On parle beaucoup des yeux, des reins, du cœur ou encore des pieds lorsqu’il est question des complications du diabète. Beaucoup moins de ce qui se passe sous la couette. De ces rapports entre diabète et troubles sexuels. Pourtant, la sexualité n’échappe pas aux effets de la maladie. En France, où 7,1 % des adultes de 18 à 79 ans déclaraient vivre avec un diabète en 2024, le sujet est loin d’être marginal.
Troubles de l’érection, sécheresse vaginale, douleurs ou perte de sensations peuvent notamment apparaître lorsque la maladie évolue depuis plusieurs années. Surtout si elle est mal équilibrée. Car un taux de sucre trop élevé dans le sang peut, avec le temps, endommager les nerfs et les petits vaisseaux sanguins qui jouent justement un rôle essentiel dans l’excitation et la réponse sexuelle.
Pourquoi le diabète peut-il perturber la sexualité ?
Une érection comme une bonne lubrification vaginale nécessitent notamment des nerfs capables de transmettre correctement les signaux et une circulation sanguine efficace vers les organes génitaux. Or, lorsque la glycémie, c’est-à-dire le taux de sucre dans le sang, reste trop élevée pendant longtemps, ces deux mécanismes peuvent être mis à mal. L’hyperglycémie chronique fragilise les artères et peut endommager les nerfs. Ce que l’on appelle une neuropathie diabétique. Le message nerveux circule alors moins bien et l’afflux de sang vers les organes génitaux peut être perturbé.
Ce phénomène ne survient évidemment pas chez toutes les personnes diabétiques. Le risque dépend notamment de l’ancienneté de la maladie, de son équilibre. En cause aussi, la présence d’autres facteurs qui abîment les vaisseaux, comme le tabac, l’hypertension artérielle, un excès de cholestérol ou encore le surpoids. Cela dit, il ne faut pas mettre systématiquement tous les problèmes sexuels sur le dos du diabète. L’âge, certains médicaments, le stress, la dépression, l’alcool ou tout simplement la peur de ne pas « y arriver » peuvent également intervenir.
Hommes, femmes : comment le diabète peut bouleverser la vie sexuelle
Chez les hommes, des troubles de l’érection parfois révélateurs
Pour qu’une érection se produise et se maintienne, le pénis doit recevoir suffisamment de sang. Lorsque les vaisseaux et les nerfs impliqués sont altérés, obtenir une érection suffisamment rigide ou la conserver pendant le rapport peut devenir plus difficile. Le diabète est d’ailleurs reconnu comme l’un des principaux facteurs de risque de dysfonction érectile. Au même titre que l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol, le tabagisme ou l’obésité.
Ce problème ne doit pas être considéré uniquement comme une affaire de sexualité. Une dysfonction érectile persistante peut également être un signal d’alerte sur l’état des vaisseaux sanguins. Les artères du pénis étant de petit calibre, une atteinte vasculaire peut s’y manifester avant de devenir symptomatique ailleurs. L’Association française d’urologie considère ainsi la dysfonction érectile comme un possible symptôme « sentinelle » d’une maladie cardiovasculaire.
Sécheresse vaginale, douleurs… les femmes aussi sont concernées
Chez les femmes, les conséquences du diabète sur la sexualité ont longtemps été moins mises en avant. Elles existent pourtant bel et bien. L’une des plus fréquentes est la sécheresse vaginale. Lorsque la lubrification devient insuffisante, les rapports peuvent devenir inconfortables, voire douloureux. La Fédération Française des Diabétiques indique que cette sécheresse toucherait deux fois plus souvent les femmes vivant avec un diabète.
Le diabète peut également favoriser certaines mycoses vaginales et infections urinaires, particulièrement lorsqu’il est déséquilibré. Autant de désagréments qui ne donnent évidemment pas très envie de multiplier les galipettes. L’atteinte des nerfs peut aussi modifier les sensations génitales. La neuropathie diabétique peut notamment altérer l’innervation du clitoris et ainsi diminuer les sensations et, chez certaines femmes, rendre l’orgasme plus difficile à atteindre.
