« High protein », « Protein+ », « 25 g de protéines »… Difficile de passer à côté. Longtemps cantonnée aux pots de whey et aux rayons spécialisés pour sportifs, la protéine s’affiche désormais en grosses lettres sur des produits beaucoup plus ordinaires. Yaourts, boissons, céréales du petit-déjeuner, tartines croustillantes et même salades toutes prêtes s’y mettent. Le message envoyé au consommateur est plutôt simple : plus il y a de protéines, plus le produit semble sain, nourrissant, voire sportif. Mais cette promesse ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Dans une enquête publiée le 21 septembre 2026, l’association de défense des consommateurs Foodwatch France s’est intéressée à dix produits protéinés commercialisés en France avec une forte mise en avant de leur teneur en protéines. Son constat est sévère : les dix références sélectionnées sont, selon l’association et la classification NOVA sur laquelle elle s’appuie, des aliments ultra-transformés.
Ultra-transformé, ça veut dire quoi exactement ?
Un aliment « transformé » n’est pas automatiquement mauvais pour la santé. Du pain, du fromage ou des légumes en conserve ont eux aussi subi une transformation. La notion d’aliment ultra-transformé va plus loin. La classification NOVA, aujourd’hui largement utilisée dans la recherche en nutrition, répartit les aliments en quatre groupes selon leur degré et la finalité de leur transformation. Les produits ultra-transformés correspondent généralement à des formulations industrielles faisant intervenir des procédés ou ingrédients peu employés dans une cuisine domestique : protéines isolées, amidons modifiés, sirops, arômes, colorants, émulsifiants, édulcorants ou agents de texture, par exemple.
Cela ne signifie pas qu’un produit contenant un additif devient automatiquement dangereux. La question sanitaire concerne davantage la place globale et répétée des aliments ultra-transformés dans l’alimentation, et certains ingrédients font par ailleurs l’objet de recherches spécifiques. Les recommandations françaises vont d’ailleurs dans le sens de la modération. Dans son guide Manger Bouger, Santé publique France recommande de limiter les produits ultra-transformés et de privilégier, lorsque cela est possible, les produits sans additifs ou avec les listes d’additifs les plus courtes.
Produits protéinés : que cachent vraiment leurs promesses santé ?
Quels sont les dix produits épinglés ?
Foodwatch a passé au crible dix références qui surfent sur la vague des protéines. Barres, céréales, boissons, tartines, yaourts et même salades préparées, le « high protein » a désormais gagné presque tous les rayons. L’association pointe précisément :
- les barres Protein chocolat-cranberries de Nature Valley ;
- la salade High Protein de Carrefour Sensation ;
- la boisson HiPRO myrtille de Danone ;
- les céréales Lion Protein de Nestlé ;
- la gourde Whey & Fruits d’Andros Sport ;
- le lait protéiné chocolat de Lactel ;
- les tartines Wasa Protein+ ;
- la boisson Chocolate Mocha Protein de Starbucks ;
- la boisson Protéines Soja d’Alpro ;
- le yaourt protéiné myrtille Délisse Sport de Marque Repère.
Les protéines, elles, ne sont évidemment pas le problème. Elles sont indispensables à l’organisme, notamment pour fabriquer et renouveler les muscles, la peau et de nombreux tissus. Ce que Foodwatch pointe du doigt, c’est plutôt tout ce qui vient avec. En retournant les emballages, l’association relève, selon les références, des protéines isolées, des amidons modifiés, du sirop de glucose, de la gomme gellane, des carraghénanes ou encore des édulcorants comme le sucralose et l’acésulfame-K. Résultat, derrière leur image sportive et leur promesse nutritionnelle, les dix produits sélectionnés sont classés comme ultra-transformés selon la classification NOVA utilisée par Foodwatch.
Beaucoup de protéines… mais parfois aussi beaucoup de sucre
L’étiquette « protéiné » ne dit donc rien, à elle seule, de la qualité nutritionnelle globale du produit. Foodwatch prend l’exemple des céréales Lion Protein de Nestlé. Elles affichent 15 g de protéines pour 100 g, mais contiennent également 23 g de sucres pour 100 g. L’ajout de gluten de blé permet notamment d’augmenter leur teneur en protéines.
Même constat avec les barres Protein chocolat et cranberries de Nature Valley : Foodwatch relève 20,5 g de sucres pour 100 g, ainsi qu’une liste comprenant notamment protéine isolée de soja, oligofructose, sirop de glucose, fructose, maltodextrine, lécithines de soja et glycérol. Plus étonnant encore, la boisson chocolatée protéinée Lactel contient, selon les données relevées par Foodwatch, 6 g de protéines pour 100 ml mais également 9,1 g de sucres pour 100 ml.
Le « halo santé » des protéines
Un gros « 25 g de protéines » sur le paquet et le produit paraît tout de suite plus sain. C’est ce mécanisme que Foodwatch dénonce à travers ce que l’on appelle l’« effet de halo ». Une qualité mise en avant sur l’emballage finit par donner une bonne image à l’ensemble du produit, alors qu’elle n’en raconte qu’une petite partie.
