
Connue du grand public pour son lien historique avec la crise de la « vache folle » dans les annĂ©es 1990, la maladie de Creutzfeldt-Jakob provoque des oublis qui s’aggravent rapidement, des troubles de l’Ă©quilibre, des mouvements involontaires ou encore une perte d’autonomie en quelques semaines.Quels sont les premiers symptĂ´mes de la maladie ? Comment les mĂ©decins parviennent-ils Ă la diagnostiquer ? Existe-t-il des traitements ou des moyens de rĂ©duire les risques ? Explications.
Comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Charcot, la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) appartient Ă la famille des maladies neurodĂ©gĂ©nĂ©ratives. Elle touche environ une personne par million d’habitants chaque annĂ©e. ProvoquĂ©e par des prions, des protĂ©ines anormales qui dĂ©truisent progressivement les cellules du cerveau, elle entraĂ®ne une dĂ©gradation rapide des capacitĂ©s cognitives, du comportement et des fonctions motrices.
SurveillĂ©e de près en France depuis les annĂ©es 1990, elle reste majoritairement prĂ©sente sous sa forme sporadique. Entre 2022 et 2025, 372 dĂ©cès liĂ©s Ă une MCJ certaine ou probable ont Ă©tĂ© recensĂ©s, dont 341 formes sporadiques. Plus l’Ă©poque avance, plus la baisse de cas en France est effective au fil des annĂ©es.
Longtemps associée à la crise de la « vache folle », qui a conduit à l’apparition du variant de la maladie, la MCJ demeure aujourd’hui incurable malgré les avancées de la recherche sur les maladies à prions.
Les premiers symptĂ´mes de la maladie de Creutzfeldt-Jakob
Au dĂ©but de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, les symptĂ´mes passent souvent inaperçus ou peuvent ĂŞtre confondus avec ceux d’autres maladies neurologiques ou psychiatriques. Les premiers signes concernent gĂ©nĂ©ralement les capacitĂ©s intellectuelles. La personne peut avoir davantage de mal Ă se concentrer, oublier des informations rĂ©centes, perdre le fil d’une conversation ou rencontrer des difficultĂ©s dans certaines tâches du quotidien qui lui semblaient jusque-lĂ simples.
L’une des particularitĂ©s de cette maladie est la rapiditĂ© de son Ă©volution. Contrairement Ă d’autres maladies neurodĂ©gĂ©nĂ©ratives qui progressent sur plusieurs annĂ©es, la maladie de Creutzfeldt-Jakob peut entraĂ®ner une dĂ©tĂ©rioration importante des fonctions cĂ©rĂ©brales en quelques semaines ou quelques mois seulement.
Des changements de comportement peuvent Ă©galement apparaĂ®tre dès les premiers stades. Certains patients deviennent plus anxieux, irritables ou renfermĂ©s, tandis que d’autres prĂ©sentent une perte d’intĂ©rĂŞt pour leurs activitĂ©s habituelles ou des symptĂ´mes pouvant Ă©voquer une dĂ©pression.
Des troubles visuels peuvent aussi survenir prĂ©cocement. Une vision floue, une impression que les objets sont dĂ©formĂ©s ou des difficultĂ©s Ă interprĂ©ter correctement ce que l’on voit figurent parmi les manifestations possibles. Bien que ces signes ne soient pas spĂ©cifiques Ă la maladie, leur aggravation rapide constitue un signal d’alerte important pour les mĂ©decins.
Les différentes formes de la maladie
Les spécialistes distinguent trois principales formes de maladie de Creutzfeldt-Jakob.
- La forme sporadique est la plus frĂ©quente : elle reprĂ©sente près de 85 % des cas et survient gĂ©nĂ©ralement chez des personnes âgĂ©es de plus de 60 ans sans cause clairement identifiĂ©e. Cette forme n’est pas considĂ©rĂ©e comme transmissible.
- La forme génétique ou familiale est liée à une mutation du gène PRNP : elle est responsable de la fabrication de la protéine prion. Elle apparaît généralement entre 45 et 60 ans et se transmet au sein de certaines familles.
- Les formes iatrogènes sont extrĂŞmement rares : elles rĂ©sultent d’une transmission accidentelle lors de certains actes mĂ©dicaux rĂ©alisĂ©s par le passĂ©, notamment par hormone de croissance d’origine humaine ou greffe de dure-mère.
