Un hôpital qui accueille des patients atteints d'un cancer du foie.
En France, le cancer du foie représente environ 3 % de l’ensemble des décès par cancer chaque année selon Santé Publique France. © Adobe Stock

En France, les patients défavorisés meurent davantage du cancer du foie, faute d’accès aux traitements curatifs, selon une étude de l’AP-HP et de l’Inserm. Une prise en charge dans des centres spécialisés pourrait sauver près de 800 vies chaque année.

C’est l’un des cancers les plus redoutés par les médecins. Le cancer du foie, et plus précisément le carcinome hépatocellulaire, progresse lentement mais sûrement en France. En 2023, on recensait près de 11 658 nouveaux cas, dont une majorité écrasante d’hommes.

Le pronostic reste très sombre. À peine 18 % des hommes et 19 % des femmes survivent cinq ans après le diagnostic. La médiane de survie tourne autour de 12 mois. Autrement dit, la moitié des patients décèdent dans l’année qui suit l’annonce de la maladie.

Les plus précaires, les plus en dangers

Le foie n’est pas un organe qui tombe malade par hasard. Dans près de 80 % des cas, le cancer apparaît sur un foie déjà abîmé par une cirrhose. Les causes sont bien identifiées :

Ces facteurs de risque sont très inégalement répartis dans la population. Ils frappent plus fortement les personnes en situation de précarité.

Une étude française qui secoue

C’est une des plus grandes études jamais menées sur le sujet. Entre 2017 et 2021, des chercheurs de l’AP-HP, de l’Université Paris Cité, de l’Inserm et de l’Inria ont suivi 62 351 patients atteints de cancer primitif du foie.

Leur constat est brutal. Les patients les plus défavorisés ont moins accès aux traitements curatifs (chirurgie, transplantation, ablation par radiofréquence) et ils meurent plus souvent.

Et ce n’est pas une question de géographie. Même à distance égale d’un centre hospitalier, la mortalité reste plus élevée dans les milieux précaires. La cause ? Un mélange de retard de diagnostic, de manque d’information et de comorbidités plus fréquentes.

La preuve qu’une autre organisation est possible

L’espoir vient des centres spécialisés. L’étude montre que, lorsqu’ils sont pris en charge dans ces établissements experts, les patients précaires ont les mêmes chances de traitement que les autres.

Autrement dit, la médecine sait réduire cette inégalité. La solution existe déjà : centraliser les soins. Selon les chercheurs, cela permettrait d’augmenter de 25 % l’accès aux traitements curatifs pour les patients défavorisés. En chiffres, cela représenterait environ 800 vies sauvées chaque année en France.

Une double peine pour les plus fragiles

Être atteint d’un cancer du foie, c’est déjà une bataille. Mais y ajouter la précarité, c’est une double peine. Difficulté à consulter, délais trop longs, manque de dépistage, comorbidités multiples… Tout concourt à aggraver le pronostic.

Comme le rappelle le Pr Vincent Mallet, co-auteur de l’étude : « Ces résultats doivent alerter sur la nécessité de repenser l’organisation des soins pour le cancer du foie en France. »

Le paradoxe est cruel : 60 % des cancers du foie sont évitables. Selon une étude publiée dans The Lancet en 2025, une meilleure prévention (vaccination, dépistage, lutte contre l’alcoolisme et l’obésité) pourrait prévenir des millions de cas et sauver jusqu’à 15 millions de vies dans le monde d’ici 2050.

En France, renforcer le dépistage chez les personnes à risque (patients atteints de cirrhose, diabétiques, grands consommateurs d’alcool) et améliorer la vaccination contre l’hépatite B sont des leviers puissants.

Le cancer du foie est l’un de ces révélateurs brutaux des inégalités sociales. Les chiffres sont clairs, les solutions connues. Mais le temps presse : chaque année, près de 9 000 Français en meurent.

La France doit maintenant faire un choix. Maintenir un système qui laisse les plus fragiles sur le bord du chemin, ou organiser ses soins de manière plus équitable. Car derrière les statistiques, il y a des vies. Et l’on sait déjà comment en sauver 800 par an.

À SAVOIR 

En France, les personnes atteintes de cirrhose ou d’hépatite chronique devraient bénéficier d’un dépistage par échographie tous les 6 mois. Selon l’AFEF, ce suivi permet de détecter le cancer du foie plus tôt et d’augmenter les chances d’accéder à un traitement curatif.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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