
Climat qui se réchauffe, insectes qui s’étalent, maladies qui suivent : derrière ces images à la fois triviales et inquiétantes se profilent de nouvelles menaces pour nos animaux domestiques. Des maladies autrefois cantonnées au Sud de la France, voire à l’Afrique, gagnent du terrain, portées par des vecteurs nouveaux ou plus actifs. Que faut-il savoir pour protéger chiens, chats et chevaux, aujourd’hui et demain ?
Il y a quelques années encore, évoquer la fièvre du Nil Occidental pour un cheval de Normandie aurait soulevé quelques sourcils amusés. Sous l’effet du réchauffement climatique, des insectes vecteurs qui colonisent de nouveaux territoires et des saisons chaudes qui s’allongent, des maladies autrefois cantonnées au Sud, voire à des continents lointains, gagnent chaque année plusieurs kilomètres vers le Nord.
Et dans ce mouvement, chiens, chats et chevaux deviennent les premiers sentinelles de cette transition écologique accélérée. Car eux aussi subissent l’arrivée de pathogènes qu’on ne voyait jamais sous certaines latitudes.
Climat, vecteurs et maladies : un trio qui change la donne
Les maladies dites émergentes sont des infections nouvelles, causées par l’évolution ou l’arrivée d’agents pathogènes, d’un vecteur ou d’une zone géographique inhabituelle. Elles résultent souvent de facteurs combinés :
- changement climatique,
- mobilité accrue des humains et des animaux,
- modifications des écosystèmes.
En France, ces phénomènes tendent à favoriser leur apparition ou leur expansion chez les animaux domestiques, en particulier ceux qui cohabitent avec les humains : chiens, chats et chevaux.
Le changement climatique joue ici un rôle évident. En augmentant les températures moyennes et en modifiant les saisons, il crée des conditions favorables à des vecteurs comme les moustiques ou les tiques, qui portent et transmettent des agents infectieux.
Quelles sont les nouvelles maladies qui menacent nos animaux de compagnie ?
Fièvre du Nil Occidental : le virus qui remonte vers le Nord
Le virus du Nil Occidental, connu sous le nom de West Nile et originaire d’Afrique de l’Est, est présent en France depuis 2000, où il avait provoqué des cas groupés, notamment une épizootie de chevaux en Camargue.
Transmis par les piqûres de moustiques contaminés, ce virus touche surtout les chevaux et les humains. Pendant longtemps, il s’est cantonné au Sud de la France, entre région méditerranéenne et Corse. Mais des données récentes montrent qu’il remonte vers le Nord, jusque dans l’Île-de-France.
Ce phénomène est encore une fois associé au réchauffement climatique, qui prolonge les saisons chaudes et permet aux moustiques de survivre plus longtemps et de coloniser de nouveaux territoires. Chez les chevaux, la maladie peut être asymptomatique dans près de 80 % des cas, ou se manifester sous formes fébriles ou neurologiques, parfois graves.
Tiques et maladies transmises : Lyme, piroplasmose et plus encore
Les tiques, déjà bien connues des vétérinaires, sont également en expansion en France, notamment en raison de saisons plus longues et d’hivers moins rigoureux. Elles sont responsables de plusieurs infections préoccupantes :
- La maladie de Lyme, une infection bactérienne pouvant toucher les chiens (et l’humain) après piqûre de tique infectée.
- La piroplasmose, une maladie parasitaire transmise par les tiques, qui affecte les chiens et les chevaux et peut provoquer une anémie sévère, de la fièvre et une faiblesse générale.
Avec l’extension de l’aire de répartition des tiques, le risque pour les animaux augmente partout en France, et plus seulement dans les zones traditionnellement humides ou boisées.
Leishmaniose : un moucheron en pleine progression
Autre maladie nettement influencée par le climat : la leishmaniose, transmise par de petits moucherons appelés phlébotomes. Historiquement cantonnée au Sud de la France, cette infection progresse vers le Nord à mesure que ces vecteurs gagnent de nouvelles zones.
Chez les chiens, la leishmaniose peut provoquer une atteinte cutanée et viscérale progressive, souvent sévère si elle n’est pas dépistée ni traitée à temps. Perte de poids, lésions cutanées, fièvre chronique, atteinte rénale… Ce tableau justifie une vigilance accrue des propriétaires, même en dehors des régions traditionnellement endémiques.
