L’Europe suffoque, et les conséquences se lisent désormais dans les statistiques de mortalité. Depuis le début de l’été 2026, les vagues de chaleur se sont succédé sur une grande partie du continent, avec des températures extrêmes parfois maintenues plusieurs jours et des nuits offrant peu de répit aux organismes.
France, Allemagne et Espagne figurent parmi les pays les plus durement touchés. À eux trois, ils totalisent déjà plus de 25 000 décès supplémentaires ou liés à la chaleur selon les estimations nationales disponibles.
En France, les différents épisodes caniculaires ont concerné presque tout le territoire et entraîné une nette hausse de la mortalité, notamment chez les personnes âgées. Un bilan sanitaire exceptionnel.
Des températures qui ont dépassé celles de 2003
Cette surmortalité intervient dans un contexte météorologique lui-même exceptionnel. Selon Météo-France, cité dans le bilan de Santé publique France, l’épisode de juin 2026 a atteint une intensité supérieure à celle de la canicule d’août 2003.
Les 24 et 25 juin ont notamment été marqués par une température moyenne nationale sur vingt-quatre heures atteignant pour la première fois 30 °C. Localement, le thermomètre s’est envolé : 42,5 °C à Bordeaux, 40,1 °C à Paris, 42,7 °C à Niort, 43 °C à Brive ou encore 43,8 °C à Saintes.
Les conséquences sanitaires ont rapidement été visibles. Santé publique France a observé une forte augmentation des consultations liées aux coups de chaleur, aux déshydratations et aux hyponatrémies, c’est-à-dire une concentration anormalement basse de sodium dans le sang, qui peut notamment survenir lorsqu’un organisme fragilisé gère mal les apports en eau.
Le 25 juin, SOS Médecins a ainsi enregistré 698 consultations pour ces pathologies liées à la chaleur. Le lendemain, 2 089 passages aux urgences ont été comptabilisés pour ces mêmes motifs. Des niveaux alors qualifiés d’historiques par l’agence sanitaire.
Canicule à répétition : un bilan provisoire qui donne déjà le vertige
Plus de 7 000 décès en excès en France
Le bilan provisoire atteint environ 7 300 décès en excès en France depuis la fin mai. Santé publique France en a recensé au moins 300 lors de l’épisode de fin mai, puis 5 764 entre le 17 juin et le 2 juillet, soit 36,2 % de plus qu’attendu. À eux seuls, les 75 ans et plus représentent 3 719 décès supplémentaires sur cette période.
Entre le 3 et le 22 juillet, 1 243 nouveaux décès en excès ont été enregistrés, portant le total à plus de 7 300. Un chiffre encore provisoire, puisque le bilan complet de la vague de chaleur commencée fin juillet et prolongée en août n’est pas encore disponible.
Attention toutefois : il s’agit d’une surmortalité toutes causes confondues observée pendant les canicules, et non de 7 300 décès directement attribués à la chaleur.
France, Allemagne, Espagne : un été particulièrement meurtrier
À l’échelle européenne, la France est loin d’être un cas isolé. L’Allemagne et l’Espagne enregistrent elles aussi des niveaux de mortalité exceptionnellement élevés pendant les épisodes de chaleur de cet été. En Allemagne, l’Office fédéral de la statistique, Destatis, avait déjà observé un signal spectaculaire à la fin du mois de juin.
Durant la semaine du 22 au 28 juin, environ 23 900 personnes sont décédées, soit une mortalité 32 % supérieure à la valeur médiane des quatre années précédentes. Sur l’ensemble du mois de juin, la mortalité allemande était supérieure de 9 % à cette référence.
Le Robert Koch-Institut (RKI) dispose de son propre système d’estimation de la mortalité attribuable à la chaleur, actualisé chaque semaine pendant l’été. Et c’est là que les comparaisons européennes deviennent délicates : tous les pays ne calculent pas exactement la même chose.
