Marjane Satrapi avant de mourir de chagrin.
Marjane Satrapi pendant la première de son film Persepolis. © Mara/Wikimedia commons

Le décès de l’autrice et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi, annoncé début juin 2026, a bouleversé le monde culturel. À 56 ans, la créatrice de Persepolis se serait laissée dépérir après la mort de son mari, le photographe Mattias Ripa, disparu un an plus tôt. Une disparition qui relance une question : peut-on réellement mourir de chagrin ? 

Perdre un proche bouleverse tout. Le sommeil, l’appétit, l’énergie, les repères, parfois même le goût de vivre. La douleur du deuil est souvent décrite avec des mots très physiques : “avoir le cœur brisé”, “ne plus pouvoir respirer”, “sentir un vide”. Longtemps, ces expressions ont été considérées comme de simples métaphores. Pourtant, la médecine sait aujourd’hui qu’un choc émotionnel intense peut réellement fragiliser le corps.

Le décès de Marjane Satrapi, annoncé début juin 2026, remet brutalement ce sujet au premier plan. Selon ses proches, l’autrice de Persepolis ne se serait jamais remise de la mort de son mari, le photographe Mattias Ripa, disparu en 2025. Une détresse profonde qui interroge : peut-on réellement mourir de chagrin ?

Oui, un choc émotionnel peut provoquer un véritable accident cardiaque. Ce phénomène s’appelle d’ailleurs la cardiomyopathie de Takotsubo, plus connue sous le nom de “syndrome du cœur brisé”. Décrit pour la première fois au Japon dans les années 1990, ce trouble survient généralement après un stress intense : 

  • décès d’un proche, 
  • séparation ou divorce, 
  • accident, 
  • catastrophe,
  • violence psychologique,
  • parfois même une émotion positive extrêmement forte.

Le cœur se met alors à dysfonctionner brutalement. Concrètement, une partie du muscle cardiaque se paralyse temporairement sous l’effet d’une décharge massive d’hormones du stress, notamment l’adrénaline. Les symptômes ressemblent fortement à ceux d’un infarctus. Douleur dans la poitrine, essoufflement, malaise, palpitations… Les victimes arrivent souvent aux urgences en pensant faire une crise cardiaque.

Selon la Société européenne de cardiologie, cette maladie touche majoritairement les femmes, notamment après 50 ans. Elle représenterait entre 1 et 3 % des syndromes coronariens aigus diagnostiqués à l’hôpital. Dans la majorité des cas, les patients récupèrent après quelques semaines. Mais certaines formes peuvent entraîner des complications graves comme une insuffisance cardiaque, des troubles du rythme ou, plus rarement, un décès.

Deuil : comment la tristesse peut affecter l’organisme ?

Le cœur n’est pas le seul organe affecté. Lors d’un deuil, tout le corps passe en état d’alerte. Le cerveau active massivement les mécanismes du stress : 

  • augmentation du cortisol, 
  • accélération du rythme cardiaque, 
  • hausse de la tension artérielle, 
  • inflammation plus importante.  

À court terme, cette réaction permet théoriquement de “tenir”. Mais lorsqu’elle dure des semaines ou des mois, elle peut devenir délétère. Selon l’Inserm, le stress chronique favorise notamment les maladies cardiovasculaires, les troubles du sommeil, l’anxiété, la dépression et l’affaiblissement du système immunitaire.

Certaines personnes endeuillées cessent aussi progressivement de prendre soin d’elles. Elles mangent moins, dorment mal, s’isolent socialement, arrêtent leurs traitements médicaux ou renoncent à consulter. Chez des personnes déjà fragiles, âgées ou souffrant de maladies chroniques, cette dégradation générale peut accélérer des complications parfois graves.

Le deuil est d’ailleurs associé à une augmentation du risque de décès dans les semaines suivant la perte d’un conjoint. Une étude publiée en 2012 montrait notamment que le risque d’infarctus augmentait fortement dans les 24 heures suivant l’annonce du décès d’un proche.

