
Comme leurs salariés, les chefs d’entreprise sont exposés aux risques psychosociaux, et notamment aux troubles musculosquelettiques. Mais alors que la prévention gagne sans cesse en efficacité dans les entreprises, nombreux sont les dirigeants qui, pour des questions de priorités, n’écoutent pas leur douleur. Celle-ci, lorsqu’elle se transforme en incapacité fonctionnelle, peut avoir de lourdes conséquences sur leur santé, et par incidence sur celle de l’entreprise… Les explications du Dr Benedetto Gesmundo, médecin coordonateur du groupe Promeom, service de prévention et santé au travail interentreprise à Lyon, intervenant le 7 avril prochain lors du dîner-débat “La Santé du dirigeant” organisé par Ma Santé Events en ouverture de la Semaine de la Santé du Dirigeant.
De la petite sensation que l’on préfère oublier à la douleur chronique, propre à entrainer une véritable incapacité fonctionnelle, la marge est étroite, surtout derrière le bureau du chef d’entreprise. Oui, le dirigeant, comme tout autre travailleur, peut être touché par un trouble musculosquelettique.
Mais la grande différence, pour ce grand oublié de la médecine du travail, réside dans la prise en compte réelle de cette douleur. Un dirigeant, comme de nombreux travailleurs indépendants, artisans ou libéraux, a tendance à faire passer ce type d’alerte, et sa santé en général, au second plan.
Le Dr Benedetto Gesmundo, médecin coordinateur au sein de Promeom, premier acteur de santé au travail à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes, revient sur la nécessité de changer de regard sur ce réflexe culturel aux effets particulièrement pervers. Les dégâts d’un TMS chronique sont en effet plus lourds chez un dirigeant, car ils n’impacte pas uniquement sa propre santé, mais également la viabilité de l’entreprise elle-même et, par incidence, l’avenir des salariés.
Santé au travail : “les dirigeants ne doivent plus rester à l’écart”
Pourquoi les dirigeants ont-ils tendance à passer entre les mailles de la santé au travail ?

On ne se trompe pas lorsque l’on dit qu’il s’agit bien des parents pauvres de la santé au travail. Lorsque l’on parle de santé au travail, nous ciblons toujours les populations de salariés, de manière systématique et réglementaire. Mais cet état de fait évolue : la dernière réforme de santé au travail, en 2021, a valorisé cette nécessité de faire bénéficier les chefs d’entreprises d’un suivi en matière de prévention des risques psychosociaux.
Les dirigeants ne doivent plus rester à l’écart, pour leur propre santé, mais aussi en raison de l’impact de leur propre santé sur celle de l’entreprise et des salariés.
La prise en charge des troubles physiques ou mentaux d’un dirigeant doit-elle faire l’objet d’une attention particulière ?
Oui, car on peut facilement imagine qu’un dirigeant en mauvaise santé, du fait d’un stress chronique, de la fatigue, verra ses capacités de gestion altérées. L’impact est évident. Un dirigeant est tout autant exposé aux risques psychosociaux.
Mais il s’ajoute, pour lui, une autre dimension et d’autres facteurs de risque : la pression financière, l’isolement professionnel, les difficultés à déconnecter, le stress de la gestion des conflits dans l’entreprise… Tout cela est générateur de stress mental, qui peut avoir des répercussions physiques, et notamment en terme de troubles musculo-squelettiques.
“Les dirigeants minimisent les signes d’un trouble musculosquelettique”
Quels sont les TMS auxquels les dirigeants sont particulièrement exposés ?
Les troubles musculo-squelettiques sont d’origines multifactorielles. Ils peuvent être liés à une problématique de santé mentale, mais aussi à une mauvaise posture. Un chef d’entreprise sera plus facilement exposé à des tendinites ou un syndrome du canal carpien, du fait de mouvements répétitifs, de l’usage de la souris, etc.
Que ces troubles concernent les muscles, les os, les tendons ou les nerfs, ils sont les résultats de microtraumatismes répétés, qui déclenchent une inflammation chronique fragilisant les structures et débouchant sur des altérations.
Pourquoi cette exposition a-t-elle potentiellement plus de conséquences ?
Tout simplement parce que l’on constate généralement un gros retard de diagnostic chez les dirigeants, pour des questions d’emploi du temps, d’organisation… Ils auront d’une part tendance à minimiser les signes d’un TMS éventuel, jugés non prioritaires, voire à les accepter et à les normaliser, puisqu’ils font partie du quotidien. D’autre part, ils ne prendront pas le temps de se lancer dans une démarche de bilans, de prise en charge de leur TMS et de suivi. Du coup, on arrive souvent trop tard, avec l’obligation de soigner, plutôt que de prévenir.
L’idée est pourtant bien d’intervenir avant que la douleur ne se transforme en incapacité fonctionnelle. Il est important aujourd’hui de sensibiliser le dirigeant sur les bénéfices d’un dépistage anticipé d’un TMS, au regard de l’impact éventuel que cela pourrait avoir sur son entreprise.
Quels sont les moyens d’améliorer cette sensibilisation ?
Le fait d’intervenir en entreprise, pour des actions de sensibilisation destinées aux salariés, est un bon moyen de sensibiliser le dirigeant ! D’abord en en parlant directement avec lui, en lui faisant comprendre que lui aussi peut être concerné, et ensuite à travers la notion d’exemplarité qui découle de ces actions : le dirigeant doit lui-même mettre en pratique ces actions de prévention, s’ils veut qu’elles soient crédibles.
Peu à peu, on constate que les choses évoluent. Les Services Prévention de Santé au Travail Interentreprises, en plus de l’offre socle qu’elles ont l’obligation de déployer à destination des salariés, commencent à développer des offres spécifiques de suivi en médecine du travail pour les dirigeants. Cette évolution répond à une demande qui s’accroît de la part des dirigeants, qui ont compris tout l’intérêt à prendre soin de leur propre santé, pour mieux préserver celle de leur entreprise.
Avoir connaissance des facteurs de risque est le meilleur moyen de les prévenir et de les maîtriser. C’est valable pour les troubles musculosquelettiques, mais cela peut s’appliquer à tous les risques psychosociaux.
Sur le même sujet : lire notre article sur les Antilopes : des dirigeants qui viennent en aide à d’autres dirigeants en difficulté.
À SAVOIR
Enjeu souvent négligé, la santé du dirigeant sera la thématique du dîner-débat organisé en ouverture de la « Semaine de la Santé du dirigeant », le 7 avril 2025 à l’Hôtel Lyon Métropole par Ma Santé Events, avec le concours de la CPME du Rhône et d’Harmonie Mutuelle.
Stress, burn-out, insomnie, fatigue chronique : ces problématiques concernent directement les décideurs et influencent leurs performances ainsi que celles de l’entreprise. Des experts régionaux apporteront leur éclairage et prodigueront des conseils lors de deux tables rondes dédiées à la santé physique et mentale du dirigeant.
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Contact : 06 15 23 97 44 – contact@masante.eventsProgramme
19h00 – 20h00 : Apéritif d’accueil – Installation en salle et introduction
20h10 : Service de l’entrée
20h30 : Table ronde 1: Santé physique du dirigeant (experts et témoignages)
21h20 : Service du plat principal
21h50 : Table ronde 2: Santé mentale du dirigeant (experts et témoignages)
22h40 : Dessert et cafés







