Cures thermales : leur avenir est-il menacé en Auvergne-Rhône-Alpes ?

le 15 octobre 2026 à 15h19
Une femme flotte sur le dos dans un bassin d’eau, les yeux fermés, profitant d’un moment de détente lors d’une cure thermale.
En Auvergne-Rhône-Alpes, la fréquentation des cures thermales médicalisées a chuté de 26 % entre 2016 et 2025. © Magnific
Moins de patients, des établissements vieillissants et des remboursements qui suscitent des inquiétudes. En Auvergne-Rhône-Alpes, l'avenir des cures thermales médicalisées pose question. Dans un rapport publié ce jeudi 15 octobre 2026, la Chambre régionale des comptes alerte sur la fragilité des stations thermales, dont la fréquentation a chuté de 26 % en neuf ans. Une situation qui pourrait, à terme, compliquer l'accès à ces soins pour certains patients.
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Soulager des douleurs articulaires, traiter certaines maladies de peau ou améliorer le confort des personnes souffrant de troubles respiratoires. Chaque année, des milliers de Français se rendent dans une station thermale pour suivre des soins prescrits par leur médecin. Mais derrière les bassins d’eau chaude et les établissements de cure, le secteur traverse une période difficile.

Ce jeudi 15 octobre 2026, la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes rend public un rapport consacré aux 23 stations thermales de la région, troisième territoire thermal de France. Après avoir notamment examiné la gestion de neuf stations, les magistrats dressent un constat préoccupant. La fréquentation recule, les installations nécessitent des investissements importants et plusieurs établissements peinent à assurer leur avenir. Bonjour tristesse…

Les cures thermales attirent de moins en moins de patients

Une fréquentation en baisse de 26 % depuis 2016

Les chiffres montrent l’ampleur des difficultés. En 2016, les établissements thermaux d’Auvergne-Rhône-Alpes accueillaient 128 048 curistes conventionnés. En 2025, ils n’étaient plus que 94 709, soit une diminution de 26 % en neuf ans. Cette baisse est plus importante que celle observée dans l’ensemble de la France, où la fréquentation a reculé d’environ 22 % sur la même période. La crise sanitaire a fortement perturbé le secteur. Les établissements ont dû fermer pendant plusieurs mois en 2020 et 2021, interrompant les cures de nombreux patients. Depuis leur réouverture, la fréquentation n’a jamais retrouvé son niveau d’avant la pandémie.

Et la reprise semble s’essouffler. Entre 2023 et 2025, le nombre de curistes a encore diminué de 3 % dans la région, alors qu’il progressait légèrement au niveau national. Toutes les stations ne connaissent cependant pas la même situation. Vals-les-Bains, en Ardèche, a enregistré une hausse de fréquentation de 51 % entre 2016 et 2025, tandis que Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, affiche une progression de 18 %.

À l’inverse, les thermes Marlioz d’Aix-les-Bains ont perdu 49 % de leurs curistes, contre 46 % à Montrond-les-Bains et 42 % à Royat. Le rapport ne permet toutefois pas d’attribuer cette baisse générale à une seule cause. Les fermetures sanitaires, les travaux de rénovation et les difficultés propres à certains établissements ont également pesé sur leur activité.

Des stations thermales qui ne reçoivent plus assez de curistes

Pour les établissements les moins fréquentés, la situation devient particulièrement délicate. Selon le rapport, accueillir environ 4 000 curistes par an constitue un seuil de référence pour assurer la viabilité économique d’un établissement thermal. Or, en 2025, seules huit stations sur les 23 de la région dépassaient ce niveau de fréquentation. Six accueillaient moins de 2 000 curistes, notamment Saint-Gervais-les-Bains, avec 1 514 patients, Montrond-les-Bains, avec 1 957, et Châteauneuf-les-Bains, avec seulement 600.

Deux établissements n’ont accueilli aucun curiste conventionné en 2025. À Divonne-les-Bains, dans l’Ain, l’activité thermale est interrompue depuis décembre 2022. À Challes-les-Eaux, en Savoie, le centre a fermé en février 2023. Ces situations montrent les conséquences possibles des difficultés économiques sur l’offre de soins. Lorsqu’un établissement ferme, les patients qui souhaitent poursuivre une cure doivent rechercher une autre station proposant des soins adaptés à leur maladie.

Quels patients sont concernés par les difficultés des stations thermales ?

