
Le chef étoilé, originaire de Villeurbanne près de Lyon, a été victime d’un quadruple AVC en 2019. Malgré les séquelles, il est allé au bout de son incroyable défi : participer au très exigeant concours du Meilleur Ouvrier de France.
“Mon médecin me dit toujours que je suis comme dans le film Destination finale : la mort ne veut pas de moi”. Jérémy Biasiol est pourtant passé très près. À plusieurs reprises. À 39 ans, ce chef cuisinier passe près de 24 heures sur un brancard des urgences de l’hôpital de Belle-Île-en-Mer, où il exerce alors ses talents. “On m’avait mis dans une petite pièce. Et là, je commence à sentir mes membres qui m’abandonnent les uns après les autres. Mon bras, ma jambe, mon visage. Je n’arrive plus à parler”. Un neurologue s’affole, enfin. “Ils me font passer une IRM en urgence, qui révèle un AVC au tronc cérébral”. Ses chances sont très minces, mais l’équipe médicale, de justesse, lui sauve la vie.
Jérémy n’aurait pas dû frôler la mort ainsi. Ce jour-là, c’est en effet la cinquième fois qu’il se présentait à l’hôpital. Malgré les symptômes (vertiges, pertes de connaissance, migraines, perte d’audition), il en repart avec quelques médicaments en poche. “J’avais beau leur dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas, ils ne m’écoutaient pas”. Lorsqu’il subit l’intervention qui réduit enfin le caillot de sang, il en est en réalité à son quatrième AVC…
L’après AVC : “j’ai 40 ans et j’ai tout perdu”
S’il survit, le cuisinier, formé chez Bocuse, Blanc ou Ducasse avant d’aller décrocher une étoile à Shanghai, voit son quotidien s’effondrer. À la sortie de l’hôpital, il retourne à Lyon pour sa convalescence : “J’ai 40 ans, j’ai tout perdu et je retourne vivre chez papa et maman d’où je suis parti à 17 ans. Cela a été d’une violence sans nom. J’étais infect avec mes parents, je voulais mourir…”
Pendant le confinement, il s’installe dans un petit appartement et retrouve ses chiens. “Un retour à une petite indépendance”, mais avec déambulateur et fauteuil roulant. Jérémy prend du poids, jusqu’à subir une opération dont les complications manquent, encore, de le tuer. C’est là que le déclic survient. “Il faut que j’avance, que je me fixe des challenges”, et ce malgré les lourdes séquelles (vision, audition, organes internes, mobilité…) “J’ai vu que le concours du Meilleur Ouvrier de France était ouvert au handicap depuis 2017. Je me suis dit : j’y vais”.
“Votre handicap peut devenir une force“
Six années après ses AVC, Jérémy Biasiol a“repris goût à la vie”. Il a monté une association (À Vos Casseroles) pour accompagner les personnes en situation de handicap à mieux manger. Et il est allé au bout de son défi, franchissant les qualifications du concours MOF en mars, puis les demi-finales.
Si son parcours s’est arrêté aux portes de la finale, le pari est gagné : “j’espère être une source d’inspiration pour ceux qui ont vécu les mêmes choses que moi. Le handicap, c’est catastrophique, mais ce n’est pas la fin du monde. Au contraire, votre handicap peut devenir une force dans le futur”.
À SAVOIR
L’association À Vos Casseroles (pour AVC) a été créée par Jérémy Biasiol, qui a développé le concept de “cuisino-thérapie” avec un objectif : rendre la cuisine accessible à tous ceux dont la vie bascule en raison du handicap.







