Deux adolescents en train de jouer à un jeu vidéo avec des casques sur les oreilles.
La moitié des 38 millions de joueurs en France ont des troubles auditifs. © Adobe Stock

Un joueur sur deux souffre de troubles auditifs après une session de jeu vidéo. Acouphènes, hyperacousie, perte auditive temporaire… Ces symptômes, souvent minimisés, pourraient pourtant être annonciateurs d’une surdité précoce. Alors que la Journée Nationale de l’Audition met en lumière les dangers du bruit, une question se pose : les jeux vidéo constituent-ils un risque pour l’audition ?

Les concerts, les boîtes de nuit et les sports mécaniques sont largement reconnus comme des activités à risque pour l’audition. En revanche, les jeux vidéo sont rarement perçus comme dangereux. Pourtant, selon une étude réalisée par l’Association Nationale de l’Audition (ANA) et l’Ifop, 50 % des joueurs ayant le son activé déclarent avoir ressenti une gêne auditive après une session de jeu.

Parmi eux, 36 % affirment être plus sensibles au bruit, 35 % disent avoir expérimenté des sifflements ou des bourdonnements dans les oreilles, et 23 % ont même subi une perte auditive temporaire. Ces chiffres, inédits en France, soulignent un phénomène jusque-là sous-estimé.

Le manque de prise de conscience est frappant. Seulement 41 % des Français considèrent que les jeux vidéo peuvent représenter un risque pour l’audition. Ce chiffre chute à 16 % lorsqu’on interroge les joueurs eux-mêmes. La majorité ne fait pas le lien entre cette activité et une potentielle atteinte auditive. Pourtant, les faits sont là : plus les sessions sont longues et le volume sonore élevé, plus les risques augmentent.

Contrairement aux idées reçues, les joueurs ne règlent pas systématiquement le son au maximum. Mais certains atteignent des seuils préoccupants. L’étude montre que 39 % des joueurs dépassent un volume de 7 sur 10, bien au-delà des recommandations sanitaires. En moyenne, ils fixent leur niveau sonore à 4,3 sur 10, mais avec des pics sonores élevés.

Les jeunes adultes sont particulièrement touchés. Dans la tranche d’âge des 18-24 ans, 60 % ont déjà souffert d’hyperacousie. Un trouble qui entraîne une hypersensibilité aux sons et peut s’accompagner de douleurs auditives.

La durée des sessions joue également un rôle clé. Parmi les joueurs passant plus de deux heures d’affilée sur un jeu, 43 % déclarent ressentir une gêne auditive régulière. Ces chiffres confirment l’impact d’une exposition prolongée aux bruits, d’autant plus préoccupant que l’usage du casque ou des écouteurs est généralisé.

Si 45 % des joueurs mettent en place au moins une mesure de prévention, seule une minorité applique des gestes réellement efficaces. Seuls 60 % disent limiter le volume sonore, 58 % prennent des pauses régulières et 37 % utilisent un casque avec réduction de bruit.

Mais la prévention reste trop faible face aux risques encourus. Une grande partie des joueurs ne se sent pas concernée : 85 % estiment que ces mesures sont inutiles et 24 % pensent même qu’elles nuiraient à leur expérience de jeu. Pourtant, de simples habitudes permettraient de limiter les dommages : baisser progressivement le volume, espacer les sessions, éviter les casques intra-auriculaires et utiliser des protections adaptées.

Face à cette problématique émergente, l’Association Nationale de l’Audition recommande une prise de conscience collective et une meilleure information des joueurs. L’intégration de messages de prévention dans les jeux vidéo, l’affichage d’alertes en cas de volume excessif ou encore la mise en place de contrôles automatiques du son pourraient être des solutions efficaces pour limiter les risques.

Aujourd’hui, la prévention reste insuffisante alors que la perte auditive est irréversible. Une exposition excessive au bruit dès le plus jeune âge pourrait conduire à une augmentation des cas de surdité précoce dans les années à venir. Il est donc essentiel que les joueurs, mais aussi les pouvoirs publics et les éditeurs de jeux, prennent la mesure du problème et adoptent des actions concrètes pour protéger l’audition des millions de Français qui jouent régulièrement aux jeux vidéo.

À SAVOIR

Un port prolongé du casque audio favorise les infections de l’oreille en créant un environnement chaud et humide propice aux bactéries et champignons. Selon des études ORL, plus de deux heures d’écoute d’affilée peuvent multiplier par 700 la présence de bactéries dans le conduit auditif. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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