
Les femmes lesbiennes, bisexuelles ou ayant subi des violences sexuelles réalisent moins souvent les dépistages du cancer du col de l’utérus que le reste de la population féminine. C’est ce que révèle une étude publiée par Santé publique France en mai 2026. Un problème majeur alors que ce cancer peut souvent être évité grâce au test HPV et à la vaccination.
C’est un examen médical qui peut sauver des vies en quelques minutes. Et pourtant, en France, toutes les femmes ne franchissent pas la porte du cabinet avec la même facilité.
Dans une étude publiée le 26 mai 2026 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France rapporte que certaines femmes, notamment lesbiennes, bisexuelles ou victimes de violences sexuelles, participent moins souvent au dépistage du cancer du col de l’utérus.
Le constat inquiète d’autant plus que ce cancer reste l’un des plus évitables. Selon l’Institut national du cancer (INCa), près de 3 200 nouveaux cas de cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués chaque année en France, et environ 1 100 femmes en meurent encore. Dans la grande majorité des cas, ce cancer est provoqué par une infection persistante au papillomavirus humain, plus connu sous le nom de HPV.
Or, détectées tôt, les lésions précancéreuses peuvent être traitées avant même que le cancer n’apparaisse.
Depuis 2020, la France dispose d’un programme national organisé de dépistage du cancer du col de l’utérus. Les femmes âgées de 25 à 65 ans sont invitées à réaliser régulièrement un prélèvement cervico-utérin (“frottis”) ou un test HPV selon leur âge. Mais malgré cette stratégie nationale, les inégalités persistent.
Cancer du col de l’utérus : pourquoi certaines femmes restent encore à l’écart du dépistage ?
Les femmes lesbiennes beaucoup moins dépistées
L’étude de Santé publique France, menée auprès de 3 481 femmes âgées de 25 à 65 ans dans le cadre de l’enquête CSF-2023, montre que seules 58 % des femmes lesbiennes déclarent être à jour de leur dépistage du cancer du col de l’utérus, contre 83 % des femmes hétérosexuelles.
Les femmes bisexuelles apparaissent elles aussi plus exposées au risque de non-dépistage.
Selon les chercheurs, plusieurs freins persistent :
- certaines femmes pensent encore, à tort, qu’elles ne risquent pas d’être contaminées par le HPV lors de relations entre femmes ;
- les consultations gynécologiques restent parfois très hétérocentrées ;
- certaines patientes redoutent le jugement ou évitent de parler de leur orientation sexuelle ;
- une mauvaise expérience médicale peut suffire à éloigner durablement du suivi gynécologique.
Pourtant, comme le rappelle l’INCa, le papillomavirus peut aussi se transmettre entre femmes, notamment lors de contacts intimes peau contre peau.
Les violences sexuelles laissent aussi une empreinte sur le suivi médical
Santé publique France observe également un retard de dépistage chez les femmes ayant subi des violences sexuelles. 79 % étaient à jour de leur suivi, contre 84 % chez celles n’ayant pas rapporté de violences.
Les chercheurs avancent plusieurs explications :
- le frottis reste un examen très intime ;
- certaines consultations peuvent réactiver un traumatisme ou provoquer une forte anxiété ;
- des patientes redoutent de perdre le contrôle pendant l’examen ;
- les professionnels de santé ne sont pas toujours formés à adapter leur prise en charge.
La Haute Autorité de Santé (HAS) rappelle d’ailleurs que les soins gynécologiques peuvent être particulièrement difficiles pour les victimes de violences sexuelles. Certaines femmes repoussent ainsi leurs rendez-vous pendant des années, voire renoncent totalement au suivi médical.
Un retard français encore important
Cette étude tombe au moment où la France tente justement d’améliorer le dépistage et la vaccination contre les papillomavirus (HPV).
Selon Santé publique France, seulement 60,9 % des femmes concernées étaient à jour de leur dépistage en 2024, loin de l’objectif de 80 % fixé par la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030.
Pourtant, le cancer du col de l’utérus pourrait devenir beaucoup plus rare grâce à deux outils complémentaires :
- le dépistage régulier ;
- la vaccination contre les HPV chez les adolescents, filles comme garçons.
Depuis 2023, une campagne nationale de vaccination est d’ailleurs proposée dans les collèges.
Mais selon l’INCa les inégalités restent importantes. Les femmes les plus éloignées du dépistage sont souvent celles qui cumulent plusieurs difficultés :
- précarité,
- isolement,
- handicap,
- accès compliqué aux soins,
- discriminations,
- violences passées.
Dépistage du cancer du col de l’utérus : le problème n’est pas uniquement médical
Le dépistage ne dépend pas seulement de l’existence d’un examen ou d’un courrier d’invitation. Il dépend aussi du rapport au soin, du vécu personnel, de la confiance accordée au système médical et de la capacité des professionnels à accueillir des parcours de vie très différents.
Le problème n’est donc pas uniquement médical. Il est aussi psychologique, social et culturel.
Depuis quelques années, plusieurs associations et collectivités locales tentent justement de rendre ces campagnes plus inclusives. Certaines actions de sensibilisation ciblent désormais explicitement les publics LGBTQIA+ ou les femmes éloignées du système de soins. Des ateliers d’information, des campagnes de prévention ou des opérations locales de dépistage sont régulièrement organisés dans plusieurs villes françaises.
À Paris, par exemple, la municipalité rappelle désormais dans ses campagnes de prévention que “toutes les femmes sont concernées”, indépendamment de leur orientation sexuelle.
L’objectif : éliminer un jour le cancer du col de l’utérus
L’OMS vise désormais l’élimination du cancer du col de l’utérus comme problème majeur de santé publique au cours des prochaines décennies. Pour y parvenir, trois piliers sont considérés comme essentiels :
- vacciner massivement contre le HPV ;
- dépister davantage ;
- traiter précocement les lésions détectées.
La France accélère progressivement, notamment avec la vaccination des collégiens lancée à grande échelle depuis 2023.
Mais l’étude de Santé publique France rappellequ’un dépistage efficace ne dépend pas uniquement des outils médicaux disponibles. Il dépend aussi de la capacité du système de santé à accueillir toutes les femmes sans gêne, sans présupposés et sans angle mort.
À SAVOIR
Le cancer du col de l’utérus fait partie des rares cancers que l’on peut souvent éviter avant même qu’il n’apparaisse. Selon l’Institut national du cancer, les lésions précancéreuses provoquées par le papillomavirus (HPV) peuvent mettre 10 à 15 ans à évoluer en cancer, laissant une large fenêtre pour les détecter grâce au dépistage.







