Un homme âgé souffrant des fortes chaleurs liées à la canicule de juin.
Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs. © Magnific

Trois personnes âgées de 80 à 95 ans sont décédées dimanche 21 juin à leur domicile en Gironde. Selon la préfète Sophie Brocas, ces décès sont probablement liés à l’épisode caniculaire exceptionnel qui frappe le département, placé en vigilance rouge. Un premier bilan humain qui rappelle que la chaleur extrême reste l’un des risques climatiques les plus meurtriers en France.

La canicule n’a pas encore atteint son pic qu’elle pourrait déjà avoir fait ses premières victimes. Dimanche 21 juin, trois personnes âgées de 80 à 95 ans sont décédées à leur domicile en Gironde. L’annonce a été faite dans la soirée par la préfète du département, Sophie Brocas, qui a évoqué des décès « probablement liés aux fortes chaleurs ». Les victimes résidaient dans l’agglomération bordelaise. Si les circonstances exactes de leur décès doivent encore être précisées, les autorités privilégient l’hypothèse d’un impact direct des températures extrêmes.

Placée en vigilance rouge par Météo-France depuis dimanche midi, la Gironde fait face à un épisode caniculaire précoce et particulièrement intense, avec des températures qui pourraient dépasser les 40 °C et des nuits qui peinent à redescendre sous les 22 °C.

Contrairement à d’autres risques météorologiques plus spectaculaires, la canicule agit en silence. Le corps humain dispose pourtant de mécanismes sophistiqués pour maintenir sa température autour de 37 °C. La transpiration permet d’évacuer la chaleur, tandis que les vaisseaux sanguins se dilatent pour favoriser les échanges thermiques avec l’extérieur. Mais lorsque les températures grimpent durablement, surtout la nuit, ces mécanismes s’épuisent. Les personnes âgées figurent parmi les plus vulnérables. Avec l’avancée en âge, la sensation de soif diminue, la transpiration devient moins efficace et l’organisme peine davantage à réguler sa température. 

Selon l’Assurance maladie, les personnes de plus de 65 ans, particulièrement lorsqu’elles vivent seules, souffrent d’une maladie chronique ou prennent plusieurs médicaments, présentent un risque accru de déshydratation et de coup de chaleur. Certains traitements, notamment les diurétiques, les médicaments contre l’hypertension, certains antidépresseurs ou neuroleptiques, peuvent également perturber la régulation thermique ou accentuer les pertes en eau. Or, un coup de chaleur constitue une urgence médicale absolue.

Le coup de chaleur, une urgence vitale

Le coup de chaleur survient lorsque la température corporelle augmente rapidement et dépasse les capacités de refroidissement de l’organisme. Selon le ministère de la Santé, il peut provoquer des troubles neurologiques graves, une défaillance de plusieurs organes et entraîner le décès en l’absence d’une prise en charge rapide. Les signes d’alerte doivent être connus :

  • une température corporelle élevée ;
  • une peau chaude, rouge et sèche ;
  • des maux de tête intenses ;
  • des nausées ou des vomissements ;
  • une confusion, une somnolence inhabituelle ;
  • des propos incohérents ou des malaises.

Chez les personnes âgées, ces symptômes peuvent être plus discrets et passer inaperçus. Une fatigue inhabituelle, une perte d’appétit, des vertiges ou une aggravation brutale de l’état général doivent alerter les proches. En cas de doute, il est recommandé d’appeler le 15 sans attendre.

Des décès souvent invisibles

La chaleur ne provoque pas toujours des décès directement identifiables. Contrairement à une noyade ou à un accident de la route, la canicule agit souvent comme un facteur aggravant. Les fortes températures peuvent déstabiliser des personnes déjà fragilisées par l’âge, une maladie chronique ou la prise de certains médicaments. Elles favorisent notamment la déshydratation, les troubles du rythme cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux et la décompensation de pathologies cardiovasculaires, respiratoires ou rénales.

