Longtemps, le cancer a surtout été associé au vieillissement. Et pour cause, le risque de développer une tumeur augmente généralement avec l’âge. Mais depuis plusieurs années, les spécialistes observent une tendance qui bouscule cette réalité. Certains cancers sont diagnostiqués de plus en plus fréquemment chez des personnes de 20, 30 ou 40 ans.
Depuis le début des années 2000, plusieurs types de cancers progressent rapidement chez les moins de 50 ans, notamment en Angleterre, aux États-Unis et aux Pays-Bas. Une tendance également observée dans les pays nordiques, où douze des dix-huit catégories de cancers étudiées ont enregistré une hausse significative chez les 20-49 ans entre 2003 et 2022. Certains cancers augmentent désormais plus rapidement chez les jeunes adultes que chez leurs aînés, selon le Fonds mondial de recherche contre le cancer. Une hausse qui pourrait être liée à l’évolution de nos modes de vie.
Quels sont les cancers qui augmentent le plus chez les jeunes adultes ?
Tous les cancers ne suivent pas la même évolution. Certains restent relativement stables. D’autres reculent, tandis que plusieurs connaissent une progression préoccupante chez les moins de 50 ans. Dans les pays nordiques étudiés entre 2003 et 2022, les augmentations les plus importantes concernent notamment les cancers du côlon, du rein et de la thyroïde. Pour les deux premiers, la hausse est nettement plus rapide chez les jeunes adultes que chez les personnes âgées.
- Cancer du côlon : le taux de nouveaux cas augmente en moyenne de 2,7 % par an chez les 20-49 ans, contre 0,4 % chez les 50-84 ans.
- Cancer du rein : la progression annuelle atteint également 2,7 % chez les plus jeunes, contre 1,2 % chez leurs aînés.
- Cancer de la thyroïde : la hausse est de 3,8 % par an chez les 20-49 ans, mais elle concerne aussi fortement les plus âgés, avec 4 % par an.
D’autres cancers, notamment ceux du rectum, de la prostate et du foie, ainsi que le mélanome et le myélome multiple, un cancer de certaines cellules de la moelle osseuse, affichent également des augmentations chez les jeunes adultes. Au total, les chercheurs ont recensé 47 491 diagnostics de cancers précoces sur la période 2003-2007, contre 56 665 entre 2018 et 2022. Cela représente 9 174 cas supplémentaires entre ces deux périodes de cinq ans. Ces nombres bruts doivent toutefois être distingués des taux d’incidence, qui tiennent compte de la population étudiée.
Cancers : une progression inquiétante à l’échelle internationale
Des cancers parfois deux à quatre fois plus fréquents qu’il y a vingt ans
En Angleterre, les diagnostics de cancer de la prostate chez les hommes de moins de 50 ans ont été multipliés par quatre depuis 2001. Sur cette même période, les diagnostics de cancers de l’intestin, du rein et de l’utérus ont plus que doublé chez les jeunes adultes anglais. Des tendances préoccupantes sont également observées aux États-Unis et aux Pays-Bas.
Attention toutefois à ne pas confondre le nombre de diagnostics et le risque individuel de développer un cancer. Une multiplication des cas recensés peut aussi dépendre de la taille de la population, de l’accès aux examens médicaux ou de l’évolution des pratiques diagnostiques. Autre nuance importante, les cancers restent globalement beaucoup plus fréquents après 50 ans. Et cette progression ne concerne pas toutes les tumeurs. Le cancer du poumon, par exemple, présente des tendances plus favorables dans plusieurs populations, notamment en lien avec le recul du tabagisme.
En France aussi, certains cancers progressent avant 40 ans
La France n’échappe pas à cette tendance. Entre 2000 et 2020, 54 735 cancers ont été diagnostiqués chez les 15-39 ans dans les 19 départements étudiés. Si le nombre de nouveaux cas a globalement augmenté de 1,62 % par an entre 2000 et 2014, la tendance s’est ensuite inversée, avec une baisse annuelle de 0,79 % entre 2015 et 2020.
Malheureusement, certains cancers continuent de gagner du terrain. Six catégories sont particulièrement concernées. D’abord, les cancers colorectaux, du sein et du rein. Mais aussi les lymphomes de Hodgkin (cancers du système lymphatique), les glioblastomes (tumeurs cérébrales) et les liposarcomes (cancers des tissus graisseux). Tous les cancers ne progressent donc pas au même rythme chez les jeunes Français. Certaines formes connaissent néanmoins une augmentation qui appelle à la vigilance.
Pourquoi les jeunes développent-ils davantage certains cancers ?
Alimentation ultratransformée, obésité, sédentarité… des suspects sérieux
Plats préparés, charcuteries, sodas, aliments ultratransformés… Ce que nous mettons dans nos assiettes pourrait jouer un rôle dans l’augmentation de certains cancers chez les jeunes. Une alimentation trop riche en calories, en viandes transformées et pauvre en fibres peut notamment favoriser certains cancers, dont celui du côlon.
