Un scientifique observant les risques sanitaires touchant la planète.
Une approche globale de la santé permet notamment de prévenir les risques d'émergence de nouvelles maladies infectieuses affectant toute la planète. © KamranAydinov/Magnifik

Des futures pandémies aux conséquences du réchauffement climatique, les défis sanitaires mondiaux se relèvent désormais à travers une notion nouvelle, celle ‘’d’une seule santé’’. Lors du tout premier sommet One Health, en avril dernier à Lyon, 600 scientifiques internationaux ont établi, sous l’impulsion d’Emmanuel Macron et d’une vingtaine de chefs d’État, le cadre politique d’un concept mis en pratique de longue date sur le campus de VetAgro Sup, partie prenante, comme l’explique sa directrice générale Mireille Bossy, de l’Institut One Health.

Qu’est-ce que le concept One Health ?

Le concept One Health, ou “« Une seule santé », repose sur une idée simple : la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont interdépendantes. Il permet de comprendre que tout est lié et de rompre les silos pour protéger durablement la santé du vivant.

Avez-vous des exemples concrets qui illustrent cette interdépendance entre santé humaine, santé animale et environnementale ?

Mireille Bossy, directrice générale de VetAgro Sup, mai 2026.
Mireille Bossy, directrice générale de VetAgro Sup © VetAgro Sup.

Oui, et ils sont nombreux. Prenons d’abord les antiparasitaires utilisés pour les animaux domestiques. Ces traitements sont utiles, mais certaines molécules diffusées dans l’environnement peuvent fragiliser des insectes essentiels et perturber les sols. Les travaux menés à VetAgro Sup permettent justement d’identifier ces impacts invisibles et d’interroger nos pratiques afin de les rendre plus durables, notamment via un meilleur encadrement réglementaire.

Autre exemple très concret : les tiques. Grâce à des programmes de recherche participative, plus de 2 000 spécimens ont été analysés afin de cartographier les espèces qui piquent l’humain et les maladies qu’elles transmettent. Cela améliore notre compréhension des risques et permet de développer des outils de prévention.

La leptospirose constitue un dernier exemple très parlant. Cette maladie bactérienne, transmise notamment par l’urine de rongeurs dans des environnements humides ou contaminés, concerne à la fois la santé humaine, animale et la gestion des milieux. Son augmentation dans certains territoires interroge directement nos modes d’aménagement et les conséquences du réchauffement climatique sur les écosystèmes (avec les inondations qui accroissent les risques notamment).

Est-ce la crise sanitaire liée au Covid-19 qui a mis en avant ce concept ?

Le concept existait bien avant la crise Covid-19, mais la pandémie a mis en lumière, de façon très concrète, la porosité des frontières entre santé humaine, santé animale et environnementale. Une zoonose apparue localement peut, en quelques semaines, devenir une crise mondiale avec des impacts sanitaires, économiques et sociaux majeurs.

Le concept One Health est solidement attaché à la ville de Lyon, entre la création par Claude Bourgelat de la 1ère école vétérinaire au monde et l’écosystème public – privé. Le récent sommet présidentiel (One Health Summit, du 5 au 7 avril 2026) est un révélateur de cette prise de conscience collective, à l’échelle internationale.

Le réchauffement climatique a-t-il accéléré cette interdépendance ?

Le changement climatique modifie les écosystèmes et les comportements des espèces animales, y compris des vecteurs de maladies comme les moustiques ou les tiques.

On observe par exemple une extension géographique de certaines maladies vectorielles en Europe. Le chikungunya, la dengue ou encore certaines maladies transmises par les tiques progressent dans des zones où elles étaient auparavant absentes.

Le climat influence aussi les équilibres entre espèces sauvages, les ressources alimentaires et les contacts avec les populations humaines. Cela augmente mécaniquement les risques d’émergence de nouvelles maladies infectieuses.

Certains animaux sont-ils davantage en lien avec cette notion de One Health ?

Les chauves-souris, certains rongeurs, les oiseaux migrateurs ou encore les moustiques et les tiques sont particulièrement étudiés, car ils peuvent transporter ou transmettre des agents pathogènes.

Problématique de santé publique majeure, l’antibiorésistance est-elle aussi indirectement liée au One Health ?

L’antibiorésistance est l’un des meilleurs exemples de problématique One Health. Les bactéries résistantes circulent entre humains, animaux et environnement. L’usage excessif ou inadapté des antibiotiques, en médecine humaine comme vétérinaire, favorise cette résistance.

C’est pourquoi les réponses doivent être globales : meilleure prévention, réduction raisonnée des antibiotiques, surveillance coordonnée et développement de nouvelles pratiques d’élevage et de soins. Les écoles vétérinaires ont un rôle majeur à jouer dans cette transition.

Faut-il craindre une nouvelle pandémie comme celle vécue entre 2020 et 2023 ?

Les scientifiques considèrent qu’une nouvelle pandémie est probable à long terme. Dans l’actualité, nous avons l’hantavirus dont on parle beaucoup, transmis notamment par des rongeurs.

Nous sommes aujourd’hui mieux préparés sur plusieurs aspects : surveillance, coopération scientifique, capacités vaccinales. L’enjeu est surtout d’investir durablement dans la prévention. Le One Health consiste aussi à détecter les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des crises majeures.

Comment chacun d’entre nous peut-il contribuer, à sa manière, à réduire les risques ?

Le premier levier, c’est la prévention et la compréhension des liens entre nos comportements et la santé environnementale, animale et humaine. Agir sur les modes de vie peut atténuer certains risques : usage raisonné des antibiotiques, prévention contre les piqûres de tiques et moustiques, respect de la biodiversité, limitation des pollutions chimiques, vaccination des animaux domestiques… Mais l’action a un sens si elle est collective avec les réseaux d’épidémiosurveillance.

Comment le concept One Health est-il intégré dans la démarche pédagogique de VetaAgro Sup ?

À VetAgro Sup, le One Health n’est pas qu’un concept : c’est une réalité de terrain. Nous préparons des femmes et des hommes à comprendre des systèmes complexes, à appréhender les interactions entre les vivants et à intervenir dans des contextes où les enjeux sanitaires, économiques, sociaux et politiques sont étroitement imbriqués.

Notre approche est résolument interdisciplinaire. Elle mobilise les sciences biologiques et médicales, mais aussi les sciences humaines et sociales, indispensables pour comprendre les dynamiques de terrain, les comportements et les processus de décision. Elle s’ancre également dans une forte proximité avec les réalités professionnelles, à travers stages, projets et partenariats, permettant aux étudiants de se confronter aux situations concrètes qui feront leur quotidien.

Nous sommes également porteurs de l’Institut One Health, qui contribue à former les décideurs publics et privés aux enjeux complexes de santé. Former au One Health, c’est former des professionnels capables de relier les dimensions et d’agir collectivement face aux grands défis sanitaires et environnementaux du XXIe siècle.

À SAVOIR

Implanté à Lyon et Clermont-Ferrand, VetAgro Sup est un établissement français d’enseignement supérieur et de recherche spécialisé en santé animale, agronomie, alimentation et environnement. Né de la fusion de plusieurs écoles vétérinaires et agronomiques, le campus forme des vétérinaires, ingénieurs et chercheurs pour répondre aux enjeux sanitaires et écologiques actuels. Outre ses activités de recherche, l’école disposera en 2028 d’un CHU vétérinaire dernier cri sur son site de Marcy-l’Étoile (Rhône).

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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