellement la microcirculation cérébrale.

Des signes neurоlоgiques qui se manifestent fréquemment à l’âge adulte

Les premiers symptômes surviennent généralement entre 30 et 50 ans, même si des formes plus précoces ou plus tardives existent. Les migraines avec aura constituent souvent le premier signe de la maladie. Avant la douleur, certaines personnes présentent des troubles visuels, des phénomènes lumineux, des fourmillements ou encore des difficultés temporaires à parler.

Au fil des années, des accidents vasculaires cérébraux ischémiques peuvent apparaître. Ces épisodes surviennent parfois chez des adultes encore jeunes et sans les facteurs de risque cardiovasculaires habituellement associés aux AVC. Selon les zones cérébrales touchées, les symptômes peuvent inclure une faiblesse d’un côté du corps, des troubles du langage, des difficultés à marcher, une perte de coordination ou des troubles de la sensibilité.

L’accumulation progressive des lésions cérébrales peut également entraîner des troubles cognitifs. La mémoire, l’attention, la capacité d’organisation et la planification des tâches complexes peuvent être affectées.

Chez certains patients, l’évolution peut conduire à une démence d’origine vasculaire. Toutefois, la progression de la maladie reste très variable. Certaines personnes conservent longtemps leur autonomie, tandis que d’autres développent des séquelles plus importantes. Des troubles psychologiques ou comportementaux peuvent aussi être observés, notamment une dépression, une apathie, une irritabilité ou des modifications de l’humeur.

Un diagnоstic basé sur l’imagerie et l’analyse génétique

Le diagnostic du syndrome de CADASIL repose sur plusieurs éléments complémentaires. L’enquête médicale débute souvent par l’étude des antécédents familiaux. La présence d’AVC précoces, de migraines récurrentes ou de troubles neurologiques chez plusieurs membres d’une même famille peut orienter les investigations.

L’IRM cérébrale occupe une place centrale dans le diagnostic. Elle permet de visualiser les lésions caractéristiques de la maladie, notamment les anomalies de la substance blanche cérébrale. Certaines localisations sont particulièrement évocatrices, notamment les pôles temporaux antérieurs et les capsules externes, dont l’atteinte est fréquemment observée chez les patients atteints de CADASIL.

La confirmation du diagnostic repose sur une analyse génétique visant à identifier une mutation du gène NOTCH3. Réalisé à partir d’une prise de sang, cet examen est généralement accompagné d’une consultation spécialisée en génétique médicale. Plus rarement, une biopsie cutanée peut être proposée afin de mettre en évidence les dépôts caractéristiques observés autour des petits vaisseaux sanguins.

L’association des signes cliniques, des anomalies observées à l’IRM et de la confirmation génétique permet aujourd’hui d’établir un diagnostic fiable.

Une prise en charge axée principalement sur la préventiоn des cоmplicatiоns

À ce jour, aucun traitement ne permet de guérir le syndrome de CADASIL ni de corriger la mutation génétique responsable de la maladie. La prise en charge vise principalement à réduire le risque d’accidents vasculaires cérébraux et à préserver les fonctions neurologiques le plus longtemps possible.

Le contrôle de l’hypertension artérielle, du diabète et des anomalies du cholestérol constitue un élément important du suivi médical. L’arrêt du tabac est également fortement recommandé en raison de ses effets délétères sur les vaisseaux sanguins. L’activité physique régulière, une alimentation équilibrée et le maintien d’un poids adapté participent également à la réduction du risque vasculaire.

Après un AVC, un traitement antiagrégant plaquettaire, comme l’aspirine à faible dose, peut être prescrit dans certaines situations. Les anticoagulants ne sont utilisés que lorsqu’une indication spécifique le justifie.

Les migraines peuvent également bénéficier d’une prise en charge adaptée afin d’améliorer la qualité de vie des patients. Lorsqu’un AVC survient, la rééducation occupe une place importante. Kinésithérapie, orthophonie et réadaptation fonctionnelle permettent souvent de récupérer une partie des capacités altérées.

En présence de troubles cognitifs, un accompagnement neuropsychologique peut aider à maintenir l’autonomie grâce à des stratégies de compensation adaptées.

Une évоlutiоn qui varie d’un patient à l’autre

L’évolution du syndrome de CADASIL dépend notamment du nombre d’accidents vasculaires cérébraux survenus, de leur localisation et de l’étendue des lésions cérébrales accumulées au fil du temps.

Certaines personnes vivent pendant de nombreuses années avec peu de symptômes, tandis que d’autres développent progressivement des troubles neurologiques, cognitifs ou moteurs plus marqués.

L’amélioration des techniques diagnostiques permet aujourd’hui une identification plus précoce de la maladie, favorisant la mise en place de mesures de prévention et d’un suivi spécialisé.

Le syndrome de CADASIL rappelle que certains AVC peuvent survenir chez des adultes relativement jeunes en raison d’une maladie génétique sous-jacente. La présence de migraines avec aura, d’AVC précoces ou d’antécédents familiaux similaires doit conduire à évoquer cette pathologie.

Comme pour tout accident vasculaire cérébral, l’apparition brutale d’une faiblesse d’un côté du corps, d’un trouble de la parole, d’une perte de vision ou d’une confusion nécessite une prise en charge médicale immédiate.

Une surveillance neurologique régulière et une prise en charge adaptée constituent aujourd’hui les meilleurs moyens de préserver la qualité de vie et l’autonomie des personnes atteintes.

À SAVOIR

Dans les années 1990, les chercheuses françaises Marie-Germaine Bousser et Élisabeth Tournier-Lasserve ont contribué à identifier les mécanismes génétiques à l’origine du syndrome de CADASIL. L’histoire du gène concerné remonte toutefois à 1917, lorsque le généticien américain Thomas Hunt Morgan observa chez une petite mouche appelée drosophile des ailes aux bords entaillés. Il donna alors au gène responsable le nom de « Notch », un mot anglais qui signifie « encoche ». Plus d’un siècle plus tard, les chercheurs ont découvert que l’être humain possède lui aussi des gènes de la famille Notch, dont le gène NOTCH3, impliqué dans le syndrome de CADASIL.

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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