Grands prématurés : la musique pourrait aider leur cerveau à mieux se développer

le 2 octobre 2026 à 12h51
Une maman qui tient la main de son bébé né prématurément.
Le peau-à-peau favorise également le développement cérébral des bébés prématurés. © Magnific
Plusieurs travaux menés notamment aux Hôpitaux universitaires de Genève suggèrent que des morceaux spécialement conçus pour les grands prématurés pourraient favoriser certains mécanismes de maturation cérébrale pendant leur hospitalisation. On vous explique tout... sans fausse note !
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Dans une unité de soins intensifs néonatals, le silence est rare. Alarmes, appareils de surveillance, conversations, portes qui s’ouvrent et gestes médicaux rythment le quotidien. Pour un bébé né plusieurs semaines avant terme, cet environnement sonore n’a pourtant rien à voir avec celui qu’il aurait dû connaître encore quelque temps dans le ventre de sa mère.

C’est pourtant à ce moment-là que le cerveau du bébé est en pleine construction. Alors, pourquoi ne pas lui offrir un environnement sonore plus doux et mieux adapté ? C’est la piste explorée depuis plusieurs années par des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ils font écouter aux grands prématurés des morceaux spécialement composés pour eux. Et les premiers résultats sont plutôt encourageants.

Un cerveau qui poursuit sa construction hors du ventre maternel

Une naissance est considérée comme prématurée lorsqu’elle survient avant 37 semaines d’aménorrhée. C’est-à-dire avant 37 semaines comptées depuis le début des dernières règles. On parle de grand prématurité lorsqu’un bébé naît entre 28 et 31 semaines d’aménorrhée. Et d’extrême prématurité avant 28 semaines. En France, 6,7 % des naissances vivantes étaient prématurées en 2024, contre 7,3 % en 2012. L’extrême prématurité, entre 22 et 27 semaines d’aménorrhée, reste beaucoup plus rare mais a progressé sur cette période, passant de 0,31 % à 0,43 % des naissances.

Le problème n’est pas simplement qu’un prématuré est « plus petit ». Sa naissance intervient alors que son cerveau est encore en plein chantier. Des connexions se mettent en place, les réseaux cérébraux s’organisent et les tissus poursuivent leur maturation. Or ce travail, normalement réalisé dans l’environnement relativement protégé de l’utérus, doit soudain se poursuivre à l’extérieur, avec des stimulations très différentes. Les chercheurs s’intéressent donc à la manière d’enrichir l’environnement sensoriel de ces bébés sans, évidemment, les surstimuler.

Musique : quels sont les bienfaits sur les prématurés ? 

Des morceaux composés spécialement pour les prématurés

Pas question de poser une enceinte à côté de la couveuse et de lancer une playlist au hasard. Le programme développé à Genève s’appuie sur des compositions pensées spécifiquement pour ces très jeunes auditeurs. Le musicien suisse Andreas Vollenweider a composé des morceaux adaptés aux réactions des nouveau-nés. L’objectif était de proposer des sons agréables, structurés et adaptés à leur état d’éveil, plutôt que d’ajouter encore du bruit à un environnement déjà chargé. Nuance !

Dans un essai clinique mené aux HUG entre 2017 et 2020, 54 enfants nés avant 32 semaines d’aménorrhée ont ainsi été répartis aléatoirement entre un groupe bénéficiant d’une intervention musicale quotidienne et un groupe témoin. Des IRM ont été réalisées autour de 33 semaines. Puis, à l’âge correspondant au terme de la grossesse, autour de 40 semaines. L’objectif était de voir si, pendant ces quelques semaines cruciales, le cerveau évoluait différemment chez les bébés exposés à la musique.

Des différences visibles jusque dans le cerveau

Les effets observés concernent notamment le cortex cérébral. Autrement dit, la couche externe du cerveau impliquée dans de nombreuses fonctions, des sensations aux capacités cognitives. Les analyses en IRM de diffusion ont mis en évidence des différences dans la trajectoire de maturation de certaines régions corticales chez les prématurés ayant bénéficié de l’intervention musicale.

D’autres résultats vont dans le même sens. Parmi 30 prématurés, 15 avaient été exposés à la musique et 15 ne l’avaient pas été. Un troisième groupe de 15 bébés nés à terme servait également de comparaison. Une maturation structurelle plus importante a été observée dans certaines voies cérébrales impliquées dans le traitement des émotions chez les prématurés exposés à la musique.

