Une femme cuisine un œuf au plat dans une poêle potentiellement contaminée par les PFAS.
En 2023, le Préfet du Rhône a recommandé l'arrêt de la consommation des œufs de poules élevées en plein air par les particuliers dans 16 communes, dont Irigny : l'un des ingrédients de base de l'alimentation quotidienne de rançoise et de sa famille... © Videezy

En 2022, l’émission “Vert de rage” de France 5 révélait une grave contamination aux PFAS dans le sud lyonnais. Françoise Bousquet réside justement depuis presque 50 ans à Irigny, l’une des quatre communes touchées par une pollution que l’on sait aujourd’hui beaucoup plus étendue. Assistante freelance spécialisée dans l’administration, elle est atteinte d’un cancer de la thyroïde, qu’elle n’aurait jamais anticipé. Bouleversée par les révélations du reportage, elle s’interroge sérieusement sur les causes réelles de sa maladie, ainsi que sur la mort prématurée de son frère. Un mois après l’audience initiale opposant la Métropole aux géants de la chimie Arkema et Daikin, elle réclame également des réponses concrètes. Témoignage.

La jeunesse de Françoise Bousquet, aujourd’hui mariée et mère d’une jeune fille, est intimement liée à la vallée de la chimie, au sud de l’agglomération lyonnaise. Son père, chimiste chez Total, y a consacré toute sa carrière. Elle a grandit dans ce secteur, où elle réside d’ailleurs toujours. C’est là qu’à peine âgée de vingt ans, elle a commencé un stage en informatique de courte durée dans l’une des principales usines du secteur, Arkema. Cette même entreprise, qui est aujourd’hui au centre du scandale sanitaire des PFAS, qui éclabousse la région lyonnaise.

“Mon père a toujours vanté ces usines comme quelque chose de très positif. Aujourd’hui, il les a en travers de la gorge, mais il ne le dira pas,” confie l’Irignoise. “Après avoir consacré toute sa vie professionnelle à la pétrochimie, prendre conscience des catastrophes environnementales engendrées n’est pas simple.”

Dans son voisinage aussi, “c’est le ras-le-bol”. La plupart de ses connaissances d’Irigny vivent depuis deux ans dans l’angoisse. “On partage tous à peu près le même état d’esprit. On en a assez de cette opacité qui empêche les gens d’obtenir des réponses concernant leurs propres problèmes de santé.”

Françoise Bousquet suspecte que son cancer de la thyroïde est dû à une contamination aux PFAS. © Françoise Bousquet

Depuis vingt ans, Françoise se consacre à la permaculture dans son jardin et son potager, cultivant fruits et légumes sans produits chimiques. Sa petite famille agricole comprend également cinq poules, dont les œufs frais sont une part intégrante de l’alimentation familiale. Un petit coin de paradis brusquement perturbé par des rumeurs de contamination.

“Les prélèvements effectués dans notre commune indiquaient une forte contamination. Nous avons commencé à nous demander s’il fallait arrêter de cultiver,” explique Françoise Bousquet. “J’ai assisté à des réunions, mais les informations étaient peu claires. On ne peut pas dire que notre maire a été totalement transparent sur le sujet.”

En apprenant qu’il y avait eu des prélèvements à Irigny, la quadragénaire, comme beaucoup d’autres, a voulu faire analyser ses œufs. Malheureusement, sans succès. Malgré des années d’investissement, son jardin potager lui est désormais inutile. Et pour ne prendre aucun risque, Françoise “détruit chaque semaine tous les œufs de ses poules contre le mur”.

“Nous voulions faire analyser nos œufs, fruits et légumes à nos frais, mais il semble que très peu de laboratoires en Europe soient capables de le faire. Surtout, ils n’acceptent pas les demandes individuelles. Aujourd’hui, nous ignorons toujours si notre terrain et nos produits sont contaminés, bien que tout l’indique,” regrette-t-elle. Car le pire n’a peut-être pas encore été révélé.

En 2015, Françoise s’est en effet vue diagnostiquer un cancer de la thyroïde. Une condition étroitement liée au système endocrinien, dont il est connu que les perfluorés sont de puissants perturbateurs. Fait d’autant plus étrange pour elle, cette forme de maladie, souvent héréditaire, “survient malgré l’absence totale d’antécédents familiaux.”

Et “ce diagnostic est intervenu peu après le décès de mon frère, emporté par la maladie de Charcot à seulement 46 ans,” exprime-t-elle avec douleur. “Cela a conduit les médecins à envisager un lien possible avec un choc psychologique.”

Mais pour cette mère de 49 ans, ce n’est pas la seule hypothèse probable : “Irigny est située à proximité de la vallée de la chimie, une zone fortement exposée aux nuisances telles que le bruit et la pollution. Des mesures de prévention des risques technologiques (PPRT) ont d’ailleurs été mises en place dans les zones les plus à risque, comme Pierre-Bénite et le sud d’Oullins, en cas de dégagement toxique d’Arkema.” D’après elle, il n’est pas déraisonnable d’envisager que les contaminations environnementales soient à l’origine de nombreuses maladies dans la région. “Après tout, cela fait quarante ans que ces substances nous empoisonnent sans que nous le sachions” raisonne Françoise.

Françoise réclame aujourd’hui que “des scientifiques se penchent sur ces questions et fournissent des preuves claires sur l’impact des rejets de PFAS sur la santé”. Pour cela, elle estime que les autorités doivent agir sans freiner. À sa connaissance, “aucune spécialiste de la santé ne semble vouloir s’exprimer sur ce sujet.”

“Il y a clairement un traitement inéquitable entre les intérêts économiques des entreprises comme Arkema et la santé publique,” déplore-t-elle. “Cela me révolte profondément. Il faut une amende dissuasive et un meilleur encadrement de ces usines. On a déjà eu le problème avec les PCB, et c’est toujours la même histoire. Il faut que les choses changent.”

Retrouvez ici notre dossier sur la contamination aux PFAS, ces polluants éternels nocifs, dans le sud lyonnais.

À SAVOIR

Les PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques) ,décrites par Françoise Bousquet, sont des mesures préventives mises en place dans le sud lyonnais pour répondre aux risques industriels de la vallée de la chimie. Elles visent à protéger la population en cas d’accidents graves liés aux installations industrielles, comme des fuites chimiques ou des explosions.

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