Une petite fille pour laquelle un TDAH est suspecté mais pas encore diagnostiqué.
Chez les petites filles, le TDAH est particulièrement difficile à diagnostiquer, car elles compensent souvent silencieusement le trouble. © Freepik

Agitation, difficulté à se concentrer, impulsivité… Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) reste difficile à diagnostiquer. Souvent associé aux comportements agités, le TDAH reste pourtant entouré de clichés, de confusions et d’une surexposition médiatique qui brouille encore les repères. Comment savoir ce qui relève d’un véritable trouble du neurodéveloppement ? Éléments de réponse avec le pédopsychiatre Olivier Revol, spécialiste du TDAH et ancien chef de service des Hospices Civils de Lyon.

Longtemps réduit à une étiquette d’enfant turbulent, le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) demeure un sujet controversé dans le paysage médico-éducatif. De fait, malgré les avancées scientifiques, le TDAH reste enveloppé de clichés et de confusions. Et de nombreux enfants passent à côté d’un diagnostic, tandis que d’autres s’en voient attribuer un trop rapidement.

Dr Olivier Revol, pédopsychiatre – spécialiste du TDAH. © Ma Santé

« L’hyperactivité, c’est le cœur d’une marguerite dont chaque pétale représente une cause possible : l’ennui, l’anxiété, un trouble sensoriel, une dépression, ou effectivement un véritable TDAH », explique simplement Olivier Revol, pédopsychiatre à Lyon et spécialiste du TDAH.

Et cette complexité explique pourquoi tant de confusions persistent aujourd’hui entre TDAH, haut potentiel intellectuel (HPI), enfants précoces ou troubles du spectre autistique. Un flou d’autant plus marqué chez les filles, souvent touchées par la forme inattentive du trouble. Elles « font comme si, compensent longuement, s’adaptent trop, jusqu’à parfois s’écrouler au collège ou au lycée lorsque leurs stratégies ne suffisent plus ».

Alors, face à ces zones grises, à ces spécificités et à l’inflation de termes parfois mal employés, comment reconnaître un vrai TDAH ? Comment poser un diagnostic juste ? Éléments de réponse avec Olivier Revol qui vient de publier avec Michel Cymes un ouvrage fort instructif sur le sujet (1).

Comment différencier TDAH, HPI et troubles du spectre autistique ? 

Le TDAH fait partie de la même famille que les troubles du spectre autistique ou la dyslexie. Ce sont des troubles du neurodéveloppement. Le haut potentiel intellectuel, lui, n’est pas un trouble. Pourtant, tous sont aujourd’hui souvent regroupés sous un même ensemble appelé la neurodiversité.

La confusion entre TDAH et HPI est courante. Un enfant qui s’ennuie en classe peut beaucoup bouger, ce qui trompe parfois les adultes. Pour faire la différence, il faut se poser la question du contexte : quand l’enfant s’agite-t-il et depuis combien de temps ? 

Si l’enfant s’agite partout, tout le temps et avec tout le monde, il s’agit probablement d’un trouble neurodéveloppemental. En revanche, si l’enfant ne tient pas en place seulement à l’école mais peut passer trois heures chez lui à lire Harry Potter, cela n’évoque pas un TDAH. Un enfant TDAH ne peut rester concentré si longtemps… Son cortex frontal ne lui permet pas cette stabilité.

Quels sont les signes typiques d’un TDAH ? 

Ils varient en fonction des âges. En primaire ou au début du collège, l’enfant présente souvent des signes d’agitation, d’impulsivité, de difficultés d’attention. Mais attention, pour rappel, le TDAH correspond à un déficit d’attention qui peut s’accompagner ou non d’hyperactivité.

Alors, même si la plupart cumulent les deux, certains peuvent souffrir du trouble plus discrètement, comme c’est le cas chez les filles par exemple. Elles intériorisent et compensent beaucoup plus, ce qui rend le trouble particulièrement difficile à diagnostiquer.