La musique pourrait aussi jouer sur la façon dont différentes régions du cerveau communiquent entre elles. Des IRM réalisées entre environ 33 et 40 semaines ont montré que l’exposition musicale était associée à des différences dans la maturation de certaines connexions cérébrales.

La musique semble aussi calmer le corps

Et le cerveau n’est visiblement pas le seul à réagir. Chez des grands prématurés nés avant 32 semaines, quelques minutes de musique spécialement composée pour eux semblent également favoriser un état d’apaisement. Lors de l’écoute d’un morceau de six minutes, les bébés exposés à la musique ont notamment montré moins de signes comportementaux de détresse, dont moins de clignements des yeux.

Après l’écoute, leur rythme cardiaque présentait également des variations associées à une plus forte activité du système nerveux parasympathique. Cette branche du système nerveux autonome participe notamment au ralentissement du rythme cardiaque ainsi qu’aux mécanismes de repos et de récupération de l’organisme. Ces observations suggèrent que la musique pourrait aider les prématurés à mieux réguler leur réponse physiologique au stress.

Pourquoi quelques notes pourraient-elles avoir un effet ?

Avant la naissance, un bébé ne grandit pas dans le silence. Dans le ventre de sa mère, il entend les battements du cœur, la respiration, la voix maternelle ou encore les sons venus de l’extérieur, naturellement atténués. Pour un grand prématuré, ce décor sonore change brutalement. Il passe beaucoup plus tôt que prévu à celui de la néonatologie. Entre alarmes, appareils médicaux, conversations et soins, alors même que son cerveau est encore en pleine construction.

À cette période, les connexions entre les neurones se développent. Elles se réorganisent notamment en fonction des stimulations reçues. Une musique douce, régulière et adaptée pourrait ainsi apporter des repères sonores plus structurés. Ils pourraient aussi accompagner certains mécanismes de maturation du cerveau, tout en favorisant un état d’apaisement.

La musique pourrait aussi agir entre les deux hémisphères

Les morceaux spécialement conçus pour les prématurés ne sont pas les seuls à avoir été testés. D’autres travaux se sont intéressés à des musiques déjà existantes. Leurs résultats apportent un nouvel éclairage sur la maturation du cerveau. Ainsi, chez 42 bébés prématurés ayant écouté chaque jour pendant huit minutes une berceuse de Brahms, durant un maximum de 15 séances, les IRM ont montré une augmentation plus rapide de la longueur du corps calleux que chez les prématurés qui n’avaient pas bénéficié de cette écoute.

Le corps calleux est un important faisceau de fibres nerveuses. Il relie les hémisphères droit et gauche du cerveau. Ce corps calleux permet aux informations de circuler entre eux. Sa croissance fait partie de la maturation cérébrale qui se poursuit normalement pendant les dernières semaines de grossesse. Cette différence observée à l’IRM ne signifie toutefois pas que ces bébés auront nécessairement de meilleures capacités cognitives plus tard. Elle montre surtout que l’exposition à la musique pourrait être associée à des changements mesurables dans le développement de certaines structures cérébrales.

Des effets qui pourraient dépasser le séjour en néonatologie

Reste à savoir si certaines différences persistent au-delà des premières semaines de vie. Une étude publiée en 2024 a suivi 119 enfants jusqu’à leurs 2 ans, dont 83 grands prématurés. Parmi eux, 44 avaient écouté régulièrement des morceaux spécialement conçus pour eux, à partir de 33 semaines et jusqu’à leur sortie de l’hôpital.

À 12 puis 24 mois, leur développement a été évalué, notamment sur le plan émotionnel et comportemental. Certaines différences ont été retrouvées dans des dimensions liées au développement émotionnel et à la régulation du comportement. Ces observations restent toutefois trop limitées pour affirmer que la musique permet de prévenir les difficultés de développement auxquelles les enfants nés grands prématurés sont davantage exposés.

À SAVOIR 

La voix de maman pourrait elle aussi stimuler le cerveau des prématurés. Dans un essai mené sur 46 bébés nés très prématurément, ceux qui écoutaient régulièrement un enregistrement de leur mère lisant une histoire présentaient à l’IRM une maturation plus avancée d’une voie cérébrale impliquée dans le langage. Les enregistrements étaient diffusés 2 h 40 par jour pendant quelques semaines.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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