C’est pourquoi les autorités sanitaires parlent généralement de décès « attribuables » ou « probablement liés » à la chaleur, plutôt que de décès directement causés par la canicule. Pour évaluer l’impact réel des épisodes de fortes chaleurs, Santé publique France analyse les données de mortalité en les comparant aux niveaux habituellement observés à la même période. Selon l’agence sanitaire, près de 37 000 décès ont été attribués à la chaleur en France entre 2014 et 2024. L’été 2024, marqué par plusieurs épisodes caniculaires, a été associé à plus de 3 700 décès. Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent la majorité de cette surmortalité, ce qui souligne leur vulnérabilité face aux températures extrêmes.

Vingt-trois ans après la canicule de 2003, la vigilance reste de mise

L’ombre de l’été 2003 continue de planer sur chaque épisode de chaleur extrême. Cette année-là, la France avait enregistré près de 15 000 décès supplémentaires en quelques semaines, principalement chez des personnes âgées isolées. Depuis, les pouvoirs publics ont renforcé les dispositifs de prévention.

Le plan national canicule prévoit notamment des systèmes d’alerte gradués, des registres communaux pour les personnes vulnérables et des campagnes d’information régulières. Mais le réchauffement climatique change la donne. Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus précoces et plus intenses. Selon Météo-France, les épisodes de canicule sont aujourd’hui environ cinq fois plus nombreux qu’avant 1989. Et ce qui était autrefois exceptionnel tend progressivement à devenir la norme.

Canicule : les gestes qui peuvent sauver des vies

Face à des températures extrêmes, quelques réflexes simples permettent de réduire les risques pour la santé. Le ministère de la Santé recommande notamment de :

  • boire régulièrement de l’eau, sans attendre d’avoir soif ;
  • maintenir son logement au frais en fermant volets et fenêtres pendant la journée ;
  • aérer les pièces aux heures les plus fraîches, tôt le matin ou tard le soir ;
  • éviter les efforts physiques et les sorties aux heures les plus chaudes ;
  • se rafraîchir plusieurs fois par jour en prenant des douches, en mouillant sa peau ou en utilisant un ventilateur avec précaution ;
  • passer plusieurs heures par jour dans un lieu climatisé ou rafraîchi lorsque cela est possible.

Mais la prévention ne repose pas uniquement sur des gestes individuels. Les proches, les voisins et les aidants ont un rôle essentiel à jouer. Un appel téléphonique, une visite ou un simple message peuvent permettre de détecter rapidement une situation à risque. Fatigue inhabituelle, confusion, somnolence, perte d’appétit, vertiges ou difficultés à se déplacer doivent alerter, en particulier chez les personnes âgées. Pendant les épisodes caniculaires, les autorités sanitaires recommandent de prendre régulièrement des nouvelles des personnes isolées, âgées ou souffrant de maladies chroniques.

Selon les tendances saisonnières de Météo-France, les températures ont de fortes chances d’être supérieures aux normales sur une grande partie de l’Europe occidentale entre juillet et septembre, y compris en France. Cela ne signifie pas que tout l’été sera caniculaire. Des périodes plus fraîches ou orageuses resteront possibles. En revanche, la probabilité de connaître de nouveaux épisodes de fortes chaleurs au cours des prochaines semaines est élevée. Surtout, cette canicule de juin s’inscrit dans une tendance de fond. Sous l’effet du réchauffement climatique, les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus précoces et plus intenses.

Selon Météo-France, les épisodes de canicule sont aujourd’hui environ cinq fois plus nombreux qu’à la fin des années 1980. L’organisme estime également que la France pourrait connaître des épisodes atteignant ou dépassant localement les 50 °C d’ici la fin du siècle si les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne diminuent pas fortement. Autrement dit, la question n’est plus de savoir si les étés seront plus chauds, mais à quelle vitesse ils le deviendront.

À SAVOIR 

Lorsque le thermomètre ne descend pas sous les 20 °C la nuit, on parle alors de « nuit tropicale », l’organisme ne parvient plus à récupérer de la chaleur accumulée pendant la journée. Ce manque de répit augmente le risque de déshydratation, de troubles cardiovasculaires et de coups de chaleur, en particulier chez les personnes âgées et les personnes fragiles. 

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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