En période de pénurie, un pharmacien tente de trouver les dernières boîtes de psychotropes disponibles.
La pénurie de psychotropes en France n’est pas terminée, mais elle reflue lentement. © Freepik

Antidépresseurs introuvables, antipsychotiques rationnés, psychostimulants sous haute surveillance… Depuis plusieurs années, la pénurie de médicaments psychotropes empoisonne le quotidien des patients et des soignants. Début 2026, les autorités sanitaires se veulent rassurantes. Mais à y regarder de près, l’embellie reste incomplète et inégale. Le point. 

La pénurie de médicaments psychotropes s’est installée progressivement à partir de 2019, puis s’est aggravée nettement avec la crise sanitaire de 2020, lorsque les chaînes de production et d’approvisionnement mondiales sont brutalement désorganisées. À partir de 2021, les signalements de ruptures ou de fortes tensions explosent en France, touchant des traitements essentiels en psychiatrie : antipsychotiques, antidépresseurs, thymorégulateurs ou psychostimulants. 

Face à l’inquiétude croissante des patients et des professionnels de santé, l’Agence nationale de sécurité du médicament met en place un suivi renforcé et des mesures exceptionnelles pour éviter les interruptions de traitement. 

Et en ce début d’année 2026, après plusieurs années de crise et d’ajustements permanents, les autorités observent enfin une amélioration progressive de la disponibilité des psychotropes. Mais attention, tous les psychotropes ne sont pas logés à la même enseigne, et l’accès aux traitements demeure inégal selon les molécules et les dosages. 

Après de longs mois d’attente, une partie des livraisons annoncées par les laboratoires a enfin été honorée à la fin de l’année 2025 et au tout début de 2026. Concrètement, cela se traduit par une remontée progressive des stocks, d’abord chez les industriels, puis chez les grossistes répartiteurs, avant d’atteindre, avec un léger décalage, les pharmacies de ville et les établissements de santé. Sur le terrain, certains patients retrouvent ainsi plus facilement leur traitement, sans avoir à multiplier les passages en officine.

Mais cette amélioration reste précaire. Les autorités sanitaires rappellent que l’équilibre actuel repose sur une chaîne d’approvisionnement encore fragilisée par des contraintes industrielles, logistiques et économiques persistantes. La production de nombreux psychotropes dépend de sites et de matières premières concentrés à l’étranger, ce qui laisse peu de marge en cas d’aléa. 

Quétiapine : le symbole d’une crise en demi-teinte

La quétiapine, antipsychotique de deuxième génération, est largement prescrite en psychiatrie pour le traitement de la schizophrénie, des troubles bipolaires (épisodes maniaques et dépressifs) et, dans certains cas, comme traitement adjuvant de la dépression lorsque les antidépresseurs seuls ne suffisent pas. Elle a longtemps été difficile à trouver.

Aujourd’hui, les livraisons ont bien reprise en ce début d’année. Les dosages 50 mg LP et 300 mg LP sont de plus en plus disponibles, ce qui soulage les pharmacies et limite les interruptions de traitement.

En revanche, le 400 mg LP reste problématique. Les stocks peinent à se reconstituer et la disponibilité demeure limitée. L’ANSM table toutefois sur un retour à la normale d’ici la fin du premier semestre 2026, si tout se passe comme prévu.

Chlorpromazine : une sortie progressive de la zone rouge

Pour la chlorpromazine orale (Largactil®), autre pilier historique de la psychiatrie notamment dans le traitement des troubles comme la schizophrénie, les approvisionnements annoncés fin 2025 ont bien eu lieu.

Concrètement, les boîtes devraient arriver en pharmacie dans un délai de trois à quatre semaines, le temps de la distribution. Le retour à une situation normale est attendu de manière progressive.

Injectables : une stabilité rassurante

Soulagement pour les patients traités par rispéridone injectable ou palipéridone injectable, des traitements notamment utilisés dans certaines situations d’agressivité persistante chez des patients atteints de démence d’Alzheimer modérée à sévère : selon les autorités sanitaires, les besoins sont aujourd’hui pleinement couverts.

Ces traitements à action prolongée sont essentiels pour éviter les rechutes chez des patients pour qui l’observance est parfois difficile. Leur disponibilité est donc un point particulièrement scruté.

Lithium : vigilance maintenue, mais cap plus serein

Le Téralithe®, traitement de référence des troubles bipolaires, a longtemps inquiété patients et psychiatres. Pour le 250 mg, les livraisons de fin 2025 ont permis d’améliorer la situation. Un stock d’urgence reste toutefois mobilisable, aussi bien à l’hôpital qu’en ville, en cas de difficulté.

Le 400 mg LP, lui, voit ses stocks se reconstituer progressivement. Les volumes actuels permettent de répondre aux besoins, confirmant une évolution favorable début 2026.

Venlafaxine : enfin de l’air

Bonne nouvelle plus franche du côté de la venlafaxine, antidépresseur très prescrit. Toutes les importations prévues ont été livrées avant la fin 2025, ce qui permet d’assurer la continuité des traitements et d’apaiser les tensions observées ces derniers mois.

Psychostimulants : le dossier toujours sensible

Le méthylphénidate (Ritaline®, Concerta®, Quasym®, Médikinet®), utilisé notamment dans le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), connaît des pénuries depuis plusieurs années. Début 2026 marque une amélioration timide avec des remises à disposition en cours et une arrivée en pharmacie sous trois à quatre semaines après livraison. Les laboratoires annoncent une poursuite des flux en février.

Mais la prudence reste de mise. Au-delà de mars 2026, la visibilité est faible, et les mesures de gestion restent en vigueur pour éviter de nouvelles ruptures.

Si certaines étagères de pharmacie se remplissent à nouveau, les causes structurelles des pénuries restent bien présentes. Plusieurs facteurs se combinent et expliquent pourquoi la situation demeure fragile :

  • Une production largement délocalisée, avec une forte dépendance à quelques sites industriels, notamment pour les principes actifs, situés hors d’Europe.
  • Des médicaments anciens et peu rentables, pourtant indispensables en psychiatrie, qui mobilisent moins d’investissements industriels.
  • Une hausse marquée des besoins en santé mentale, accentuée depuis la crise sanitaire, avec davantage de prescriptions et de patients suivis.
  • Des chaînes logistiques mondiales encore fragilisées, sensibles aux tensions économiques, géopolitiques ou industrielles.

À ce stade, rien ne permet d’assurer que les progrès constatés s’inscriront dans la durée, et les autorités sanitaires restent en alerte face à un équilibre encore incertain.

À SAVOIR 

Selon les données de l’ANSM, le nombre de signalements de ruptures ou de risques de rupture de médicaments a été multiplié par plus de dix en dix ans, tous médicaments confondus, avec une forte représentation des traitements du système nerveux.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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