C’est un fait, leur nom laisse entendre qu’ils ne seraient qu’une mise en bouche avant la « vraie » sexualité. « Au lieu de préliminaires, je préférerais que l’on parle de jeux érotiques », plaide Fanny Carbonneaux, sexologue à Sallanches. Une expression qui a le mérite de rappeler qu’il n’existe ni début officiel, ni plat principal, ni ligne d’arrivée. Seulement des moments de plaisir à partager.
Préliminaires, pourquoi c’est important ?
« Ce qui précède, annonce quelque chose de principal » : la définition du Larousse appuie l’idée qu’il existerait une hiérarchie des pratiques sexuelles, avec la pénétration au sommet. Une vision très réductrice.
« Le principal organe de plaisir de la femme, c’est le clitoris », rappelle Fanny Carbonneaux. Or, celui-ci est stimulé dans de nombreuses pratiques qui ne nécessitent aucune pénétration. Baisers, caresses, sexe oral, masturbation mutuelle, massages… Toutes ces expériences procurent du plaisir et peuvent, à elles seules, constituer un rapport sexuel pleinement satisfaisant.
En fait, changer de regard sur les préliminaires, c’est aussi sortir d’une sexualité centrée sur la performance ou l’orgasme à tout prix. Le plaisir ne suit pas un scénario unique, et il n’y aucune obligation à aller plus loin si les partenaires se sentent déjà comblés.
Quelle est la durée idéale des préliminaires ?
Combien de temps devraient durer les préliminaires ? « Il n’y a pas de norme », répond Fanny Carbonneaux. « Le rapport sexuel peut être très rapide. Il peut durer un peu plus longtemps. Et, parfois, un peu comme dans un restaurant gastronomique, on va prendre son temps, et les préliminaires vont prendre une grande place. »
À chacun donc de composer avec son envie, son énergie, son humeur ou le moment de la journée. Une chose est néanmoins certaine : le désir ne s’allume pas comme un interrupteur. « L’homme est comme un chalumeau. Son excitation monte très vite. Et comme il a peur de perdre son érection, il veut aller vite. »
À l’inverse, beaucoup de femmes ont besoin de davantage de temps pour atteindre un niveau d’excitation optimal. Prendre son temps permet souvent de mieux synchroniser les rythmes, d’augmenter la lubrification naturelle, de relâcher les tensions et de rendre les sensations plus intenses.
Mais là encore, inutile de regarder la montre. Certains jours, quelques minutes suffisent. D’autres fois, les jeux érotiques peuvent durer une heure… voire constituer l’ensemble de la relation sexuelle.
Comment faire monter le plaisir de l’autre ?
En réalité, les possibilités sont presque infinies. S’embrasser longuement. Se caresser. Se masser. Partager une douche. Pratiquer un cunnilingus, une fellation ou une masturbation mutuelle. Se murmurer un fantasme à l’oreille. S’allonger nus l’un contre l’autre : toutes ces pratiques nourrissent l’intimité.
Le secret ? Varier les plaisirs. Le cerveau adore la nouveauté. Le plus important reste d’écouter ses propres envies et celles de son partenaire. Il n’existe aucun scénario universel. Ce qui compte, c’est le consentement, et le plaisir partagé. Avec les préliminaires, il ne s’agit pas d’aller le plus vite possible vers un objectif -la pénétration ou l’orgasme- mais de savourer le chemin. C’est souvent lui qui laisse les plus beaux souvenirs.
Préliminaires : méfiez-vous de la pornographie !
Aujourd’hui, les réseaux sociaux et surtout la pornographie façonnent notre imaginaire sexuel. Avec un risque : croire que la sexualité doit ressembler à un film. « Ils influencent les attentes. Chez les hommes, troubles de l’érection et éjaculation précoce sont deux conséquences de plus en plus fréquentes de la pornographie », observe Fanny Carbonneaux.
« Avec la pornographie, seul le sens visuel est sollicité. Le goût, l’odorat s’effacent. » Dans la réalité, au contraire, le désir naît d’une multitude de sensations : le parfum de l’autre, la douceur de sa peau, la chaleur d’une étreinte, une respiration, une voix.
Comment réveiller le désir ?
D’abord, en soignant la mise en scène. Une chambre rangée, quelques bougies, une playlist sensuelle, un dîner en tête-à-tête ou un bain partagé permettent de quitter le rythme effréné du quotidien. Le massage est une autre valeur sûre. Une huile chauffante ou parfumée permet d’explorer le corps sans objectif précis.
Attention ! L’idée n’est pas de se précipiter vers les zones génitales, mais de faire monter le désir progressivement en s’attardant sur le dos, les jambes, les épaules ou la nuque. Un foulard pour bander les yeux, des menottes, ou un sextoy peuvent enrichir les jeux érotiques, à condition qu’ils soient utilisés dans un climat de confiance et de consentement. Enfin, rien ne stimule davantage le désir que de quitter la routine.
« Quand c’est possible au niveau financier, je conseille aux couples de partir en week-end ou en vacances à deux. » Changer de décor, découvrir une nouvelle chambre d’hôtel ou simplement s’accorder une soirée sans contraintes familiales suffit parfois à retrouver cette excitation des débuts.
À SAVOIR
Contrairement aux idées reçues, une sexualité épanouie n’est pas innée. Elle se construit tout au long de la vie. « Lire des livres consacrés à la sexualité, consulter un sexologue en cas de difficultés, ou simplement échanger avec des proches permet de déconstruire bien des idées reçues. »




