Cancers de la peau : l’Anses alerte sur les dangers du soleil au travail

le 15 octobre 2026 à 17h14
Un dermatologue examine la peau du cou et de l'épaule d'un patient à l'aide d'une loupe lumineuse, à la recherche d'éventuelles lésions cancéreuses.
L'exposition répétée aux rayons UV peut provoquer des cancers de la peau, parfois plusieurs dizaines d'années après l'exposition. © Magnific
Travailler dehors toute la journée n'est pas sans risque pour la santé. Ce jeudi 15 octobre 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alerte sur les dangers des rayons ultraviolets pour les professionnels exposés au soleil. Agriculteurs, ouvriers du bâtiment ou jardiniers sont particulièrement concernés.
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On pense facilement aux coups de soleil sur la plage, beaucoup moins à ceux attrapés sur un chantier ou dans un champ. Pourtant, pour des millions de professionnels, travailler signifie aussi passer une bonne partie de leurs journées sous les rayons du soleil. Une exposition qui, lorsqu’elle se répète pendant des années, peut avoir de lourdes conséquences sur la peau.

Ce jeudi 15 octobre 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) remet cette question sur la table. Dans une expertise consacrée aux risques professionnels liés aux rayonnements ultraviolets (UV), elle alerte sur les dangers de cette exposition prolongée et sur ses conséquences cancérogènes.

L’enjeu dépasse largement les coups de soleil occasionnels. Les rayons UV peuvent endommager les cellules de la peau. Et favoriser, à long terme, l’apparition de cancers cutanés. Pour l’Anses, cette exposition doit être considérée comme un véritable risque professionnel. Au même titre que d’autres dangers rencontrés sur les lieux de travail.

Cancers de la peau : les travailleurs en extérieur sont particulièrement exposés

Des travailleurs exposés au soleil toute l’année

Pour certains professionnels, travailler dehors fait partie du quotidien. Agriculteurs dans les champs, ouvriers sur les chantiers, jardiniers dans les espaces verts… Tous passent plusieurs heures par jour au soleil. Les couvreurs, les agents de voirie, les paysagistes ou encore les pêcheurs sont également concernés.

Le problème, c’est que cette exposition se répète jour après jour, parfois pendant toute une carrière. Et même sans coup de soleil, les rayons ultraviolets (UV) peuvent abîmer progressivement la peau. Les dommages s’accumulent au fil des années et augmentent le risque de développer un cancer cutané. Tous les travailleurs ne sont toutefois pas exposés de la même manière. Le risque dépend du nombre d’heures passées dehors, de la saison, des horaires de travail. Mais aussi des protections utilisées et de la sensibilité de chacun au soleil.

Le soleil reste dangereux même quand il ne fait pas chaud

Il n’est pas nécessaire d’avoir chaud pour être exposé aux rayons UV. La température extérieure n’a rien à voir avec leur intensité. Même au printemps ou lorsque le ciel est nuageux, ces rayons peuvent atteindre la peau et provoquer des dommages.

Le risque est particulièrement important en milieu de journée, lorsque le soleil est au plus haut. Certaines surfaces, comme l’eau, le sable ou la neige, peuvent aussi réfléchir les UV et augmenter l’exposition. Pour les travailleurs en extérieur, le danger ne se limite donc pas aux journées de canicule. Même sans coup de soleil ni sensation de chaleur, la peau peut subir les effets des rayons UV.

Quels cancers de la peau peuvent être provoqués par les rayons UV ?

À force d’expositions répétées, les rayons UV peuvent endommager l’ADN des cellules de la peau et favoriser l’apparition de cancers. Trois types de cancers cutanés sont particulièrement concernés. Les carcinomes sont les plus fréquents. Ils apparaissent surtout sur les parties du corps régulièrement exposées au soleil, comme le visage, les oreilles, le cou ou les mains. Il en existe deux principales formes.

  • Le carcinome basocellulaire est généralement le moins dangereux. Il se développe lentement et se propage très rarement à d’autres organes. Sans traitement, il peut toutefois abîmer les tissus autour de la lésion.
  • Le carcinome épidermoïde est plus agressif. Il peut s’étendre à d’autres parties du corps, notamment lorsqu’il n’est pas détecté et traité suffisamment tôt.

Le mélanome, moins fréquent, est aussi le plus redouté. Il se développe à partir des cellules responsables de la couleur de la peau et peut atteindre d’autres organes. Un diagnostic précoce améliore considérablement les chances de guérison.

Tous ces cancers ne sont cependant pas liés aux mêmes habitudes d’exposition. Les carcinomes épidermoïdes sont particulièrement associés aux années passées au soleil, tandis que le risque de mélanome est également lié aux expositions intenses et aux coups de soleil, notamment pendant l’enfance.

Près de 244 000 cancers de la peau diagnostiqués chaque année en France

Les cancers de la peau sont parmi les plus fréquents en France. Selon Santé publique France, entre 141 200 et 243 500 nouveaux cas seraient diagnostiqués chaque année, d’après des estimations portant sur 2018.