Toutefois, l’enfant TDAH présente des signes “typiques” : il se balance, fait tomber ses affaires, coupe la parole. Et certains enseignants encore mal informés le punissent, souvent pendant la récréation. C’est pourtant le moment où il aurait le plus besoin de se défouler. Et c’est là tout l’enjeu d’un diagnostic précoce.

À partir de quel âge, en moyenne, peut-on diagnostiquer un TDAH ? 

Un pré-diagnostic est envisageable dès la maternelle, mais il est très souvent faussé. À cet âge, le cadre est souple et l’on bouge beaucoup. Rien n’oblige encore l’enfant à rester assis plusieurs heures d’affilée.

C’est au CP que les signes deviennent réellement visibles. En outre, c’est à six ans que les tests les plus pertinents peuvent être réalisés. Et c’est également à partir de cet âge qu’un traitement médicamenteux peut être proposé. Avant, il est interdit d’en prescrire.

Être TDAH, ça joue sur la relation avec les autres ?

Oui et très fortement. À titre de comparaison, l’enfant dyslexique souffre en lecture, mais peut être très organisé, apprécié, performant dans d’autres domaines comme le sport. L’enfant TDAH, lui, rencontre des difficultés partout. À l’école, au sport, à la maison. Il ne tient pas en place et bouscule le cadre attendu. 

Certains se font exclure du club de sport, comme ce jeune gardien de but très doué que j’ai suivi quelque temps. Il quittait sa cage pour aller boire dès qu’il avait soif. Le soir, il rentre fatigué, casse des objets sans le vouloir et met toute la maison sous tension. Et une telle accumulation, pour un jeune TDAH, fait peser un risque énorme sur l’estime de soi et donc sur sa relation aux autres.

Est-ce qu’il y a des forces propres au TDAH ? 

Bien sûr qu’il y a des côtés positifs. Et la mission de ceux qui accompagnent ces enfants-là, et ces adultes-là d’ailleurs, c’est de leur dire qu’on ne voit pas que le côté négatif, mais qu’il y a tellement de choses positives dans le TDAH !

Ils sont ingénieux, ils sont créatifs, solidaires, chaleureux, authentiques. Ils disent ce qu’ils pensent et ils pensent ce qu’ils disent… Un peu trop parfois ! Ils n’ont pas de filtre. Mais lorsqu’on est arrivé à passer outre la première impression, on s’aperçoit qu’ils sont extrêmement intéressants au niveau humain.

Quelles sont les idées fausses sur le TDAH ?

On entend souvent dire que ces enfants sont mal élevés. C’est faux. Certes, quelques enfants remuants manquent simplement de cadre, et il revient alors au médecin de reconnaître qu’un comportement s’améliore dès que les limites sont clairement posées. Mais la grande majorité présente bien un trouble.

D’autres pensent qu’ils le font exprès, qu’ils manquent de discipline ou que le TDAH serait une mode. Là encore, c’est faux. La proportion d’enfants concernés reste la même depuis toujours, autour de 5%. Ce qui a changé, en revanche, c’est le regard de la société, devenue plus cadrante.

Si l’on remonte à la préhistoire, les profils TDAH étaient souvent ceux des chasseurs, intrépides, rapides, capables de prendre des risques et de courir partout pour ramener de quoi nourrir le groupe. Ils ont joué un rôle essentiel dans la survie et l’évolution de l’humanité. C’est pourquoi il est d’autant plus regrettable qu’aujourd’hui, ces enfants soient parfois stigmatisés à l’école.

Pourquoi, s’il y a autant de TDAH qu’avant, nous en parlons beaucoup plus ?

Il y a deux raisons. Si aujourd’hui nous avons l’impression de voir davantage de TDAH, c’est parce que, premièrement, nous savons désormais ce que c’est. Les examens neurologiques ont confirmé l’existence d’un réel trouble du cortex frontal. 

La seconde raison est plus philosophique. Le sociologue Zygmunt Bauman a montré que notre société est passée d’un modèle solide, très cadré, à un modèle liquide, beaucoup plus instable. Les règles sont moins strictes et les stimulations sont permanentes.

