Manger du piment permet-il vraiment de vivre plus vieux ?

le 13 septembre 2026 à 13h23
Une femme qui mange du piment pour allonger son espérance de vie.
Et vous, vous aimez les plats épicés ? © Depositphotos
Bonne nouvelle pour les amateurs de plats relevés ! Manger régulièrement du piment est associé à un risque plus faible de mourir prématurément. Mais avant d’en mettre partout dans votre assiette, prudence. On vous explique
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Le piment pourrait bien avoir d’autres atouts que celui de relever nos plats. Depuis une dizaine d’années, plusieurs grandes études constatent que ses consommateurs réguliers présentent un risque de décès plus faible, notamment lié aux maladies cardiovasculaires. Les chercheurs s’intéressent notamment à la capsaïcine, la molécule qui donne au piment son goût piquant et cette fameuse sensation de brûlure en bouche.

Elle pourrait avoir plusieurs effets intéressants sur l’organisme, notamment sur le métabolisme, l’inflammation et le fonctionnement des vaisseaux sanguins. De là à faire du piment un secret de longévité, il y a toutefois un pas. Les études montrent pour l’instant une association, mais ne prouvent pas que manger épicé permet directement de vivre plus longtemps.

La capsaïcine, cette molécule qui met le feu à la bouche

Bouche en feu, front qui transpire, nez qui coule… Quelques bouchées bien relevées suffisent parfois à déclencher tout un festival de réactions. La responsable est la capsaïcine, la molécule qui donne au piment son piquant. Et cette sensation de brûlure est en partie un leurre. La capsaïcine active dans notre bouche des récepteurs normalement sensibles à la chaleur. Le cerveau croit alors détecter quelque chose de très chaud et déclenche l’alerte, alors que la température de notre bouche n’a pratiquement pas changé.

Mais ce petit tour de passe-passe n’est pas la seule raison pour laquelle la capsaïcine intrigue les scientifiques. Une fois consommée, elle pourrait également agir sur plusieurs mécanismes de l’organisme, notamment la dépense énergétique, l’utilisation des graisses, les vaisseaux sanguins et certains phénomènes liés à l’inflammation.

Une analyse de plusieurs études a ainsi montré que les molécules du piment pouvaient légèrement augmenter la dépense énergétique et favoriser l’utilisation des graisses comme source d’énergie. L’effet reste toutefois modeste. Quant aux possibles bénéfices pour le cœur et le métabolisme, les chercheurs continuent de creuser. Les pistes sont intéressantes, mais les preuves chez l’être humain restent encore trop limitées pour attribuer à la capsaïcine les effets sur la longévité observés dans les grandes études.

Manger épicé peut-il vraiment nous faire vivre plus longtemps ?

En Chine, manger épicé presque tous les jours associé à 14 % de mortalité en moins

Publiée en 2015, l’étude a suivi 487 375 adultes chinois âgés de 30 à 79 ans pendant un peu plus de sept ans. Au début du suivi, aucun ne souffrait de cancer, de maladie cardiaque ou n’avait subi d’AVC. Les chercheurs de la China Kadoorie Biobank ont comparé la fréquence de consommation d’aliments épicés avec les décès enregistrés au cours de cette période. Et l’écart est notable puisque les personnes qui mangeaient épicé six à sept jours par semaine présentaient un risque relatif de décès toutes causes confondues inférieur de 14 % à celles qui en consommaient moins d’une fois par semaine.

L’association ne concernait pas seulement la mortalité globale. Les chercheurs ont également observé une mortalité plus faible pour certaines causes, notamment les maladies cardiaques ischémiques, les maladies respiratoires et les cancers. Attention toutefois à ne pas lire ce chiffre comme une promesse individuelle. Ces 14 % correspondent à une différence de risque observée entre deux groupes de participants. L’étude montre donc que les grands amateurs de cuisine épicée mouraient moins souvent pendant le suivi, mais elle ne prouve pas que le piment en était directement responsable.