Le surpoids et l’obésité sont également pointés du doigt. Un excès de graisse dans le corps peut provoquer une inflammation durable. Il peut aussi perturber le fonctionnement de certaines hormones, ce qui favorise le développement de plusieurs cancers. Même constat pour la sédentarité. Passer ses journées assis, devant un ordinateur ou sur son canapé, et ne pas bouger suffisamment peut favoriser la prise de poids et dérégler l’organisme. Autant de facteurs qui pourraient contribuer à l’apparition de certains cancers plus tôt dans la vie. Même si leur responsabilité dans la hausse actuelle reste à démontrer.
Alcool et pollution, d’autres facteurs à surveiller
L’alcool fait aussi partie des facteurs de risque bien connus. Même consommé en petites quantités, il peut favoriser certains cancers, notamment ceux du sein, du foie et du côlon. En France, environ 8 % des cancers seraient liés à l’alcool, contre 5,4 % à une mauvaise alimentation et autant au surpoids et à l’obésité. Des chiffres qui concernent l’ensemble des Français, pas seulement les moins de 50 ans.
La pollution pourrait également jouer un rôle. Les scientifiques cherchent notamment à savoir si les jeunes générations sont davantage exposées à certaines substances chimiques, présentes dans l’air, au travail ou même à la maison. Une exposition qui peut commencer dès l’enfance et se prolonger pendant des années.
Autre piste étudiée, notre microbiote intestinal. Ces milliards de bactéries et autres micro-organismes qui peuplent nos intestins peuvent être perturbés par l’alimentation, les antibiotiques ou certains polluants. Ces déséquilibres pourraient-ils favoriser l’apparition de cancers plus tôt dans la vie ? Pour l’heure, les recherches ne permettent pas de l’affirmer.
Des cancers plus nombreux ou simplement mieux détectés ?
Aujourd’hui, les examens sont plus précis et certains cancers sont repérés bien plus tôt qu’auparavant. Des tumeurs qui seraient autrefois passées inaperçues sont désormais diagnostiquées. Parfois avant même l’apparition des premiers symptômes. C’est notamment le cas du cancer de la thyroïde. Grâce aux échographies et aux examens d’imagerie, les médecins découvrent davantage de petites tumeurs, dont certaines n’auraient jamais provoqué de problèmes de santé.
Mais cette explication a ses limites. Dans plusieurs pays, les décès liés à certains cancers chez les jeunes adultes augmentent également. Notamment pour le cancer colorectal. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de cancers mieux repérés, mais aussi, pour certaines formes, d’une véritable hausse de la maladie. Une étude internationale publiée en 2025 confirme d’ailleurs cette tendance. Elle révèle une augmentation à la fois des nouveaux diagnostics et des décès pour certains cancers. Même si les situations varient selon les pays et entre les hommes et les femmes.
Faut-il commencer le dépistage des cancers avant 50 ans ?
En France, le dépistage organisé du cancer colorectal s’adresse actuellement aux femmes et aux hommes de 50 à 74 ans, sans symptômes ni facteurs de risque particuliers. Il repose sur un test de recherche de sang dans les selles, proposé tous les deux ans. Pourtant, des cancers colorectaux apparaissent aussi chez des personnes plus jeunes. Cela ne signifie pas qu’il faudrait automatiquement proposer une coloscopie à tous les trentenaires ou quadragénaires. Les bénéfices, les risques et les coûts d’un éventuel élargissement du dépistage doivent être évalués.
En revanche, avoir moins de 50 ans ne doit jamais conduire à banaliser des symptômes persistants. Du sang dans les selles. Une modification inhabituelle et durable du transit. Des douleurs abdominales répétées. Une fatigue inexpliquée ou une perte de poids involontaire. Autant de symptômes qui doivent conduire à consulter. Les personnes présentant des antécédents familiaux de cancer colorectal ou certaines prédispositions génétiques peuvent, quant à elles, bénéficier d’une surveillance spécifique, parfois bien avant l’âge du dépistage organisé.
Peut-on réellement réduire son risque de cancer avant 50 ans ?
On ne peut pas toujours empêcher un cancer de se développer, notamment lorsqu’il existe des prédispositions génétiques ou des antécédents familiaux. Mais certains risques peuvent être limités. Selon l’Institut national du cancer, environ 40 % des cancers en France pourraient être évités en agissant sur certains facteurs comme :
- arrêter de fumer,
- limiter l’alcool,
- manger davantage de fruits, de légumes et de fibres,
- bouger régulièrement,
- se protéger du soleil.
Et la prévention n’attend pas 50 ans ! Certaines mauvaises habitudes prises dès l’enfance ou l’adolescence peuvent avoir des conséquences plusieurs décennies plus tard. C’est pourquoi les jeunes font désormais partie des publics prioritaires de la stratégie française de lutte contre les cancers pour 2026-2030, avec l’objectif de renforcer la prévention et d’améliorer leur prise en charge.
À SAVOIR
Depuis 2021 aux États-Unis, le dépistage du cancer colorectal est désormais recommandé dès 45 ans pour les personnes présentant un risque moyen, contre 50 ans auparavant.



