
Des patients traités pour un déficit en testostérone ont reçu un médicament différent de celui qui leur avait été prescrit en raison de difficultés d’approvisionnement. Dans une alerte publiée le 23 juin 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que Testostérone Besins et Androtardyl ne sont pas interchangeables. Une substitution sans avis médical peut exposer à un risque de surdosage ou de sous-dosage hormonal.
Depuis plusieurs mois, les tensions d’approvisionnement touchent de nombreux médicaments en France. Cette fois, c’est un traitement utilisé dans la prise en charge du déficit en testostérone qui fait l’objet d’une mise en garde officielle. Le 23 juin 2026, l’ANSM a signalé plusieurs erreurs médicamenteuses survenues dans un contexte de pénurie de Testostérone Besins 1000 mg/4 mL, une spécialité injectable contenant de l’undécanoate de testostérone.
Face à cette indisponibilité temporaire, certains patients se sont vu délivrer à la pharmacie un autre médicament à base de testostérone, Androtardyl 250 mg/mL ou son générique Testostérone Desma 250 mg/mL, sans adaptation préalable de leur traitement. Une pratique qui peut sembler logique au premier abord puisque ces médicaments contiennent tous de la testostérone.
Pourtant, selon l’ANSM, cette substitution ne doit jamais être réalisée automatiquement. L’agence sanitaire insiste, ces médicaments appartiennent à des groupes génériques différents et présentent des caractéristiques très distinctes. Leur remplacement nécessite obligatoirement une réévaluation médicale.
Prescription de testostérone : pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas équivalents ?
Deux médicaments contenant la même substance active peuvent souvent être remplacés l’un par l’autre. Mais en réalité, la situation est parfois plus complexe. Dans le cas présent, les deux traitements contiennent bien de la testostérone, l’hormone sexuelle masculine produite principalement par les testicules. Cependant, ils ne sont pas formulés de la même manière.
- Testostérone Besins contient de l’undécanoate de testostérone,
- tandis qu’Androtardyl et Testostérone Desma contiennent de l’énantate de testostérone.
Ces deux molécules appartiennent à la famille des esters de testostérone. Leur rôle est de permettre une libération progressive de l’hormone dans l’organisme après l’injection. Mais leur vitesse de diffusion et leur durée d’action diffèrent fortement. Concrètement, selon les informations de l’ANSM :
- Testostérone Besins est généralement administré toutes les 10 à 14 semaines ;
- Androtardyl et Testostérone Desma nécessitent des injections beaucoup plus fréquentes, toutes les 2 à 4 semaines.
Cette différence de rythme traduit une pharmacocinétique différente, c’est-à-dire une manière différente pour l’organisme d’absorber et d’utiliser le médicament.
Mauvaise prescription : quels sont les risques ?
Testostérone : un risque réel de surdosage ou de sous-dosage
Le principal danger est lié à une mauvaise adaptation des doses. Lorsqu’un patient passe d’un traitement à un autre sans réévaluation médicale, les concentrations de testostérone dans le sang peuvent devenir trop élevées ou, au contraire, insuffisantes. Selon l’ANSM, ces variations hormonales peuvent entraîner plusieurs conséquences :
- une perte d’efficacité du traitement ;
- un déséquilibre hormonal ;
- l’apparition d’effets indésirables.
Parmi les symptômes signalés figurent notamment la tachycardie, c’est-à-dire une accélération anormale du rythme cardiaque, ou encore l’insomnie. Chez les personnes concernées, l’objectif du traitement est pourtant de maintenir un taux de testostérone aussi stable que possible. Une fluctuation importante peut provoquer fatigue, baisse de la libido, troubles de l’humeur ou altération du bien-être général.
Prescription de testostérone : qui reçoit ce type de traitement ?
Les traitements à base de testostérone sont principalement prescrits en cas d’hypogonadisme masculin, une situation dans laquelle l’organisme ne produit pas suffisamment de testostérone. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), le diagnostic repose à la fois sur des symptômes évocateurs et sur des dosages biologiques confirmant un déficit hormonal. La testostérone joue un rôle important dans de nombreuses fonctions de l’organisme. Elle intervient notamment dans :
- le développement musculaire ;
- la densité osseuse ;
- la libido ;
- la fertilité ;
- la production de globules rouges ;
- le maintien de l’énergie et de certaines fonctions cognitives.
Lorsque les concentrations deviennent insuffisantes, un traitement substitutif peut être proposé afin de rétablir des niveaux hormonaux adaptés.
Que doivent faire les pharmaciens ?
Face aux erreurs déjà signalées, l’ANSM a adressé des consignes très claires aux officines. L’agence demande aux pharmaciens de ne pas délivrer Androtardyl ou Testostérone Desma à la place de Testostérone Besins lorsque ce dernier est indisponible. Si le médicament habituel ne peut pas être obtenu, le pharmacien doit contacter le médecin prescripteur afin qu’il décide, si nécessaire, d’une autre stratégie thérapeutique adaptée au patient.
L’ANSM demande également aux pharmaciens qui auraient déjà réalisé une telle substitution de recontacter rapidement les patients concernés afin qu’ils prennent rendez-vous avec leur médecin.
Que doivent faire les patients concernés ?
L’agence sanitaire se veut rassurante mais appelle à la vigilance. Les patients qui utilisent habituellement Testostérone Besins et qui auraient reçu Androtardyl ou Testostérone Desma sans que ce changement soit explicitement mentionné sur leur ordonnance sont invités à contacter rapidement leur pharmacien ou leur médecin. L’objectif est de vérifier que le traitement délivré correspond bien à leur situation médicale. L’ANSM recommande également de signaler tout symptôme inhabituel pouvant évoquer un déséquilibre hormonal ou un effet indésirable.
En revanche, l’agence insiste sur un point essentiel : il ne faut jamais interrompre son traitement de sa propre initiative, même en cas de doute. Une modification ou un arrêt brutal du traitement doit toujours être discuté avec un professionnel de santé.
Un retour à la normale attendu en juillet
Selon les informations communiquées à l’ANSM par le laboratoire Besins Healthcare France, l’approvisionnement en Testostérone Besins 1000 mg/4 mL solution injectable devrait revenir à la normale au cours du mois de juillet 2026. D’ici là, l’agence appelle l’ensemble des professionnels de santé à redoubler de vigilance afin d’éviter de nouvelles erreurs de délivrance.
Cette alerte rappelle qu’en matière de médicaments, deux produits utilisés pour traiter la même maladie ne sont pas forcément équivalents. Derrière un nom de molécule proche ou une indication identique peuvent se cacher des différences importantes de dosage, de durée d’action ou de mode d’administration, avec des conséquences potentiellement significatives pour les patients.
À SAVOIR
La testostérone n’est pas uniquement une hormone liée à la sexualité. Selon l’Assurance maladie et la Haute Autorité de santé (HAS), elle participe aussi à la production des globules rouges. Un déficit important peut ainsi favoriser une anémie, tandis qu’un excès de testostérone peut au contraire augmenter anormalement le nombre de globules rouges, ce qui explique la nécessité d’une surveillance biologique régulière chez les patients traités.