Aux États-Unis, 13 % de mortalité en moins chez les consommateurs de piment

Et le constat ne s’arrête pas à la Chine. En 2017, une étude s’est intéressée à 16 179 adultes américains issus de la grande enquête nationale NHANES III. Les chercheurs ont comparé la consommation de piment rouge fort des participants avec leur mortalité sur près de 19 années de suivi. Au total, 4 946 décès ont été enregistrés. Résultat, les personnes qui déclaraient consommer du piment présentaient un risque relatif de décès toutes causes confondues inférieur de 13 % à celles qui n’en mangeaient pas.

Les chercheurs ont tenu compte de plusieurs facteurs susceptibles de peser sur la mortalité, comme l’âge, le sexe, le tabagisme ou encore certaines caractéristiques liées au mode de vie. Là encore, impossible d’affirmer que le piment est directement responsable de cette différence. Mais après la Chine, cette étude américaine retrouvait une tendance similaire dans une population et des habitudes alimentaires bien différentes.

En Italie, une mortalité cardiovasculaire inférieure de 34 %

Et ce n’est pas fini ! En 2019, des chercheurs de l’étude italienne Moli-sani ont à leur tour étudié la question. Leurs travaux ont porté sur 22 811 hommes et femmes suivis pendant une durée médiane de 8,2 ans. Les participants qui mangeaient du piment plus de quatre fois par semaine présentaient un risque relatif de mortalité toutes causes confondues inférieur de 23 % à celui des personnes qui n’en mangeaient jamais ou rarement.

Pour les décès liés aux maladies cardiovasculaires, l’association était encore plus marquée : le risque relatif était inférieur de 34 %. Les chercheurs ont également constaté des associations avec un risque inférieur de décès par cardiopathie ischémique et par maladie cérébrovasculaire. Fait intéressant, cette association avec la mortalité globale persistait indépendamment de l’adhésion au régime méditerranéen. Les résultats ne semblaient donc pas simplement s’expliquer par le fait que les mangeurs de piment avaient globalement une meilleure alimentation.

Au final, le piment est-il le nouveau secret de longévité ?

Une étude chinoise, une américaine et une italienne, c’est intéressant. Mais lorsque plusieurs travaux indépendants arrivent à des résultats proches, les chercheurs peuvent aller plus loin en réalisant une méta-analyse. Le principe consiste à regrouper les résultats de différentes études afin d’obtenir une vision plus globale.

Ainsi, une méta-analyse publiée en 2021 et regroupant quatre études de cohorte prospectives, soit 564 748 adultes, a ainsi retrouvé une mortalité toutes causes confondues inférieure de 12 % chez les consommateurs réguliers d’aliments épicés par rapport aux personnes qui en mangeaient rarement ou jamais. Une association avec une mortalité cardiaque plus faible était également observée. Une autre méta-analyse publiée en 2022, portant elle aussi sur quatre cohortes et plus de 560 000 participants, est arrivée à une conclusion similaire. La consommation de piment était associée à un risque relatif de décès inférieur 

  • de 13 % toutes causes confondues, 
  • de 11 % pour les maladies cardiovasculaires,
  • de 8 % pour les cancers.

Faut-il commencer à pimenter tous ses repas ?

Cela dit, il faut raison garder… Inutile de transformer tous ses repas en défi épicé. Il peut toutefois avoir sa place dans une alimentation équilibrée, relever les plats tout en limitant le sel.

Attention simplement à votre tolérance. Chez certaines personnes, les plats très épicés peuvent accentuer les brûlures d’estomac ou le reflux. Mais contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas considérés comme une cause démontrée de gastrite. En clair, si vous aimez le piment et le digérez bien, aucune raison de vous en priver !

À SAVOIR 

Les oiseaux ne ressentent presque pas le piquant du piment ! Contrairement aux mammifères, ils sont très peu sensibles à la capsaïcine. Ils peuvent donc manger des piments sans cette sensation de brûlure et contribuer ensuite à disperser leurs graines dans la nature.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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