Une jeune femme migraineuse souffre de crises intenses pendant les épisodes de fortes chaleurs.
La migraine touche les femmes deux à trois fois plus souvent que les hommes. © Magnific

Canicule, soleil Ă©crasant, orages soudains et nuits trop courtes
 L’étĂ© concentre de nombreux facteurs capables de dĂ©clencher ou d’aggraver les migraines, une maladie neurologique qui touche aujourd’hui plusieurs millions de Français.

Les Ă©pisodes de chaleur extrĂȘme ne se contentent pas d’augmenter le risque de dĂ©shydratation ou de coups de chaleur. Pour les millions de Français qui souffrent de migraine, ils peuvent aussi dĂ©clencher des crises plus frĂ©quentes et plus intenses. Un soleil trop intense, une journĂ©e particuliĂšrement chaude, un trajet en voiture sans climatisation ou encore un orage imminent peuvent suffire Ă  dĂ©clencher une crise. Car la migraine n’est pas un simple mal de tĂȘte. Il s’agit d’une maladie neurologique complexe, influencĂ©e par de nombreux facteurs internes et environnementaux.

Selon l’Inserm, la migraine touche environ 12 % de la population adulte en France, soit plusieurs millions de personnes. Les femmes sont deux Ă  trois fois plus concernĂ©es que les hommes, notamment en raison de facteurs hormonaux. Et lorsque les tempĂ©ratures grimpent, les dĂ©clencheurs potentiels se multiplient.

Une crise de migraine ne se limite pas Ă  une douleur passagĂšre. Elle provoque des maux de tĂȘte modĂ©rĂ©s Ă  sĂ©vĂšres, souvent pulsatiles et localisĂ©s d’un seul cĂŽtĂ© du crĂąne, qui peuvent durer de quelques heures Ă  plusieurs jours. À ces douleurs s’ajoutent frĂ©quemment des nausĂ©es, des vomissements et une hypersensibilitĂ© Ă  la lumiĂšre, au bruit ou aux odeurs. Chez certaines personnes, la crise est prĂ©cĂ©dĂ©e d’une « aura », un ensemble de symptĂŽmes neurologiques transitoires pouvant se manifester par des troubles visuels, comme des points lumineux ou des lignes scintillantes, mais aussi par des difficultĂ©s Ă  s’exprimer ou des sensations d’engourdissement.

Selon l’OMS, la migraine figure parmi les maladies les plus invalidantes chez les adultes jeunes. Pourtant, elle reste encore largement sous-estimĂ©e. Parce qu’elle est invisible, elle est souvent minimisĂ©e. Dans les faits, une crise peut contraindre Ă  interrompre une journĂ©e de travail, annuler une sortie, renoncer Ă  des activitĂ©s familiales ou s’isoler pendant plusieurs heures dans le calme et l’obscuritĂ©. Un quotidien loin de l’image du simple « mal de tĂȘte » qui lui colle encore Ă  la peau.

Pourquoi la chaleur favorise-t-elle les crises ?

La chaleur est l’un des facteurs dĂ©clenchants les plus souvent rapportĂ©s par les personnes migraineuses. Le premier mĂ©canisme en cause est la dĂ©shydratation. Lorsque les tempĂ©ratures augmentent, le corps transpire davantage pour maintenir sa tempĂ©rature interne autour de 37 °C. Cette perte d’eau s’accompagne aussi d’une diminution de certains minĂ©raux essentiels, comme le sodium ou le potassium. Or, le cerveau des personnes migraineuses est particuliĂšrement sensible aux variations de son environnement. 

Une hydratation insuffisante peut ainsi favoriser l’apparition d’une crise, tout comme la fatigue ou le manque de sommeil, deux consĂ©quences frĂ©quentes des Ă©pisodes caniculaires. La chaleur peut Ă©galement entraĂźner une dilatation des vaisseaux sanguins, un phĂ©nomĂšne susceptible de participer au dĂ©clenchement des douleurs chez certaines personnes. Selon la SociĂ©tĂ© française d’étude des migraines et cĂ©phalĂ©es, les facteurs environnementaux jouent un rĂŽle important dans la survenue des crises, mĂȘme s’ils varient d’un individu Ă  l’autre.

Une lumiĂšre plus intense, difficile Ă  supporter

L’étĂ© est aussi la saison de la forte luminositĂ©. Pour de nombreuses personnes migraineuses, cette exposition accrue Ă  la lumiĂšre reprĂ©sente un vĂ©ritable dĂ©fi. Cette hypersensibilitĂ©, appelĂ©e photophobie, constitue l’un des symptĂŽmes les plus frĂ©quents de la migraine. Le soleil au zĂ©nith, les reflets sur l’eau, la rĂ©verbĂ©ration sur le bitume ou encore la lumiĂšre bleue des Ă©crans peuvent devenir particuliĂšrement difficiles Ă  supporter.

Les chercheurs savent aujourd’hui que les circuits cĂ©rĂ©braux impliquĂ©s dans la perception de la douleur migraineuse sont Ă©troitement liĂ©s Ă  ceux qui traitent les informations lumineuses. RĂ©sultat, une exposition prolongĂ©e Ă  une lumiĂšre intense peut favoriser l’apparition d’une crise ou aggraver une migraine dĂ©jĂ  installĂ©e. Le besoin de s’isoler dans une piĂšce sombre n’a donc rien d’un caprice. Il rĂ©pond Ă  un mĂ©canisme neurologique bien rĂ©el.

