En vingt ans, les tumeurs cérébrales ont progressé dans les statistiques françaises chez les enfants de moins de 15 ans. Leur incidence est passée de 38,3 cas pour un million d’enfants en 2000 à 46,2 pour un million en 2020, selon les données publiées par Santé publique France.
Sur l’ensemble de la période, 10 074 tumeurs du système nerveux central ont été recensées chez les 0-14 ans en France hexagonale, dont 5 495 chez des garçons et 4 579 chez des filles. Alors, les enfants développent-ils réellement davantage de tumeurs cérébrales qu’il y a vingt ans ? C’est là que les choses se compliquent. Une partie de cette hausse semble en effet venir du fait que la médecine détecte mieux ces tumeurs et les classe beaucoup plus précisément.
Tumeurs cérébrales chez l’enfant : les cas augmentent depuis 20 ans
Environ 480 nouveaux cas par an chez les enfants
Les tumeurs cérébrales restent des maladies rares chez l’enfant. Mais elles occupent une place importante parmi les cancers pédiatriques. Selon l’Institut national du cancer, les tumeurs du système nerveux central constituent le deuxième grand groupe de cancers de l’enfant après les leucémies. Entre 2000 et 2020, environ 480 nouveaux cas ont été recensés chaque année en moyenne chez les moins de 15 ans.
Aussi, certaines tumeurs sont malignes, d’autres non. Certaines évoluent lentement quand d’autres sont particulièrement agressives. Elles ne se développent pas non plus toutes au même endroit et ne concernent pas les mêmes âges. Parmi les cas recensés sur ces vingt années, 65 % étaient des tumeurs gliales ou neuronales. L’astrocytome pilocytique était la tumeur la plus fréquemment retrouvée, devant le médulloblastome.
Les 10-14 ans particulièrement concernés par la hausse
Chez les bébés de moins d’un an, le nombre de tumeurs cérébrales diagnostiquées n’a pas significativement augmenté entre 2000 et 2020. La tendance est différente après le premier anniversaire : une hausse est observée chez les 1-4 ans, les 5-9 ans et les 10-14 ans.
C’est justement chez les 10-14 ans que la progression est la plus importante. Cette tranche d’âge concentre aussi le plus grand nombre de cas recensés sur les vingt années étudiées, avec 3 633 tumeurs. La hausse touche aussi bien les filles que les garçons, même si ces derniers restent légèrement plus concernés : ils représentent 54,5 % de l’ensemble des cas enregistrés.
Certaines tumeurs augmentent plus que d’autres
La hausse varie fortement selon le type de tumeur. Les gliomes des voies optiques, qui touchent les structures nerveuses impliquées dans la vision, ont ainsi progressé d’environ 2,15 % par an entre 2000 et 2020. Même tendance pour les adénomes hypophysaires, qui se développent au niveau de l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau qui produit plusieurs hormones. Leur incidence a augmenté d’environ 1,28 % par an.
Les tumeurs atypiques tératoïdes/rhabdoïdes (ATRT) retiennent davantage l’attention. Ces tumeurs malignes très rares, qui touchent surtout les jeunes enfants, ont progressé d’environ 2,3 % par an. Mais ces augmentations ne s’expliquent pas toutes de la même façon : pour certaines, les progrès du diagnostic et de la surveillance ont joué un rôle important ; pour d’autres, une réelle augmentation du nombre de cas est envisagée.
Pourquoi trouve-t-on davantage de tumeurs ?
Les médecins sont aujourd’hui capables de détecter des tumeurs qui pouvaient autrefois passer inaperçues. L’imagerie médicale s’est améliorée et certains enfants présentant un risque particulier sont davantage surveillés. C’est notamment le cas de ceux atteints de neurofibromatose de type 1, ou NF1, une maladie génétique qui favorise l’apparition de certaines tumeurs.
Chez ces enfants, les gliomes des voies optiques ont augmenté d’environ 3 % par an. En revanche, aucune augmentation significative n’a été retrouvée chez les enfants ne présentant pas de NF1. Une différence importante, car elle laisse penser qu’une partie de la hausse observée vient tout simplement d’une surveillance plus poussée et d’un meilleur dépistage des enfants à risque. Dit autrement, certaines tumeurs existaient probablement déjà auparavant, mais elles étaient moins souvent repérées.
Les médecins ont aussi changé leur façon de classer les tumeurs
Il y a un autre détail qui compte énormément. Une tumeur cérébrale diagnostiquée en 2000 n’aurait pas forcément reçu exactement le même nom en 2020. Les connaissances sur ces maladies ont considérablement progressé. Les médecins ne regardent plus seulement la forme et les cellules d’une tumeur au microscope. Ils peuvent désormais analyser certaines de ses caractéristiques moléculaires et génétiques.
Ces progrès ont permis de créer de nouvelles catégories et d’en faire disparaître ou d’en modifier d’autres. Le glioblastome en donne une bonne illustration. Son incidence augmente fortement dans les statistiques jusqu’en 2014, puis diminue nettement après cette date. Cela ne signifie évidemment pas que cette tumeur s’est brutalement mise à reculer. Une partie de ce changement vient des nouvelles classifications. Certaines tumeurs autrefois considérées comme des glioblastomes sont aujourd’hui rangées ailleurs, notamment parmi certains gliomes diffus de la ligne médiane.
À SAVOIR
Chez l’enfant, des maux de tête et des vomissements plus marqués le matin peuvent faire partie des signes d’une tumeur cérébrale, notamment en raison d’une augmentation de la pression dans le crâne. Ces symptômes restent toutefois très souvent liés à d’autres causes.