Le RKI lui-même rappelle que différentes méthodes scientifiques peuvent aboutir à des estimations très différentes. Pour l’année 2022, par exemple, une étude européenne avait estimé environ 8 200 décès liés à la chaleur en Allemagne, quand le modèle du RKI en estimait environ 4 500.
Les plus de 75 ans paient le plus lourd tribut
Sans surprise, l’âge reste l’un des principaux facteurs de vulnérabilité. Sur les 5 764 décès supplémentaires estimés entre le 17 juin et le 2 juillet, 3 719 concernaient des personnes âgées de 75 ans ou plus, soit près des deux tiers du bilan.
Dans cette tranche d’âge, la mortalité a augmenté de 33,3 % par rapport au niveau attendu. Avec l’âge, l’organisme régule en effet moins efficacement sa température. La sensation de soif peut également diminuer et certaines maladies chroniques ou certains médicaments compliquent encore l’adaptation aux fortes chaleurs. Mais l’été 2026 montre également que le risque ne s’arrête pas aux portes des maisons de retraite.
Santé publique France a observé un excès de mortalité dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans lors de l’épisode de juin, un constat inédit qui témoigne de son intensité.
Les décès ont par ailleurs augmenté aussi bien à domicile que dans les établissements hospitaliers et les EHPAD ou maisons de retraite. Autrement dit, lorsqu’une chaleur extrême s’installe durablement, elle ne concerne plus seulement les personnes très âgées.
Les personnes atteintes de maladies chroniques, celles qui travaillent dehors, les personnes isolées ou vivant dans des logements difficiles à rafraîchir peuvent également être particulièrement exposées.
L’Île-de-France particulièrement frappée
Toutes les régions françaises n’ont pas été touchées avec la même intensité. Lors de la canicule du 17 juin au 2 juillet, l’Île-de-France a enregistré à elle seule 1 999 décès supplémentaires, soit une hausse de 81,2 % par rapport au niveau attendu. C’est l’excès de mortalité régional le plus important observé par Santé publique France sur cette période.
La situation rappelle un phénomène bien connu des grandes agglomérations : l’îlot de chaleur urbain. Le béton, l’asphalte et les bâtiments emmagasinent une partie de la chaleur pendant la journée avant de la restituer la nuit.
Résultat, les températures nocturnes peuvent rester élevées et empêcher les organismes de récupérer. Or les nuits chaudes comptent beaucoup. Le problème d’une canicule n’est pas seulement d’atteindre 40 °C dans l’après-midi, c’est aussi de ne plus bénéficier d’un véritable répit pendant plusieurs jours consécutifs.
« Surmortalité » ne veut pas dire « mort de chaleur »
La surmortalité correspond à la différence entre le nombre de personnes effectivement décédées et le nombre de décès que l’on aurait normalement attendu sur la même période.
En France, Santé publique France utilise un modèle statistique adapté du dispositif européen EuroMOMO. Celui-ci s’appuie notamment sur plusieurs années de mortalité passée, les variations saisonnières et les tendances démographiques afin d’établir un niveau de mortalité attendu.
Si 100 décès sont statistiquement attendus et que 130 sont observés pendant une période donnée, on parle donc de 30 décès « en excès ». Cela ne signifie pas que les certificats de décès de ces 30 personnes portent tous la mention « chaleur ».
La chaleur peut tuer directement, notamment lors d’un coup de chaleur sévère, mais elle peut aussi aggraver une maladie déjà présente. Un organisme soumis à des températures élevées doit travailler davantage pour maintenir sa température autour de 37 °C. Le cœur et les reins sont davantage sollicités, la déshydratation menace et certaines pathologies cardiovasculaires, respiratoires ou rénales peuvent se décompenser.
Le décès est alors médicalement lié, par exemple, à une maladie cardiovasculaire, alors que la chaleur a pu contribuer à précipiter la situation. Santé publique France insiste donc sur le caractère provisoire et toutes causes confondues de ses premières estimations. Les données détaillées et consolidées de l’ensemble de la saison doivent être analysées ultérieurement.
