
Présentés au congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology, à Chicago, les résultats préliminaires de l’essai international OrigAMI-4 ouvrent une nouvelle piste thérapeutique contre certains cancers ORL avancés. Chez des patients dont la maladie résistait déjà à l’immunothérapie et à la chimiothérapie, l’amivantamab, un anticorps monoclonal administré par injection sous-cutanée, a permis de faire régresser les tumeurs et même de les rendre indétectables chez certains participants.
Les cancers ORL récidivants ou métastatiques restent difficiles à traiter lorsque les traitements de référence ne permettent plus de contrôler la maladie. Après l’échec d’une immunothérapie ciblant PD-1 ou PD-L1 et d’une chimiothérapie à base de platine, les options thérapeutiques sont limitées. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les résultats préliminaires de l’essai clinique international OrigAMI-4, présentés début juin 2026 au congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), à Chicago.
Menée dans 55 centres répartis dans 11 pays, cette étude évalue l’efficacité de l’amivantamab, un anticorps monoclonal administré par injection sous-cutanée, chez des patients atteints d’un carcinome épidermoïde de la tête et du cou récidivant ou métastatique, la forme la plus fréquente des cancers ORL.
Tous les participants avaient déjà reçu les traitements standards recommandés, associant une immunothérapie ciblant PD-1 ou PD-L1 et une chimiothérapie à base de platine, mais leur maladie continuait à progresser. Les premiers résultats montrent que l’amivantamab a permis de réduire la taille des tumeurs chez une partie des patients et de rendre la maladie indétectable à l’imagerie chez certains d’entre eux.
Les cancers ORL restent un enjeu majeur de santé publique
Les cancers ORL regroupent plusieurs tumeurs touchant la bouche, la gorge, le pharynx, le larynx, les fosses nasales ou encore les glandes salivaires. Selon l’Institut national du cancer, environ 16 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France. Les hommes restent les plus touchés, même si l’écart tend à diminuer. Le tabac et l’alcool demeurent les principaux facteurs de risque. Mais depuis plusieurs années, certaines infections par le papillomavirus humain (HPV) sont de plus en plus impliquées, notamment dans les cancers de l’oropharynx.
Lorsque ces cancers sont diagnostiqués à un stade avancé ou qu’ils réapparaissent après un premier traitement, leur prise en charge devient particulièrement complexe. Après un échec de l’immunothérapie et de la chimiothérapie, les options disponibles offrent généralement des résultats modestes. Selon les auteurs de l’étude OrigAMI-4, les traitements utilisés en deuxième ou troisième ligne permettent habituellement d’obtenir une réduction de la tumeur chez seulement 20 à 25 % des patients.
Cancer ORL : une simple injection a fait disparaître la tumeur chez certains patients en impasse thérapeutique
Comment fonctionne l’amivantamab ?
L’amivantamab n’est pas un médicament totalement inconnu des oncologues. Déjà autorisé dans certaines formes de cancer du poumon, il appartient à la famille des anticorps monoclonaux bispécifiques. Concrètement, cette thérapie cible simultanément deux protéines présentes à la surface des cellules cancéreuses : EGFR et MET. Ces deux récepteurs jouent un rôle clé dans la croissance des tumeurs et dans leur capacité à résister aux traitements. L’amivantamab agit selon plusieurs mécanismes complémentaires :
- il bloque les signaux qui stimulent la multiplication des cellules cancéreuses ;
- il limite les mécanismes de résistance de la tumeur ;
- il mobilise certaines cellules immunitaires pour renforcer la destruction des cellules malades.
Contrairement à de nombreuses thérapies anticancéreuses administrées par perfusion intraveineuse, l’amivantamab est injecté sous la peau, généralement toutes les trois semaines. Une modalité d’administration plus simple, qui pourrait à terme réduire le temps passé à l’hôpital.
Des résultats encourageants chez des patients en impasse thérapeutique
Les données présentées à Chicago portent sur 102 patients inclus dans le premier volet de l’essai. Selon les résultats publiés dans le Journal of Clinical Oncology, le taux de réponse objective, c’est-à-dire la proportion de patients dont la tumeur a diminué de taille, atteint 42 % selon l’évaluation indépendante des chercheurs et 47 % selon les investigateurs de l’étude.
Plus marquant encore, 15 participants ont obtenu une réponse complète, c’est-à-dire qu’aucune trace visible de la tumeur n’était détectable sur les examens d’imagerie. Au total, près de huit patients sur dix ont présenté une diminution de leurs lésions tumorales. Les premières réponses ont été observées rapidement, en moyenne après six à sept semaines de traitement. Les chercheurs rapportent également une survie globale médiane de 12,5 mois dans cette population au pronostic particulièrement défavorable.
Une disparition de la tumeur ne signifie pas forcément une guérison
L’annonce de tumeurs devenues indétectables suscite naturellement beaucoup d’espoir. Mais en cancérologie, les mots ont un sens précis. Une « réponse complète » ne signifie pas qu’un patient est guéri. Elle indique simplement qu’aucune lésion cancéreuse n’est visible sur les examens réalisés au moment de l’évaluation. Des cellules tumorales microscopiques peuvent persister dans l’organisme et entraîner une rechute ultérieure.
Le recul reste encore limité. Le suivi médian des patients est actuellement inférieur à un an. Il faudra donc attendre plusieurs années pour savoir si ces réponses complètes se traduisent par des rémissions durables ou par une amélioration significative de la survie à long terme.
Quels sont les effets secondaires observés ?
Selon les données présentées à l’ASCO, le profil de tolérance de l’amivantamab est jugé globalement acceptable. Les effets indésirables les plus fréquents sont principalement liés au blocage des récepteurs EGFR et MET. Les patients ont notamment rapporté :
- des éruptions cutanées ;
- des inflammations autour des ongles ;
- des rougeurs au point d’injection ;
- une fatigue ;
- des inflammations de la bouche.
Moins de 10 % des participants ont dû interrompre leur traitement en raison d’effets indésirables.
Cancers ORL : ce traitement sera-t-il bientôt disponible ?
Pas dans l’immédiat. L’amivantamab est déjà autorisé dans certaines formes de cancer du poumon, mais pas encore dans les cancers ORL. Les résultats d’OrigAMI-4 constituent une étape importante, mais ils devront être confirmés par des essais cliniques plus vastes avant une éventuelle autorisation dans cette indication.
Une étude de phase 3, baptisée OrigAMI-5, est déjà en cours. Elle vise à évaluer l’efficacité de l’amivantamab en association avec d’autres traitements chez des patients atteints d’un cancer ORL métastatique. En attendant, ce traitement reste réservé aux patients inclus dans des essais cliniques. Dans une maladie où les avancées thérapeutiques demeurent rares après l’échec des traitements standards, ces premiers résultats représentent néanmoins une lueur d’espoir.
À SAVOIR
On associe souvent les papillomavirus humains (HPV) au cancer du col de l’utérus. Pourtant, ces virus sont aussi impliqués dans un nombre croissant de cancers ORL, en particulier ceux de l’oropharynx, qui touche les amygdales et la base de la langue. Selon l’Institut national du cancer, les infections à HPV sont responsables d’environ 6 400 cancers chaque année en France, dont une partie des cancers de la gorge.







