Un chercheur qui tente de démontrer que certains cancers sont plus agressifs à 50 ans qu’à 80 ans.
Un cancer pourrait être plus agressif à l'âge moyen (autour de 45-65 ans) qu'à un âge très avancé. © Magnific

Une étude américaine révèle que certains cancers pourraient être plus agressifs vers 50 ans qu’après 80 ans. Les chercheurs ont observé qu’à l’âge moyen, certaines défenses immunitaires chargées de bloquer les métastases deviennent temporairement moins efficaces, laissant davantage de liberté aux cellules cancéreuses.

Longtemps, les chercheurs ont considéré le vieillissement comme un terrain naturellement favorable au cancer. Plus on vieillit, plus le risque augmente. C’est globalement vrai. Selon l’Institut national du cancer (INCa), l’âge reste le principal facteur de risque de nombreux cancers. En France, l’âge médian au diagnostic est d’environ 68 ans chez l’homme et 67 ans chez la femme. Pourtant, certains chercheurs commencent à observer que, passé un très grand âge, certaines tumeurs sembleraient parfois devenir moins agressives.

C’est précisément ce qu’ont voulu comprendre des chercheurs américains du Fox Chase Cancer Center, à Philadelphie. Dans une étude publiée dans la revue scientifique Cancer Research, ils montrent que chez des souris atteintes d’un mélanome, les tumeurs se propagent davantage à l’âge moyen qu’à un âge très avancé.

Des chercheurs américains du Fox Chase Cancer Center viennent justement de mettre en évidence, chez des souris atteintes d’un mélanome, que les cancers semblaient parfois plus agressifs à l’âge moyen qu’à un âge très avancé. Publiée dans la revue scientifique Cancer Research, leur étude montre qu’autour de cette période intermédiaire de la vie, certaines cellules immunitaires chargées de freiner les métastases deviennent temporairement moins efficaces. Ainsi, les cellules cancéreuses semblent se propager plus facilement vers des organes comme les poumons ou le foie.

Une propagation des tumeurs plus importante à l’âge moyen

Pour mener leurs travaux, les chercheurs ont étudié des souris jeunes, d’âge moyen et âgées atteintes d’un mélanome, une forme grave de cancer de la peau connue pour son fort potentiel métastatique. Les scientifiques ont observé que les souris d’âge moyen développaient davantage de métastases au niveau des poumons et du foie que les souris plus jeunes… mais aussi que les plus âgées.

Ce résultat peut sembler contre-intuitif. Car en théorie, le vieillissement s’accompagne d’un affaiblissement progressif du système immunitaire, un phénomène appelé immunosénescence. Avec l’âge, certaines défenses deviennent moins efficaces pour reconnaître et éliminer les cellules anormales. On pourrait donc s’attendre à voir les cancers devenir toujours plus agressifs avec les années. Or, la réalité biologique paraît plus nuancée.

Des cellules immunitaires pourraient freiner les métastases

Pour expliquer cette différence d’agressivité, les chercheurs se sont intéressés à des cellules immunitaires encore assez méconnues, les lymphocytes T gamma delta, aussi appelés lymphocytes T γδ. Leur mission consiste à repérer très rapidement les cellules anormales, notamment les cellules cancéreuses, avant qu’elles ne se propagent dans l’organisme.

Or, dans l’étude américaine, ces cellules de défense étaient moins nombreuses chez les souris d’âge moyen. Les chercheurs ont alors observé que les tumeurs semblaient avoir plus de facilité à envoyer des cellules cancéreuses vers d’autres organes, comme les poumons ou le foie. À l’inverse, chez les souris très âgées, ces défenses immunitaires semblaient fonctionner différemment et pourraient contribuer à mieux freiner la propagation des métastases.

Les scientifiques restent toutefois très prudents. Ces résultats ont été observés uniquement chez l’animal et ne signifient pas que les personnes âgées seraient mieux protégées contre le cancer. Mais cette découverte pourrait aider à mieux comprendre comment le vieillissement influence les défenses immunitaires face aux tumeurs.

Un phénomène déjà observé chez l’être humain

Cette étude ne sort pas totalement de nulle part. Depuis quelques années, certains chercheurs constatent que pour certains cancers fréquents, comme les cancers du sein, de la prostate ou du côlon, le nombre de nouveaux cas cesse parfois d’augmenter après 80 ou 85 ans, et peut même légèrement diminuer. Des chercheurs évoquent plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène. 

D’abord, les cellules des personnes très âgées se divisent généralement moins vite, ce qui pourrait ralentir certaines tumeurs. Ensuite, le microenvironnement des tissus évolue avec l’âge et pourrait devenir moins favorable au développement de métastases. Enfin, certains mécanismes immunitaires pourraient se réorganiser différemment au très grand âge.

Il faut toutefois interpréter ces données avec prudence. Chez les personnes âgées, certains cancers sont aussi moins dépistés ou diagnostiqués plus tardivement, ce qui peut influencer les statistiques observées. Selon Santé publique France et l’INCa, le nombre de cancers reste malgré tout fortement lié au vieillissement de la population. En 2023, environ 433 000 nouveaux cas de cancers ont été estimés en France.

Dans cette étude, les chercheurs se sont surtout intéressés aux métastases, c’est-à-dire au moment où le cancer ne reste plus localisé à un seul endroit. Concrètement, certaines cellules cancéreuses peuvent se détacher de la tumeur d’origine, passer dans le sang ou les vaisseaux lymphatiques, puis aller coloniser d’autres organes comme les poumons, le foie, le cerveau ou les os. C’est cette capacité à « voyager » dans l’organisme qui rend souvent les cancers beaucoup plus difficiles à traiter.

Dans le cas du mélanome, ce phénomène est particulièrement redouté. Selon l’Institut national du cancer, ce cancer de la peau reste responsable de la majorité des décès liés aux cancers cutanés, notamment lorsqu’il forme des métastases dans d’autres parties du corps.

À SAVOIR 

Certaines cellules cancéreuses peuvent rester « endormies » dans l’organisme pendant plusieurs années, parfois même des décennies, avant de se réveiller et former des métastases. Selon plusieurs travaux de recherche en cancérologie, le système immunitaire jouerait un rôle essentiel pour maintenir ces cellules tumorales dormantes sous contrôle et empêcher temporairement leur propagation.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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