Des cures prescrites pour plusieurs maladies chroniques

Les cures thermales ne se limitent pas aux bains chauds et aux moments de détente. Dans les établissements agréés, elles correspondent à des soins médicalisés, réalisés avec des eaux minérales naturelles dont les caractéristiques varient selon les sources. En Auvergne-Rhône-Alpes, les stations proposent des cures correspondant aux 12 orientations thérapeutiques reconnues par l’Assurance maladie.

Elles concernent notamment les personnes souffrant d’arthrose, de rhumatismes, de certaines maladies respiratoires, de troubles circulatoires ou d’affections dermatologiques comme l’eczéma et le psoriasis. D’autres orientations existent pour certaines maladies digestives, urinaires, neurologiques ou gynécologiques, ainsi que pour les affections psychosomatiques et certains troubles du développement chez l’enfant.

Les soins proposés dépendent de l’établissement et de l’indication médicale. Ils peuvent comprendre des bains, des douches thermales, des applications de boues ou des soins utilisant l’eau minérale. L’objectif est notamment de soulager certains symptômes et d’améliorer le confort des patients. Une cure thermale ne remplace toutefois pas les traitements médicaux habituels et son intérêt dépend de la maladie concernée.

Trois semaines de soins encadrés médicalement

Pour bénéficier d’une cure conventionnée, le patient doit disposer d’une prescription médicale et se rendre dans un établissement agréé pour traiter sa pathologie. La cure dure 21 jours consécutifs, dont 18 jours de soins. Une seule cure peut être prise en charge par année civile, sous réserve de remplir les conditions prévues par l’Assurance maladie.

Cette durée distingue les cures médicalisées des séjours de bien-être, qui peuvent durer quelques heures ou plusieurs jours, mais ne relèvent pas du même dispositif de remboursement. Pour les patients atteints de maladies chroniques, la possibilité de suivre une cure dans un établissement adapté peut donc constituer une composante de leur prise en charge. Le rapport ne mesure cependant pas les conséquences médicales des fermetures de stations sur les patients. Il met surtout en évidence les difficultés susceptibles de fragiliser durablement l’offre thermale régionale.

Les cures thermales risquent-elles de ne plus être remboursées ?

Un secteur très dépendant de l’Assurance maladie

Le fonctionnement des établissements thermaux dépend largement des remboursements de l’Assurance maladie. En 2023, la prise en charge des soins thermaux représentait près de 53 millions d’euros en Auvergne-Rhône-Alpes. Actuellement, les soins d’une cure thermale conventionnée sont généralement remboursés à hauteur de 65 % du tarif conventionnel par l’Assurance maladie. Le complément peut être pris en charge par une mutuelle, selon le contrat souscrit.

Les frais de transport et d’hébergement obéissent à des règles différentes et leur remboursement dépend notamment des ressources du patient. Certaines situations particulières peuvent également ouvrir droit à une prise en charge plus importante. Pour les établissements, ces remboursements constituent une source essentielle de revenus. Or, les cures médicalisées dégagent généralement de faibles marges financières, alors que leur organisation nécessite du personnel, des équipements spécifiques et une surveillance sanitaire constante.

Un éventuel déremboursement pourrait fragiliser davantage les établissements

La question du remboursement des cures thermales revient régulièrement dans les discussions sur les dépenses de santé. Dans son rapport, la Chambre régionale des comptes rappelle que le risque d’un déremboursement par l’Assurance maladie a été évoqué à plusieurs reprises.

Une réduction de la prise en charge pourrait augmenter le reste à payer des patients et rendre les cures moins accessibles financièrement. Elle pourrait également fragiliser les établissements qui dépendent fortement des cures conventionnées. Il faut néanmoins distinguer cette inquiétude d’une décision officielle. Le rapport n’annonce pas la suppression du remboursement des cures thermales. Il identifie cette éventualité comme un risque pour l’avenir économique du secteur.

Qualité de l’eau et bactéries : les établissements thermaux sous surveillance

Des installations vieillissantes qui nécessitent des travaux

Les établissements utilisent des eaux minérales naturelles dans des installations où les conditions d’hygiène doivent être rigoureusement contrôlées. Les réseaux de distribution, les équipements de soins et les bassins nécessitent une surveillance et un entretien réguliers. Or, plusieurs établissements de la région disposent d’installations anciennes, dont la rénovation représente un investissement important.