Une démence à progression fulgurante
L’une des particularitĂ©s de la maladie de Creutzfeldt-Jakob est sa rapiditĂ© d’Ă©volution. Alors que d’autres formes de dĂ©mence progressent gĂ©nĂ©ralement sur plusieurs annĂ©es, cette maladie peut entraĂ®ner une dĂ©gradation importante des capacitĂ©s cĂ©rĂ©brales en seulement quelques semaines ou quelques mois.
La mémoire, le raisonnement, le langage et la capacité à effectuer des tâches simples du quotidien sont progressivement affectés. Des activités autrefois banales, comme tenir une conversation, préparer un repas ou gérer ses affaires personnelles, deviennent de plus en plus difficiles.
Au fil de la maladie, la perte d’autonomie s’accentue. Les patients peuvent Ă©prouver des difficultĂ©s Ă communiquer, Ă reconnaĂ®tre leurs proches ou Ă rĂ©aliser les gestes les plus courants. Des troubles de la parole et de la dĂ©glutition apparaissent Ă©galement frĂ©quemment.
Dans les stades les plus avancĂ©s, l’atteinte du cerveau devient telle que la personne devient totalement dĂ©pendante de son entourage pour les actes essentiels de la vie quotidienne. Certains patients perdent mĂŞme la capacitĂ© de s’exprimer ou d’interagir avec leur environnement.
Comment diagnostique-t-on la maladie de Creutzfeldt-Jakob ?
Le diagnostic repose avant tout sur une suspicion clinique face Ă une dĂ©tĂ©rioration neurologique rapide. L’IRM cĂ©rĂ©brale constitue aujourd’hui l’un des examens les plus importants. Elle peut rĂ©vĂ©ler des anomalies très Ă©vocatrices dans certaines rĂ©gions du cerveau.
L’Ă©lectroencĂ©phalogramme (EEG), qui analyse l’activitĂ© Ă©lectrique cĂ©rĂ©brale, peut Ă©galement mettre en Ă©vidence des anomalies caractĂ©ristiques.
Une ponction lombaire est souvent rĂ©alisĂ©e afin d’Ă©tudier le liquide cĂ©phalo-rachidien. Des marqueurs biologiques spĂ©cifiques, comme la protĂ©ine 14-3-3 ou les techniques rĂ©centes de dĂ©tection des prions, peuvent renforcer la suspicion diagnostique.
Dans les formes familiales, une analyse gĂ©nĂ©tique du gène PRNP permet de confirmer l’existence d’une mutation responsable de la maladie.
MalgrĂ© ces progrès, le diagnostic dĂ©finitif de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ne peut ĂŞtre confirmĂ© avec certitude qu’après le dĂ©cès du patient grâce Ă l’analyse du tissu cĂ©rĂ©bral.
Existe-t-il un traitement ?
Ă€ l’heure actuelle, aucun traitement ne permet de guĂ©rir la maladie de Creutzfeldt-Jakob ni de ralentir son Ă©volution. Comme l’ensemble des maladies humaines Ă prions, elle reste systĂ©matiquement mortelle quelle que soit sa forme.
La prise en charge repose donc principalement sur le traitement des symptĂ´mes, le maintien du confort du patient et l’accompagnement des proches. Les Ă©quipes mĂ©dicales interviennent notamment pour soulager la douleur, les troubles du comportement, les difficultĂ©s de dĂ©glutition ou les complications liĂ©es Ă la perte d’autonomie.
Les chercheurs poursuivent nĂ©anmoins leurs travaux afin de mieux comprendre les mĂ©canismes des prions et d’identifier de nouvelles pistes thĂ©rapeutiques capables, Ă terme, de freiner ou d’empĂŞcher leur accumulation dans le cerveau.
Bien que rare, la maladie de Creutzfeldt-Jakob demeure aujourd’hui l’une des maladies neurologiques les plus redoutĂ©es en raison de sa progression extrĂŞmement rapide, de l’absence de traitement curatif et de son issue invariablement fatale.
Ă€ SAVOIR
La maladie de Creutzfeldt-Jakob porte le nom des neurologues allemands Hans Gerhard Creutzfeldt et Alfons Maria Jakob, qui ont décrit indépendamment plusieurs cas de cette affection au début des années 1920. Les observations particulièrement précises de Jakob correspondent aujourd’hui le mieux aux critères diagnostiques actuels. Leurs travaux ont contribué à identifier et à mieux comprendre cette maladie neurologique rare à évolution rapide. Plus d’un siècle après ces premières descriptions, leurs noms restent associés à cette pathologie causée par des prions, des protéines anormales qui entraînent une détérioration progressive du cerveau.







