Une femme allergique au pollen d'ambroisie.
Le réchauffement climatique pourrait multiplier par quatre la quantité de pollen d’ambroisie en Europe d’ici 2050. © Adobe Stock

Les capteurs polliniques ont enregistré fin juillet les premiers grains d’ambroisie en France. Cette plante invasive, hautement allergisante, menace chaque année des millions de personnes. Pourquoi sa pollinisation est-elle si redoutée ? Le point sur l’évolution de la situation allergique et sur les moyens de se protéger de l’ambroisie. 

Chaque année, c’est le même scénario. Fin juillet, les premiers grains de pollen d’ambroisie font leur apparition dans l’air. Les capteurs du Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA) et d’Atmo France ont confirmé la présence de pollen dans plusieurs régions, notamment le long de la vallée du Rhône, berceau historique de l’ambroisie en France.

Mais la plante, autrefois cantonnée au sud-est, gagne désormais du terrain vers le nord et l’ouest du pays, portée par le vent, les transports et le changement climatique. Dans une mesure encore relative : sa “concentration reste modérée pour l’instant (niveau 1), mais cette espèce invasive est extrêmement allergisante même à faibles doses. La vigilance est de mise, surtout avec le maintien d’un temps chaud et sec dans ces zones”, précise le bulletin allergo-pollinique de la Chaîne météo de ce lundi 25 août.

Ces signaux annoncent le début d’une saison allergique plutôt classique, qui s’étirera jusqu’à fin octobre, avec un pic attendu en septembre. Mais ce sont bien les conditions météorologiques du mois de septembre qui définiront l’intensité réelle de l’épisode.

Quelques grains par mètre cube d’air suffisent à déclencher une rhinite, une conjonctivite ou même une crise d’asthme chez les personnes sensibles. Pour les millions de Français concernés, cette période devient synonyme de mouchoirs, d’yeux larmoyants et parfois de passages aux urgences.

Une plante envahissante et redoutable

L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) est une plante originaire d’Amérique du Nord, introduite accidentellement en Europe au XIXe siècle. Elle s’est adaptée à une multitude de milieux : friches, chantiers, cultures agricoles, bords de route, jardins… Sa capacité à coloniser rapidement de vastes zones, à produire plusieurs milliers de graines viables pendant des années et à résister aux aléas climatiques en fait un adversaire redoutable pour la biodiversité comme pour la santé.

Les autorités sanitaires rappellent que le pollen de l’ambroisie est l’un des plus allergisants connus. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), l’allergie à ce pollen entraîne des symptômes très invalidants : 

Plus inquiétant encore, environ la moitié des personnes allergiques au pollen d’ambroisie développent un asthme s’il n’est pas pris en charge à temps.

Ambroisie : l’allergie gagne du terrain

En Auvergne-Rhône-Alpes, la région la plus touchée de France, 10 à 15 % de la population est allergique à l’ambroisie. Mais le phénomène s’étend à l’ensemble du territoire français. Selon les données de l’ANSES, en 2020, le coût annuel lié à cette plante a été estimé entre 59 et 186 millions d’euros pour les soins (consultations, traitements, hospitalisations), auxquels s’ajoutent 10 à 30 millions d’euros en pertes de productivité dues aux arrêts de travail.

Et ce n’est pas tout. Si l’on prend en compte la perte de qualité de vie (fatigue chronique, gêne respiratoire, baisse de performance scolaire et professionnelle), la facture grimperait entre 346 et 438 millions d’euros par an.

Des projections à l’horizon 2050 laissent craindre une explosion du nombre de personnes touchées. Jusqu’à 15 % de la population française pourrait être allergique à l’ambroisie, soit près de 10 millions de personnes. Une progression favorisée par le réchauffement climatique, qui allonge la durée de pollinisation et élargit les zones colonisées.

Une lutte obligatoire et collective

Face à ce fléau, la lutte n’est pas facultative. Elle est inscrite dans le Code de la santé publique depuis 2017. Des arrêtés préfectoraux imposent la destruction systématique des plants avant leur floraison. L’objectif est de réduire la dispersion du pollen et limiter l’implantation de nouvelles colonies.

Les collectivités, agriculteurs, services de voirie et gestionnaires d’espaces publics sont en première ligne. Mais la mobilisation citoyenne est tout aussi essentielle. Chacun peut participer en arrachant les plants dans son jardin ou en signalant leur présence via la plateforme nationale signalement-ambroisie.fr ou l’application mobile dédiée. Ces signalements déclenchent des interventions locales pour détruire les foyers détectés.

Le combat est coordonné à l’échelle nationale par l’Observatoire des ambroisies, piloté par FREDON France, et relayé par les Agences régionales de santé (ARS) et les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (Atmo France, RNSA).

Comment se protéger au quotidien ?

Pour les personnes allergiques, il est recommandé de suivre de près les bulletins polliniques disponibles sur pollens.fr ou via l’indice pollen d’Atmo France. Adapter ses habitudes peut limiter les symptômes :

  • éviter les sorties en pleine journée, quand la concentration pollinique est maximale,
  • aérer son logement tôt le matin ou tard le soir,
  • se rincer les cheveux et changer de vêtements après une activité extérieure,
  • porter des lunettes de soleil pour protéger les yeux,
  • consulter un médecin pour mettre en place un traitement adapté (antihistaminiques, sprays nasaux, bronchodilatateurs en cas d’asthme).

Aussi, l’arrachage précoce, le signalement citoyen et la coordination institutionnelle fonctionnent lorsqu’ils sont mis en œuvre de manière systématique. Il reste à amplifier ces actions et à sensibiliser encore davantage le grand public pour limiter l’ampleur d’un problème qui n’est pas près de disparaître.

À SAVOIR 

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’ambroisie fait partie des plantes invasives qui posent désormais un problème environnemental et sanitaire européen. En Hongrie, où elle est implantée massivement, on estime que plus d’une personne sur cinq est allergique à son pollen. La France suit la même trajectoire, avec une progression rapide des cas observés ces dernières années.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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