Chagrin : pourquoi certaines personnes “se laissent mourir”

Après la disparition d’un conjoint, certaines personnes déclinent très rapidement. Chez les personnes âgées notamment, le décès du partenaire peut provoquer une rupture brutale des habitudes de vie. Les repas deviennent irréguliers, les activités sociales disparaissent, la motivation chute. La solitude joue alors un rôle majeur.

Selon Santé publique France, l’isolement social constitue aujourd’hui un facteur de risque important pour la santé mentale et physique. Il est associé à davantage de dépression, de troubles cognitifs et de maladies cardiovasculaires. Le psychiatre britannique John Bowlby, pionnier des travaux sur l’attachement, décrivait déjà le deuil comme une expérience capable de provoquer une véritable désorganisation psychique et physique.

Mais attention, tout deuil intense ne conduit évidemment pas à un drame médical. La grande majorité des personnes endeuillées traversent une période douloureuse sans développer de complication grave. Le processus varie énormément selon les individus, leur état de santé, leur entourage et leur histoire personnelle.

Quand le deuil devient pathologique

La tristesse après une perte est normale. Elle peut durer longtemps, parfois plusieurs mois ou années. Mais dans certains cas, le deuil devient particulièrement sévère. Depuis 2022, le DSM-5 (le manuel diagnostique de référence en psychiatrie) reconnaît officiellement le “trouble du deuil prolongé”. Il se caractérise par une souffrance intense et persistante qui empêche la personne de retrouver un fonctionnement quotidien normal.

Pensées envahissantes autour du défunt, incapacité à reprendre une vie sociale, sentiment de vide permanent, perte totale d’élan vital… Ces symptômes peuvent nécessiter une prise en charge psychologique ou psychiatrique. Selon l’Assurance maladie, consulter un professionnel de santé peut être utile lorsque la souffrance devient trop envahissante, notamment en cas d’idées suicidaires, d’anxiété sévère ou d’épuisement profond.Le deuil n’est pas une maladie. Mais il peut fragiliser durablement.

Il n’existe pas de “bonne” façon de vivre un deuil. Certaines personnes pleurent immédiatement, d’autres restent longtemps dans une forme de sidération. Mais depuis plusieurs décennies, les psychologues observent des réactions émotionnelles qui reviennent fréquemment après la perte d’un proche. La psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross a notamment popularisé cinq grandes étapes du deuil :

  • Le choc ou le déni : la disparition paraît irréelle, comme si le cerveau refusait encore d’accepter la perte.
  • La colère : contre la maladie, le destin, les médecins, les proches… ou parfois contre soi-même.
  • Le marchandage : cette phase est souvent marquée par les regrets et les pensées du type “et si j’avais fait autrement ?”.
  • La tristesse profonde : fatigue intense, perte d’envie, repli sur soi, sensation de vide ou perte de sens.
  • L’acceptation : peu à peu, la douleur devient moins envahissante et la personne parvient à reconstruire un équilibre, sans oublier le défunt.

Ces étapes ne sont ni automatiques ni linéaires. Certaines personnes passent rapidement d’une émotion à une autre, reviennent en arrière, ou ne traversent jamais certaines phases. Le deuil ressemble souvent davantage à des vagues qu’à un chemin bien balisé. Même longtemps après la perte, une date anniversaire, une musique ou un simple souvenir peuvent raviver brutalement la douleur. Et pour certains, la douleur ne disparaît jamais vraiment.

À SAVOIR 

Le syndrome du cœur brisé ne survient pas uniquement après une émotion négative. Selon la Fédération française de cardiologie, un événement extrêmement heureux, comme un mariage, une naissance, un gain d’argent ou une surprise très intense, peut aussi, plus rarement, provoquer un Takotsubo. Les médecins parlent alors de “happy heart syndrome”.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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