La situation peut par ailleurs devenir plus complexe autour de la ménopause. La diminution des œstrogènes favorise elle-même la sécheresse vaginale et les douleurs pendant les rapports. Chez une femme diabétique ménopausée, plusieurs causes peuvent donc se superposer.
Une baisse de libido ? Le diabète n’est pas forcément directement responsable
Pas envie, moins envie ou plus envie du tout… Là encore, attention aux raccourcis. Le désir sexuel est beaucoup plus complexe qu’une simple question de glycémie. Vivre quotidiennement avec une maladie chronique peut être fatigant. Il faut penser aux traitements, surveiller sa glycémie, gérer parfois une pompe à insuline ou un capteur de glucose et composer avec la crainte d’une hypoglycémie. À cela peuvent s’ajouter le stress, l’anxiété, une baisse de l’estime de soi ou encore les difficultés rencontrées lors de précédents rapports. Tous peuvent finir par peser sur le désir.
Un cercle vicieux peut alors s’installer. Une douleur ou une panne d’érection provoque de l’appréhension lors du rapport suivant. Cette anxiété complique à son tour l’excitation, ce qui peut renforcer le problème. C’est aussi pour cette raison qu’un trouble sexuel chez une personne diabétique ne doit pas automatiquement être considéré comme une complication physique de la maladie. Le médecin peut rechercher d’autres explications, notamment un traitement médicamenteux, une cause hormonale, psychologique ou cardiovasculaire.
Diabète et sexualité : des solutions existent
La première étape consiste à ne pas laisser le problème s’installer dans le silence. Médecin traitant, diabétologue, gynécologue, urologue ou professionnel formé à la sexologie peuvent rechercher son origine et proposer une prise en charge adaptée. Mieux équilibrer son diabète est également important. L’objectif est notamment de limiter l’exposition prolongée des nerfs et des vaisseaux à une glycémie trop élevée et de prévenir l’apparition ou l’aggravation des complications.
L’activité physique fait partie de cette stratégie. Chez les personnes atteintes d’un diabète de type 2, elle améliore notamment l’utilisation de l’insuline par l’organisme et contribue à réduire plusieurs facteurs de risque associés aux complications vasculaires et neurologiques. Arrêter de fumer est tout aussi important. Le tabac abîme les artères et peut lui-même favoriser les troubles de l’érection. Limiter l’excès d’alcool, conserver une activité physique régulière et prendre en charge un éventuel surpoids font également partie des mesures recommandées.
Viagra, lubrifiants… quels traitements en cas de problème ?
Chez l’homme, les médicaments de la famille des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5, parmi lesquels le sildénafil, le tadalafil, le vardénafil ou l’avanafil, constituent le traitement médicamenteux de première intention de la dysfonction érectile. En clair, ils facilitent l’arrivée du sang dans le pénis en présence d’une stimulation sexuelle. Ils ne créent en revanche pas le désir.
Ils nécessitent un avis médical, notamment parce qu’ils présentent certaines contre-indications et peuvent interagir avec des traitements cardiovasculaires, en particulier les dérivés nitrés. D’autres solutions, comme l’alprostadil administré localement ou le vacuum, peuvent être proposées lorsque les comprimés sont inefficaces ou contre-indiqués.
Chez la femme, la prise en charge dépend également de la cause. Une sécheresse vaginale peut notamment être soulagée à l’aide de lubrifiants ou d’hydratants vaginaux. Des douleurs persistantes, des mycoses à répétition ou une modification importante des sensations doivent en revanche conduire à en parler au médecin ou au gynécologue afin d’en rechercher précisément l’origine.
Et parfois, la solution passe aussi par la parole. Lorsque l’anxiété, la peur de l’échec ou les difficultés au sein du couple entretiennent le problème, un accompagnement sexologique ou psychologique peut compléter la prise en charge médicale.
À SAVOIR
Un rapport sexuel peut être considéré par l’organisme comme une activité physique et, chez certaines personnes diabétiques, faire baisser suffisamment la glycémie pour provoquer une hypoglycémie. La Fédération Française des Diabétiques conseille notamment aux personnes concernées de garder de quoi se resucrer à portée de main et d’adapter la surveillance de leur glycémie. La peur qu’une « hypo » survienne en plein rapport porte même un nom : l’« hypo-anxiété ».