Le mélanome, l’une des formes les plus graves, représente à lui seul près de 17 900 nouveaux cas en 2023. Son nombre de diagnostics a fortement augmenté depuis 1990, notamment en raison des habitudes d’exposition au soleil, du vieillissement de la population et d’une meilleure détection.

Ces chiffres concernent l’ensemble des Français, et pas seulement les travailleurs en extérieur. Mais ils rappellent l’importance de se protéger des rayons UV, principal facteur de risque évitable des cancers cutanés.

Un lien désormais établi entre exposition professionnelle et cancers cutanés

Dans son rapport du 15 octobre 2026, l’Anses confirme que l’exposition aux rayons UV dans le cadre professionnel peut provoquer trois types de cancers de la peau. Il s’agit des carcinomes basocellulaires, des carcinomes épidermoïdes et des mélanomes.

Autre constat important, il n’existe pas de durée d’exposition connue en dessous de laquelle le risque serait totalement écarté. Même quelques heures passées régulièrement au soleil peuvent donc contribuer à augmenter le risque de développer un cancer de la peau.

En France, environ 3,5 millions de travailleurs sont exposés aux UV solaires dans le cadre de leur métier, selon les chiffres rapportés par l’AFP le 15 octobre 2026. Un risque qui concerne donc une part importante de la population active.

Cancers de la peau : pourquoi sont-ils si peu reconnus comme maladies professionnelles ?

En France, faire reconnaître un cancer de la peau comme une maladie professionnelle reste compliqué, même lorsqu’il est lié à des années de travail au soleil. En effet, les cancers de la peau provoqués par les UV solaires ne figurent pas dans les tableaux officiels des maladies professionnelles. Ces tableaux permettent normalement aux salariés concernés de faire reconnaître plus facilement une maladie liée à leur métier.

Un travailleur atteint d’un cancer cutané peut tout de même demander une reconnaissance. Mais son dossier doit être étudié au cas par cas par un comité médical spécialisé, qui doit déterminer si sa maladie est directement liée à son activité professionnelle.

Les demandes restent donc très rares. Entre 2013 et 2024, seulement 137 dossiers ont été examinés en France, dont 40 % ont reçu un avis favorable. Un chiffre particulièrement faible alors que plusieurs millions de personnes travaillent régulièrement au soleil. D’autres pays européens ont déjà pris de l’avance. En Allemagne et en Belgique, certains cancers de la peau liés à une exposition professionnelle peuvent être officiellement reconnus et indemnisés.

Vers une meilleure indemnisation des salariés touchés ?

L’Anses recommande désormais la création de tableaux de maladies professionnelles pour les trois cancers cutanés associés à l’exposition aux UV naturels ou artificiels.

Une telle évolution pourrait simplifier les démarches des salariés concernés. Sous réserve de remplir les conditions prévues par les futurs tableaux, ils n’auraient plus nécessairement à démontrer individuellement le lien direct entre leur cancer et leur travail.

Cette reconnaissance pourrait également ouvrir droit à une prise en charge et à une indemnisation au titre des maladies professionnelles.

Attention toutefois, l’avis de l’Anses ne constitue pas une modification immédiate de la réglementation. La création de nouveaux tableaux relève des autorités compétentes et nécessite une procédure réglementaire.

Comment mieux protéger les salariés qui travaillent au soleil ?

La prévention ne doit pas reposer uniquement sur la crème solaire

Pour limiter les risques de cancer de la peau, la crème solaire et les casquettes ne suffisent pas. Il faut surtout réduire le temps passé au soleil, notamment en milieu de journée, lorsque les rayons UV sont les plus forts.

Concrètement, les entreprises peuvent adapter les horaires de travail, répartir les tâches entre les salariés et privilégier les activités à l’ombre pendant les heures les plus exposées. Installer des abris et prévoir des pauses dans des espaces ombragés permet également de limiter l’exposition.

Pour ceux qui doivent rester dehors, les vêtements couvrants, les chapeaux protégeant la nuque et les lunettes anti-UV sont essentiels. Une crème solaire SPF 50+, appliquée régulièrement sur les parties découvertes, apporte une protection supplémentaire, mais ne remplace pas les autres précautions.

Quelles sont les obligations des employeurs ?

En France, les employeurs ont l’obligation de protéger la santé et la sécurité de leurs salariés. Cela concerne aussi les risques liés à une exposition prolongée au soleil. Concrètement, les entreprises doivent évaluer les dangers des rayons UV pour les salariés qui travaillent dehors et prévoir des mesures pour limiter leur exposition.

Ces risques doivent être pris en compte dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), qui recense les dangers présents dans l’entreprise et les moyens de protéger les salariés. Cette obligation existe déjà. Mais avec son alerte du 15 octobre 2026, l’Anses souhaite que les risques liés au soleil soient davantage pris au sérieux, au même titre que les accidents de chantier, les machines dangereuses ou les fortes chaleurs.

À SAVOIR 

Le soleil n’est pas la seule source d’UV dangereuse au travail. En France, environ 150 000 professionnels, notamment les soudeurs, sont exposés à des UV artificiels pouvant provoquer des brûlures, des lésions des yeux et augmenter le risque de mélanome oculaire. L’Anses recommande de reconnaître ce cancer comme une maladie professionnelle lorsqu’il est lié au soudage.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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