Et les marques savent particulièrement bien jouer sur cette perception. Le mot « protéines » s’affiche en grand, accompagné de références au sport, à la performance ou à la forme physique. De quoi détourner facilement l’attention du reste de l’étiquette, notamment de la quantité de sucres, de sel ou de graisses, mais aussi d’une liste d’ingrédients parfois longue.
Car un aliment peut parfaitement être riche en protéines tout en étant très sucré ou ultra-transformé. La mention « riche en protéines » renseigne sur un seul aspect du produit, pas sur sa qualité nutritionnelle dans son ensemble. Pour savoir ce que l’on met réellement dans son panier, il faut donc regarder au-delà de la promesse affichée en gros sur le paquet.
Les Français ont-ils vraiment besoin de manger plus de protéines ?
Pour la majorité des adultes, courir après chaque gramme supplémentaire n’est pas forcément nécessaire. L’Anses fixe la référence nutritionnelle pour la population adulte à 0,83 gramme de protéines par kilo de poids corporel et par jour. Pour une personne de 70 kg, cela correspond à environ 58 g de protéines par jour. Cette référence vise à couvrir les besoins de la quasi-totalité de la population adulte.
Les besoins peuvent bien sûr évoluer selon l’âge, la situation physiologique, l’état de santé ou le niveau et le type d’activité physique. Un sportif ayant un entraînement important n’a pas nécessairement les mêmes besoins qu’une personne sédentaire. Mais « davantage » ne veut donc pas automatiquement dire « meilleur ». Surtout, les protéines ne se cachent pas uniquement dans des produits spécialement enrichis. Viandes, poissons, œufs et produits laitiers en apportent naturellement, tout comme les lentilles, pois chiches, haricots, soja, fruits à coque ou certaines céréales.
Ultra-transformés : quels risques pour la santé ?
Manger beaucoup d’aliments ultra-transformés est associé à davantage de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, d’obésité et de certains cancers. Des liens sont également observés avec la dépression et un risque plus élevé de décès prématuré.
En France, les données de la cohorte NutriNet-Santé ont notamment montré que lorsque la part d’aliments ultra-transformés augmente de 10 points dans l’alimentation, le risque de maladies cardiovasculaires est associé à une hausse de 12 %. Une augmentation de leur consommation a également été associée à un risque accru de cancer.
Attention toutefois, cela ne signifie pas qu’une barre ou une boisson protéinée consommée ponctuellement rend malade. C’est surtout une consommation importante et régulière d’aliments ultra-transformés qui pose question sur le long terme.
Et les additifs ?
C’est un autre point sensible de l’enquête de Foodwatch. Plusieurs références étudiées contiennent des édulcorants, épaississants ou émulsifiants. Mais là encore, prudence avec les raccourcis : tous les additifs ne présentent pas les mêmes propriétés et la présence d’un additif autorisé ne suffit pas à conclure qu’un produit est dangereux.
La recherche étudie toutefois de plus en plus certains d’entre eux séparément. Les équipes françaises de NutriNet-Santé ont notamment publié plusieurs travaux sur les émulsifiants, les édulcorants et les conservateurs. En janvier 2026, l’Inserm a par exemple rapporté deux études menées sur plus de 100 000 adultes dans lesquelles une consommation plus élevée de certains conservateurs était associée à un risque accru de cancer et de diabète de type 2. Ces résultats observationnels doivent, eux aussi, être interprétés comme des associations statistiques.
Faut-il alors bannir tous les produits protéinés ?
Non. Ce serait remplacer un raccourci par un autre. Un produit enrichi en protéines peut avoir son utilité selon l’alimentation, les besoins ou les habitudes d’une personne. Et le fait qu’un aliment soit classé ultra-transformé ne permet pas, à lui seul, de prédire l’effet qu’aura sa consommation ponctuelle sur la santé d’un individu.
L’enjeu est plutôt de ne pas s’arrêter à la promesse écrite en gros sur le devant du paquet. Regarder le tableau nutritionnel, la quantité de sucres, de sel et de graisses saturées, mais aussi jeter un œil à la liste des ingrédients permet d’avoir une photographie beaucoup plus complète.
C’est justement ce que réclame Foodwatch. L’association souhaite qu’une indication de l’ultra-transformation figure obligatoirement sur la face avant des emballages, en complément du Nutri-Score. Elle indique que plus de 179 000 personnes ont signé une pétition menée avec Yuka et France Assos Santé en faveur de mesures destinées à mieux encadrer les aliments ultra-transformés.
À SAVOIR
Notre corps ne stocke pas les protéines comme il stocke les graisses. Contrairement aux lipides, qui peuvent constituer d’importantes réserves énergétiques dans le tissu adipeux, l’organisme ne possède pas de véritable « réserve » dédiée aux protéines. Les acides aminés apportés par l’alimentation servent notamment à renouveler les protéines de nos tissus. Lorsqu’ils sont apportés en excès par rapport aux besoins, ils ne sont donc pas simplement mis de côté pour fabriquer davantage de muscles plus tard.