Moi-même enfant TDAH dans les années soixante, je me promenais avec un harnais et une laisse jusqu’à six ans. Symptomatique d’une société qui voulait contenir l’enfant remuant. Aujourd’hui, dans un environnement très excitant, un cerveau déjà excitable se trouve rapidement submergé. Les symptômes s’en trouvent alors amplifiés.

Hyperconnexion des jeunes : contribue-t-elle au développement d’un TDAH ?

Le lien entre TDAH et écrans omniprésents est aujourd’hui mieux identifié. Les jeux vidéo comme Fortnite ou les séries comme Stranger Things, sont conçus pour capter l’attention sans interruption. Tout y est pensé pour être passionnant du début à la fin. Pour un enfant TDAH, c’est souvent l’un des rares contextes où il parvient à rester immobile longtemps.

Certains spécialistes en viennent même à penser qu’un enfant qui reste des heures devant un écran ne peut pas être TDAH. C’est une erreur. Cette capacité à rester fixé sur un écran est justement un indice fréquent du trouble, car les TDAH peuvent hyperfocaliser sur des contenus très stimulants.

Avant, lorsqu’un enfant s’ennuyait, il devait inventer une activité, bricoler, jouer avec ce qu’il avait. Aujourd’hui, il suffit d’appuyer sur un bouton pour accéder immédiatement à quelque chose de stimulant. Cette facilité renforce le risque d’addiction, un risque déjà plus élevé chez les personnes TDAH.

Un traitement peut aider à réduire ces risques d’addiction. Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas le médicament qui rend dépendant. C’est le TDAH lui-même qui augmente la vulnérabilité. Ainsi, ceux qui ont été traités tôt ont moins de chances de devenir addicts.

Est-ce que le traitement du TDAH est obligatoire ? 

Non. 5% des enfants sont TDAH, mais tous n’ont pas besoin d’un traitement. De plus, le trouble existe sur un spectre très large. Les formes légères n’auront jamais besoin de traitement, juste qu’on leur explique comment ils fonctionnent. Et aujourd’hui, les recommandations de la Haute Autorité de Santé placent la psychoéducation en première ligne. Il s’agit d’outiller les parents avec de vrais conseils pratiques.

Le premier conseil consiste à associer fermeté et bienveillance. L’idée est de poser un cadre clair, par exemple en demandant à l’enfant de rester un peu à table, tout en lui disant que l’on comprend sa difficulté et que l’effort qu’on lui demande n’est pas évident pour lui. Cela permet d’encourager le bon comportement sans le culpabiliser.

Deuxième principe. Séparer l’enfant de son comportement. Il ne faut jamais lui répéter qu’il est insupportable. Mieux vaut dire qu’un comportement précis est difficile à supporter, sans remettre en cause la personnalité de l’enfant qui, elle, n’est pas insupportable.

Un dernier conseil essentiel pour comprendre les difficultés qu’un enfant TDAH peut rencontrer repose sur une théorie. La personnalité d’un enfant repose sur trois grands piliers : la vie sociale, la vie familiale et la vie scolaire. Lorsque l’un de ces piliers vacille, il peut alors être pertinent de proposer un traitement.

(1) Heureux comme des TDAH ! Comment faire de votre différence un atout aux éditions Albin Michel.

À SAVOIR

Les recommandations officielles de la HAS précisent que le diagnostic d’un TDAH ne peut jamais reposer sur un seul test, ni sur un questionnaire, ni sur une observation isolée. Il doit impérativement s’appuyer sur une évaluation clinique complète, incluant des entretiens avec les parents, l’enfant, l’école, ainsi qu’une analyse du développement, du fonctionnement cognitif et du contexte familial. La HAS insiste également sur la nécessité d’un diagnostic différentiel, afin d’écarter d’autres causes possibles (anxiété, troubles du sommeil, carences, troubles sensoriels, situations familiales difficiles, etc.).

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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