Dirofilariose et vers du cœur : un parasite qui s’invite
Dans le sillage des moustiques, la dirofilariose (souvent appelée vers du cœur), une maladie parasitaire gagne, du terrain. Deux espèces de Dirofilaria sont présentes en Europe, dont en France, et peuvent provoquer chez le chien des infections cardiaques graves.
Ce parasite se développe lorsque des moustiques piquent un animal infecté puis en transmettent les larves à un nouvel hôte. Des températures plus élevées prolongent le cycle de développement de ces larves dans les moustiques, augmentant ainsi la probabilité d’infection.
Maladies animales : les autres agents émergents à surveiller
La fièvre de la Vallée du Rift : le virus tropical sous haute surveillance
Au-delà des maladies déjà bien installées ou clairement en progression, les spécialistes de santé animale appellent également à garder un œil sur plusieurs agents infectieux en embuscade.
La fièvre de la Vallée du Rift, notamment, figure parmi les virus surveillés de près par les autorités sanitaires. Cette maladie, transmise par des moustiques et considérée comme zoonotique, sévit principalement en Afrique et au Moyen-Orient. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), elle provoque des flambées parfois explosives chez les ruminants, et peut aussi infecter l’être humain.
À ce jour, elle n’est pas présente en France, mais fait l’objet d’une veille active en raison de l’expansion possible des vecteurs liés au réchauffement climatique et à l’intensification des échanges internationaux.
La leptospirose : la maladie des rongeurs
Aussi, certaines maladies bactériennes liées aux rongeurs, dont la leptospirose. Cette infection, causée par des bactéries du genre Leptospira, circule déjà en France mais attire davantage l’attention des vétérinaires en raison de
- la prolifération des rongeurs dans les milieux urbains et périurbains,
- et de l’augmentation des épisodes climatiques favorisant les zones humides, où ces bactéries survivent particulièrement bien.
Les chiens, qui peuvent se contaminer en ingérant de l’eau souillée ou en explorant des environnements fréquentés par des rongeurs porteurs, sont les principaux animaux domestiques exposés. Selon l’Institut Pasteur, la leptospirose est également une zoonose capable d’infecter l’humain, ce qui renforce la nécessité d’une surveillance accrue, notamment après des périodes de fortes pluies ou d’inondations.
Pas seulement une affaire du Sud : aucune région épargnée
Le risque ne se limite plus à quelques départements méridionaux. Les maladies vectorielles gagnent du terrain vers le Nord et l’Ouest de la France, et leur incidence devient plus diffuse. Tout simplement parce que les vecteurs, moustiques, tiques, petits moucherons, adaptent leurs zones de vie à la hausse des températures et aux nouvelles conditions environnementales.
Aucun département n’est aujourd’hui totalement à l’abri de ces maladies en raison de leur capacité à s’étendre dans des zones où elles n’étaient pas présentes auparavant.
Animaux de compagnie : propriétaires, l’heure est à la prévention
Face à ce paysage sanitaire en pleine évolution, la vigilance reste la première des protections. Quelques conseils concrets et éprouvés :
- Protection anti-tiques et anti-moustiques adaptée à chaque animal, surtout pendant les périodes chaudes.
- Consultations vétérinaires régulières pour dépister précocement une infection, même en l’absence de symptômes flagrants.
- Surveillance saisonnière accrue, notamment au printemps et en été, lorsque les vecteurs sont les plus actifs.
- Sensibilisation aux signes cliniques inhabituels, qu’il s’agisse de troubles neurologiques, de fièvre persistante ou de symptômes digestifs inexpliqués.
Ces gestes s’avèrent d’autant plus essentiels que, selon l’Anses, les tiques et les moustiques sont désormais actifs sur une période plus longue dans l’année, un phénomène observé ces dernières années en France et attribué à des conditions climatiques plus favorables à leur survie.
À SAVOIR
On a bien vu, ces derniers mois, l’ampleur prise par l’expansion du moustique tigre en France. Selon Santé publique France, la métropole a connu plusieurs foyers de transmission autochtone du virus chikungunya, avec plus de 600 cas confirmés dans différentes régions.