De mai à août, la France n’a presque pas eu de répit
Mai : la chaleur frappe avec une précocité record
L’été météorologique n’avait même pas commencé. Du 21 au 30 mai 2026, la France connaît un épisode de chaleur exceptionnellement précoce. Le 26 mai devient, selon Météo-France, la journée de mai la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle nationale, avec 24,8 °C de température moyenne. Pour la première fois depuis la création du dispositif en 2004, une vigilance canicule est déclenchée dès le mois de mai.
Au total, 17 départements passent en vigilance orange entre le 26 et le 30 mai. Santé publique France estime par la suite au moins 300 décès en excès, toutes causes confondues, pendant les périodes de vigilance dans ces départements, dont 230 chez les 75 ans et plus.
Juin : une canicule plus intense que celle de 2003
Quelques semaines plus tard, changement d’échelle. Du 17 au 30 juin, la France traverse sa première véritable vague de chaleur nationale de l’année. Elle dure quatorze jours et atteint, selon Météo-France, une intensité supérieure à celle de la canicule d’août 2003. Les 24 et 25 juin, la température moyenne sur vingt-quatre heures atteint 30 °C à l’échelle nationale, du jamais-vu. Jusqu’à 72 départements sont simultanément placés en vigilance rouge et les 40 °C sont dépassés sur plus de 40 % du territoire.
Le bilan sanitaire est particulièrement lourd. Entre le 17 juin et le 2 juillet, Santé publique France estime 5 764 décès en excès, toutes causes confondues, soit 36,2 % de plus qu’attendu. C’est le plus important excès de mortalité observé pendant une canicule en France depuis 2003.
Juillet : à peine le temps de souffler
Le thermomètre repart presque immédiatement à la hausse. Du 4 au 19 juillet, une deuxième vague de chaleur nationale s’installe pendant seize jours, ce qui la place parmi les plus longues enregistrées en France. Le 12 juillet, 37 départements sont en vigilance rouge et 46 en orange. Les nuits deviennent elles aussi étouffantes : dans les Pyrénées-Orientales, 30,6 °C de température minimale sont enregistrés à Vivès dans la nuit du 8 au 9 juillet, un record national.
Santé publique France retient une période sanitaire allant du 3 au 22 juillet, durant laquelle 78 départements ont été concernés par une canicule. L’agence estime 1 243 décès supplémentaires, soit une surmortalité de 9,2 %. Les personnes âgées de 75 ans ou plus représentent près des trois quarts de cet excès de mortalité.
Fin juillet et août : une troisième vague qui n’a pas fini de livrer son bilan
Et ce n’est toujours pas terminé. Une troisième vague de chaleur nationale débute le 28 juillet et se prolonge en août. Le 29 juillet, le thermomètre atteint notamment 42,7 °C à Bélis, dans les Landes, et 40,7 °C à Bordeaux.
Les fortes chaleurs persistent ensuite, particulièrement dans le Sud-Est, avec de nouvelles températures extrêmes début août puis une nouvelle intensification à la mi-août. Météo-France considère que cette troisième vague commencée fin juillet ne s’est pas interrompue à l’échelle nationale.
Son bilan sanitaire complet n’est pas encore disponible. Les quelque 7 300 décès en excès actuellement recensés correspondent donc essentiellement aux épisodes déjà analysés de mai, juin et juillet. Ils ne constituent pas le bilan définitif de l’été 2026. Et prudence, il s’agit de décès toutes causes confondues observés en excès par rapport au nombre statistiquement attendu pendant les périodes caniculaires, et non de 7 300 personnes dont le décès aurait été directement attribué à la chaleur.
À SAVOIR
En pleine canicule, n’attendez pas d’avoir soif pour boire. Avec l’âge, la sensation de soif devient moins marquée et peut apparaître tardivement, alors que l’organisme manque déjà d’eau. Chez une personne âgée, fatigue inhabituelle, somnolence, perte d’appétit ou urines moins abondantes peuvent aussi signaler une déshydratation.