Le rapport rappelle notamment les difficultés rencontrées à Brides-les-Bains, en Savoie. En 2019, la présence de la bactérie Pseudomonas avait conduit à une fermeture des thermes par décision préfectorale. Certaines bactéries du genre Pseudomonas, notamment Pseudomonas aeruginosa, peuvent provoquer des infections, particulièrement chez les personnes fragiles ou immunodéprimées.

Cet épisode illustre l’importance des contrôles sanitaires dans les établissements thermaux. Il ne signifie toutefois pas que les stations de la région présentent aujourd’hui un danger généralisé pour les curistes. La Chambre régionale des comptes souligne plutôt la nécessité de maintenir une vigilance permanente et de mieux suivre les autorisations d’exploitation des sources.

Le changement climatique pourrait aussi perturber les cures

Avec le changement climatique, les établissements doivent anticiper les conséquences possibles des sécheresses et des modifications des ressources souterraines. Ces évolutions peuvent avoir des effets sur la quantité d’eau disponible, mais également sur ses caractéristiques et sa qualité. Pourtant, selon les données de 2024 citées dans le rapport, seules 29 % des stations déclaraient connaître l’évolution prévisible de leur ressource en eau pour les cinq années suivantes.

Par ailleurs, 38 % des établissements avaient engagé des initiatives visant à réduire les rejets d’eau, à les valoriser ou à améliorer le traitement des boues. Les efforts sont plus avancés concernant l’énergie. Environ 81 % des établissements avaient entrepris des actions pour réduire leur consommation énergétique. Pour les stations, préserver les sources thermales est indispensable. Contrairement à un spa classique, une cure médicalisée repose sur l’utilisation d’une eau minérale naturelle répondant à des caractéristiques et à des exigences sanitaires précises.

Les spas et les séjours bien-être peuvent-ils sauver les cures médicalisées ?

Pour attirer davantage de visiteurs, de nombreuses stations cherchent désormais à développer des activités qui ne dépendent pas des remboursements de l’Assurance maladie. Spas, massages, balnéothérapie, espaces de détente et courts séjours consacrés au bien-être prennent ainsi une place croissante dans l’offre des établissements.

Cette évolution semble répondre à une demande. Entre 2022 et 2024, la fréquentation des espaces de bien-être thermal a augmenté de 25 % en Auvergne-Rhône-Alpes, passant d’environ 587 000 à 731 000 entrées. Les séjours santé non remboursés ont également progressé de 38 %, avec 8 830 séjours enregistrés en 2024 contre 6 420 deux ans auparavant. Dans certaines stations ayant développé ces activités, elles représentent désormais jusqu’à 85 % du chiffre d’affaires.

Mais cette diversification ne garantit pas nécessairement la survie des cures médicalisées. Les équipements de bien-être nécessitent parfois des investissements très coûteux, dont la rentabilité reste incertaine. La Chambre régionale des comptes constate que les données financières disponibles ne permettent pas de démontrer que ces nouvelles activités améliorent réellement les résultats des établissements. Elle recommande donc de mieux mesurer leurs coûts et leurs recettes, afin de déterminer si elles contribuent effectivement à financer et à maintenir l’activité thermale médicale.

Quelles solutions pour préserver l’accès aux cures thermales ?

Face aux difficultés du secteur, la Chambre régionale des comptes appelle les collectivités à mieux anticiper les risques qui pèsent sur leurs établissements thermaux.

Première priorité, renforcer la surveillance de la qualité de l’eau et l’entretien des installations pour garantir la sécurité des curistes. Les communes doivent également mieux évaluer le coût des travaux nécessaires à la modernisation des établissements. Autre point sensible, la gestion des thermes par des entreprises privées. Plusieurs contrats arrivant à échéance d’ici 2030, les collectivités devront renégocier leurs conditions d’exploitation et s’assurer que les investissements prévus répondent aux besoins des établissements.

Mais toutes les communes n’ont pas les moyens techniques, juridiques ou financiers de gérer seules ces enjeux. La Chambre régionale des comptes recommande donc à la Région Auvergne-Rhône-Alpes de leur apporter un accompagnement renforcé. L’objectif est de permettre aux stations de poursuivre leur activité dans de bonnes conditions et de préserver l’accès aux cures médicalisées pour les patients qui en bénéficient.

À SAVOIR 

Le statut de station thermale a historiquement permis à certaines communes d’accueillir un casino. En août 2025, 18 des 31 casinos d’Auvergne-Rhône-Alpes se trouvaient dans une station thermale. Les recettes fiscales tirées de ces établissements représentent parfois une part importante des budgets municipaux et participent ainsi à l’économie des villes d’eaux.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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