Les changements de météo peuvent aussi jouer un rÎle

Certaines personnes migraineuses affirment sentir l’arrivĂ©e d’un orage avant mĂȘme les premiĂšres gouttes de pluie. Cette impression n’est pas dĂ©nuĂ©e de fondement. Plusieurs Ă©tudes suggĂšrent qu’une variation rapide de la pression atmosphĂ©rique peut favoriser l’apparition de crises chez certaines personnes. Une revue scientifique publiĂ©e en 2024 dans la revue Headache souligne que des facteurs mĂ©tĂ©orologiques comme les changements brusques de tempĂ©rature, les variations de pression baromĂ©trique ou encore l’humiditĂ© pourraient influencer la frĂ©quence des migraines chez certains patients.

Les mĂ©canismes exacts restent encore mal compris et tous les migraineux ne sont pas sensibles Ă  ces variations. Mais chez les personnes concernĂ©es, la mĂ©tĂ©o peut s’ajouter Ă  d’autres facteurs dĂ©clenchants dĂ©jĂ  prĂ©sents, comme le stress, le manque de sommeil ou la dĂ©shydratation. Car la migraine rĂ©sulte souvent d’une accumulation de plusieurs Ă©lĂ©ments plutĂŽt que d’un seul facteur isolĂ©.

Le bruit, un déclencheur souvent sous-estimé

Concerts, festivals, circulation, terrasses bondĂ©es ou climatisations bruyantes : l’étĂ© s’accompagne souvent d’une hausse du niveau sonore. Or, la migraine s’accompagne frĂ©quemment d’une hypersensibilitĂ© au bruit, appelĂ©e phonophobie. Pendant une crise, des sons habituellement tolĂ©rables peuvent devenir particuliĂšrement douloureux.

Cette sensibilitĂ© s’explique par une hyperexcitabilitĂ© de certaines rĂ©gions du cerveau, qui traitent diffĂ©remment les informations sensorielles. RĂ©sultat, des situations anodines pour la plupart des personnes peuvent devenir Ă©prouvantes pour les migraineux. Refuser une sortie, quitter une soirĂ©e plus tĂŽt ou s’isoler dans le calme est souvent une nĂ©cessitĂ© mĂ©dicale, et non un simple choix de confort.

Selon l’Inserm, entre 1 et 2 % de la population souffre de migraine chronique, dĂ©finie par des maux de tĂȘte prĂ©sents au moins quinze jours par mois pendant plus de trois mois. Les consĂ©quences dĂ©passent largement la douleur. Fatigue persistante, absentĂ©isme au travail, difficultĂ©s Ă  maintenir une vie sociale, anxiĂ©tĂ© liĂ©e Ă  la prochaine crise ou impossibilitĂ© de prĂ©voir certaines activitĂ©s
 La migraine peut avoir un impact majeur sur la qualitĂ© de vie.

L’étĂ©, censĂ© rimer avec dĂ©tente et loisirs, devient alors une saison redoutĂ©e. Avec le changement climatique et la multiplication des vagues de chaleur, cette problĂ©matique pourrait concerner un nombre croissant de personnes dans les annĂ©es Ă  venir.

Il n’existe pas de solution universelle, chaque personne migraineuse ayant ses propres facteurs dĂ©clenchants. Quelques gestes simples peuvent toutefois aider Ă  rĂ©duire le risque de crise :

  • boire rĂ©guliĂšrement tout au long de la journĂ©e, mĂȘme sans sensation de soif ;
  • Ă©viter les expositions prolongĂ©es au soleil entre 12 heures et 16 heures ;
  • porter des lunettes de soleil et un chapeau ;
  • prĂ©server des horaires de sommeil rĂ©guliers ;
  • privilĂ©gier les lieux calmes et frais lorsque cela est possible ;
  • tenir un carnet pour identifier ses dĂ©clencheurs personnels.

En cas d’aggravation des symptĂŽmes, d’augmentation de la frĂ©quence des crises ou de baisse d’efficacitĂ© des traitements habituels, il est important d’en parler Ă  son mĂ©decin. Car la migraine n’est ni une fatalitĂ© ni un simple mal de tĂȘte. Pour des millions de Français, elle s’invite dans chaque aspect du quotidien, jusque dans les plaisirs les plus simples de l’étĂ©.

À SAVOIR 

Certaines personnes migraineuses affirment pouvoir « sentir » l’arrivĂ©e d’un orage avant mĂȘme les premiĂšres gouttes de pluie. Plusieurs Ă©tudes suggĂšrent que les variations rapides de pression atmosphĂ©rique peuvent favoriser l’apparition de crises chez certains patients.

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Marie Briel
Journaliste Ma SantĂ©. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre en communication, Marie s’est tournĂ©e vers sa vĂ©ritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma SantĂ©, elle se spĂ©cialise dans le domaine de l'information mĂ©dicale pour rendre le jargon de la santĂ© (parfois complexe) accessible Ă  tous.

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