Selon l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France, un premier cas de tuberculose a été signalé fin juillet au Centre de lutte antituberculeuse du Val-de-Marne (CLAT 94). La personne concernée avait fréquenté l’école élémentaire et le centre de loisirs Rosalind Franklin pendant sa période de contagiosité. De quoi déclencher rapidement une enquête d’entourage afin de retrouver les personnes ayant été suffisamment proches du malade pour avoir potentiellement été exposées.
Avec la Ville d’Ivry-sur-Seine, l’ARS et les services départementaux de l’Éducation nationale, le CLAT 94 a donc reconstitué les contacts du premier malade et organisé le dépistage des personnes concernées. Ces investigations ont permis de découvrir deux autres personnes atteintes d’une tuberculose, décrite par l’ARS comme « peu contagieuse ». Le bilan s’élève ainsi à trois cas identifiés. L’enquête se poursuit désormais autour de ces deux nouveaux malades afin de repérer, à leur tour, leurs éventuels sujets contacts.
Tuberculose : que faut-il savoir sur cette maladie infectieuse ?
Tuberculose : comment attrape-t-on la maladie ?
Rappelons que la tuberculose est une maladie infectieuse provoquée par une bactérie, Mycobacterium tuberculosis, plus connue sous le nom de bacille de Koch. Elle touche le plus souvent les poumons, même si d’autres organes peuvent être atteints. Lorsqu’une personne présente une forme respiratoire contagieuse, des bactéries peuvent être projetées dans l’air lorsqu’elle parle, tousse ou éternue. Mais croiser quelques secondes une personne malade ne signifie pas automatiquement avoir été contaminé.
L’ARS Île-de-France rappelle que la transmission survient généralement à l’occasion d’un contact « étroit et prolongé » avec une personne contagieuse. C’est précisément pour cette raison que les autorités cherchent à reconstituer l’entourage et les contacts du premier cas d’Ivry-sur-Seine. Pour mener cette enquête, le début de la période de contagiosité est habituellement fixé, par précaution, jusqu’à trois mois avant le diagnostic, précise l’ARS. Toutes les personnes porteuses du bacille ne transmettent pas la tuberculose.
Être infecté ne signifie pas forcément être malade
C’est l’une des particularités de la tuberculose et probablement l’une des plus difficiles à comprendre. Après une contamination, la bactérie peut rester « endormie » dans l’organisme. On parle alors d’infection tuberculeuse latente, ou ITL. La personne ne présente pas de symptômes, n’est pas malade et, surtout, n’est pas contagieuse.
Selon l’Assurance Maladie, dans environ 90 % des cas où une infection tuberculeuse s’installe, les bactéries restent à l’état latent. Elles peuvent demeurer ainsi pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Dans certains cas, en revanche, les bactéries se multiplient et la maladie se développe : c’est la « tuberculose maladie ». Lorsqu’elle touche l’appareil respiratoire, elle peut devenir contagieuse. Les enfants de moins de 5 ans et les personnes immunodéprimées présentent davantage de risques de développer la maladie après une infection, rappelle l’ARS Île-de-France.
Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
En fait, la tuberculose n’est pas toujours spectaculaire à ses débuts. Ses manifestations peuvent s’installer progressivement, ce qui peut retarder le diagnostic. Selon l’ARS Île-de-France et l’Assurance Maladie, les signes classiques de la tuberculose maladie comprennent notamment
- une toux persistante,
- de la fièvre,
- des sueurs nocturnes,
- une fatigue importante,
- une perte de poids.
Ces symptômes ne sont évidemment pas spécifiques à la tuberculose. Tousser ou être fatigué ne signifie pas que l’on a contracté la maladie. C’est l’association des symptômes, leur persistance et surtout le contexte d’une éventuelle exposition qui peuvent conduire les professionnels de santé à réaliser des examens complémentaires. La tuberculose se traite par une association de plusieurs antibiotiques pendant plusieurs mois. L’Assurance Maladie rappelle également qu’avec un traitement approprié, la contagiosité disparaît progressivement, même si elle peut habituellement persister pendant une à trois semaines après le début du traitement.
Trois cas de tuberculose détectés : comment se déroule le dépistage ?
Pas question de faire passer toute une ville sous une batterie d’examens. Le dépistage est proposé aux personnes considérées comme des « sujets contacts », c’est-à-dire celles dont les conditions de contact avec un malade justifient une surveillance. À Ivry-sur-Seine, l’ARS précise que le dispositif comprend un entretien médical, une radiographie des poumons et une intradermoréaction. Ce dernier examen consiste à injecter sous la peau une petite quantité de tuberculine afin d’observer la réaction de l’organisme.
Les examens sont pris en charge par le CLAT 94. Si une anomalie est détectée, la personne est recontactée afin d’organiser sa prise en charge. Cette recherche méthodique s’explique notamment par une particularité de la tuberculose : contrairement à une infection respiratoire qui se manifeste rapidement après la contamination, la bactérie peut rester silencieuse dans l’organisme.
La tuberculose circule-t-elle encore beaucoup en France ?
Oui, mais la France reste un pays où la maladie est relativement peu fréquente. Les dernières données consolidées de Santé publique France font état de 4 491 cas de tuberculose maladie déclarés en France en 2024, dont 204 chez des enfants. Le taux de déclaration se situait autour de 6,5 à 6,6 cas pour 100 000 habitants. Après une remontée observée en 2023, l’incidence a diminué d’environ 8 % en 2024, selon Santé publique France.
La situation est toutefois très variable selon les territoires et les populations. L’Île-de-France fait partie des régions où la tuberculose circule davantage que la moyenne nationale. Mais là encore, les chiffres récents sont plutôt orientés à la baisse. Selon l’ARS Île-de-France, 1 523 cas ont été déclarés dans la région en 2024, contre 1 769 en 2023, soit 246 cas de moins en un an. Les trois cas détectés à Ivry-sur-Seine ne doivent donc pas être interprétés, à ce stade, comme le signe d’une flambée générale de la tuberculose en France ou même en Île-de-France.
Et le vaccin BCG dans tout ça ?
Bien connu des “vieux” écoliers, le BCG, pour « bacille de Calmette et Guérin », reste le vaccin utilisé contre la tuberculose. Il permet surtout de protéger les jeunes enfants contre les formes les plus graves de la maladie. Mais contrairement à une idée reçue, il n’offre pas une protection totale. En France :
- le BCG n’est plus obligatoire pour tous les enfants depuis 2007 ;
- il reste recommandé pour les enfants particulièrement exposés au risque de tuberculose ;
- il protège surtout contre les formes graves chez les plus jeunes, mais n’empêche pas toujours l’infection.
C’est pourquoi une personne vaccinée peut tout de même être concernée par un dépistage après un contact avec un malade contagieux. À Ivry-sur-Seine, l’enquête se poursuit autour des trois cas identifiés et les personnes devant être dépistées sont directement contactées par le CLAT 94. A suivre…
À SAVOIR
En 2008, des chercheurs ont confirmé la présence de la tuberculose dans les ossements d’une femme et d’un nourrisson vieux d’environ 9 000 ans, découverts sur le site néolithique d’Atlit-Yam, aujourd’hui immergé au large d’Israël.




