Une femme atteinte d’un cancer du sein fait une prise de sang pour étudier la progression de la maladie et l’efficacité des traitements.
Grâce à une simple prise de sang analysant l’ADN tumoral circulant, les chercheurs sont parvenus à détecter précocement des mutations de résistance au traitement et à adapter la thérapie avant même que la maladie ne progresse sur les scanners. © Magnific

Un an après avoir marqué le congrès mondial de cancérologie ASCO 2025, l’essai SERENA-6 continue de faire parler de lui. De nouvelles données présentées et discutées lors de l’édition 2026 renforcent l’idée qu’une simple prise de sang pourrait permettre d’adapter plus tôt les traitements du cancer du sein métastatique hormonodépendant.

Le cancer du sein demeure le cancer le plus diagnostiqué chez la femme en France. Selon l’Institut national du cancer, près de 61 000 nouveaux cas sont détectés chaque année et environ 12 000 femmes en meurent encore. Si les progrès des traitements ont permis d’améliorer considérablement la survie, certaines formes avancées du cancer restent particulièrement difficiles à contrôler dans le temps.

C’est notamment le cas des cancers du sein hormonodépendants métastatiques, qui utilisent les œstrogènes pour continuer à se développer. Chez ces patientes, les hormonothérapies peuvent fonctionner pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, avant que les cellules cancéreuses ne finissent par contourner le traitement. Et souvent, cette résistance n’est découverte qu’assez tardivement, lorsque les scanners montrent déjà que la maladie recommence à progresser.

Déjà très remarqués lors de leur présentation à l’ASCO 2025 à Chicago, les résultats de l’essai international SERENA-6 de phase III ont suscité l’intérêt sur l’édition 2026 de l’ASCO. Les chercheurs montrent qu’une simple prise de sang analysant l’ADN tumoral circulant pourrait détecter précocement certaines mutations de résistance, plusieurs mois avant les signes visibles sur les examens d’imagerie. De quoi permettre aux médecins de changer de traitement plus tôt, avant même que le cancer ne reprenne réellement du terrain.

Dans les cancers du sein hormonodépendants, les cellules cancéreuses utilisent les hormones féminines, notamment les œstrogènes, pour continuer à se développer. Les hormonothérapies ont justement pour rôle de bloquer cette “source d’énergie” afin de ralentir le cancer. 

Mais avec le temps, certaines cellules cancéreuses parviennent à s’adapter. Elles développent de petites modifications génétiques, appelées mutations, qui leur permettent de contourner le traitement et de continuer à se multiplier malgré les médicaments. Parmi ces mutations, les médecins surveillent particulièrement les mutations ESR1. Elles sont fréquentes dans les cancers du sein métastatiques traités depuis longtemps par hormonothérapie. Le problème, c’est que cette résistance est souvent découverte tardivement, lorsque les scanners montrent déjà que le cancer recommence à progresser.

L’étude SERENA-6 s’est intéressée à ce que les médecins appellent l’ADN tumoral circulant. Les cellules cancéreuses libèrent en permanence de minuscules fragments de leur ADN dans le sang. En analysant ces fragments grâce à une prise de sang, il devient possible de suivre l’évolution biologique de la tumeur quasiment en temps réel. Cette technique, appelée « biopsie liquide », est étudiée depuis plusieurs années dans différents cancers. Contrairement à une biopsie classique, elle ne nécessite ni chirurgie ni prélèvement directement dans la tumeur.

Dans SERENA-6, les chercheurs ont utilisé cette approche pour rechercher l’apparition de mutations du gène ESR1. Ces mutations sont particulièrement surveillées dans les cancers du sein hormonodépendants, car elles sont connues pour favoriser la résistance à certaines hormonothérapies. Concrètement, le traitement peut encore sembler fonctionner sur les scanners, alors qu’au niveau moléculaire, les cellules cancéreuses commencent déjà à contourner les médicaments. C’est précisément ce moment charnière que les chercheurs ont voulu détecter.

Une prise de sang pour détecter plus tôt la résistance au traitement

Dans l’essai international de phase III SERENA-6, les chercheurs ont suivi des femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique hormonodépendant, une forme avancée du cancer qui utilise les hormones féminines pour continuer à se développer. Toutes les patientes recevaient un traitement devenu standard aujourd’hui, associant une hormonothérapie à une thérapie ciblée.

En parallèle, les médecins réalisaient régulièrement des prises de sang afin de rechercher de petites mutations génétiques appelées ESR1. Ces mutations sont particulièrement surveillées, car elles peuvent indiquer que le cancer commence à devenir résistant au traitement, parfois plusieurs mois avant que cela ne soit visible sur les scanners. Lorsque ces mutations apparaissaient dans le sang, certaines patientes changeaient immédiatement de traitement pour recevoir du camizestrant, une nouvelle hormonothérapie encore en développement.

Des résultats encourageants pour retarder l’aggravation du cancer

Les résultats présentés lors du congrès mondial de cancérologie ASCO sont jugés très encourageants par les chercheurs. Les patientes ayant changé précocement de traitement après détection de la mutation ESR1 ont vu leur risque d’aggravation du cancer ou de décès diminuer de 56 %.

Les chercheurs ont également observé que la maladie restait contrôlée plus longtemps. Environ 16 mois chez les patientes ayant reçu le camizestrant, contre un peu plus de 9 mois chez celles ayant poursuivi le traitement initial. En clair, cette simple prise de sang a permis de détecter un signal d’alerte invisible sur les examens classiques et d’agir avant que le cancer ne recommence réellement à progresser.

À SAVOIR 

Les hommes peuvent eux aussi développer un cancer du sein, même si cela reste rare. Comme les femmes, ils possèdent du tissu mammaire pouvant devenir cancéreux.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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