Prématurité : quelles conséquences sur la santé du bébé à long terme ?

Un professionnel de santé examine un nouveau-né installé dans une couveuse à l’hôpital.
Une naissance avant 37 semaines d’aménorrhée est considérée comme prématurée. Plus elle survient tôt, plus l’immaturité des organes peut nécessiter des soins néonatals importants. ©sviatlanalazarenka / Canva
Naître prématurément peut laisser des fragilités durables. Si la majorité des enfants nés trop tôt grandissent en bonne santé, certains présentent un risque accru de difficultés neurologiques, respiratoires, cardiovasculaires ou métaboliques, parfois jusqu’à l’âge adulte. Pourquoi le terme de naissance influence-t-il autant la santé future ? Quelles conséquences peuvent apparaître plusieurs années après ? Les poumons, le cœur ou les reins peuvent-ils rester fragilisés à long terme ? Et jusqu’à quel âge un suivi médical est-il nécessaire ? On vous explique tout.
Sommaire

Naître plusieurs semaines trop tôt signifie que certains organes, comme le cerveau, les poumons, les reins ou le système cardiovasculaire, poursuivent encore leur maturation hors de l’utérus. En France, environ 55 000 à 60 000 bébés naissent prématurément chaque année. Soit près de 7 % des naissances et l’équivalent d’un enfant toutes les huit minutes.

La prématurité correspond à une naissance avant 37 semaines d’aménorrhée, mais toutes les situations ne se valent pas. La majorité des enfants naissent entre 32 et 37 semaines, tandis que les formes les plus précoces restent moins fréquentes. Plus la naissance survient tôt, plus les organes encore immatures peuvent être exposés à des complications immédiates et à certaines vulnérabilités à plus long terme.

La plupart des enfants nés prématurément grandissent néanmoins en bonne santé. Même si certaines études mettent en évidence, dans certains groupes, un risque accru de troubles respiratoires, cardiovasculaires, métaboliques ou neurodéveloppementaux à long terme.

À l’échelle mondiale, environ 13,4 millions d’enfants naissent prématurément chaque année. Soit plus d’une naissance sur dix. Les conséquences varient surtout selon le terme de naissance, l’état de santé initial et les complications survenues après l’accouchement.

Prématuré, une naissance avant 37 semaines de grossesse

Un enfant est donc considéré comme prématuré lorsqu’il naît avant 37 semaines d’aménorrhée (SA). Cette définition recouvre toutefois des situations très différentes. On distingue notamment les enfants nés entre 24 et 26 SA, correspondant à une prématurité extrême, ceux nés entre 27 et 31 SA et ceux nés entre 32 et 34 SA. Plus la naissance survient tôt, plus les organes sont immatures et plus le risque de complications augmente.

Cette vulnérabilité s’explique notamment par l’importance du troisième trimestre de grossesse dans la maturation des organes. Durant cette période, le cerveau poursuit le développement de ses connexions nerveuses. Tandis que les poumons continuent de former leurs structures d’échange et de produire du surfactant, une substance indispensable au bon fonctionnement des alvéoles pulmonaires. L’œil, l’intestin et les reins poursuivent également leur développement.

Une naissance prématurée ne provoque donc pas systématiquement des lésions organiques. Elle expose néanmoins l’enfant à la vie extra-utérine alors que certaines étapes essentielles de sa maturation ne sont pas achevées. Les éventuelles complications néonatales et les soins nécessaires, notamment sur le plan respiratoire, peuvent ensuite influencer son développement à plus long terme.

Des difficultés neurologiques parfois détectées plusieurs années après

Les conséquences sur le développement du cerveau font partie des effets les plus étudiés chez les enfants prématurés. Elles peuvent toucher les apprentissages à l’école, l’attention, le comportement, la motricité ou encore la gestion des émotions.

Certaines difficultés deviennent vraiment visibles quand l’enfant grandit et doit utiliser des capacités cognitives plus complexes.

À 10 ans, 16 % des enfants nés prématurément présentaient des troubles du comportement, contre 12 % chez ceux nés à terme. Ce qui est encore plus parlant, c’est que parmi les enfants qui ne recevaient aucun suivi développemental ni soutien scolaire à 5 ans, 27 % en avaient finalement besoin à 10 ans.

Cela montre bien qu’un développement qui semble normal dans la petite enfance ne garantit pas qu’il n’y aura pas de difficultés plus tard. L’entrée à l’école, les exigences scolaires qui augmentent et le fait de devenir plus autonome peuvent petit à petit faire apparaître des troubles jusque-là peu visibles.

Il ne faut pas forcément arrêter de suivre ces enfants juste parce que leurs premières années se passent sans problème apparent.

Des capacités respiratoires qui peuvent rester fragilisées à l’âge adulte

Les poumons figurent parmi les organes particulièrement sensibles aux conséquences d’une naissance prématurée. Lorsqu’un enfant naît avant terme, leur développement se poursuit alors qu’ils n’ont pas encore atteint leur pleine maturité. Certains nouveau-nés peuvent également développer une dysplasie bronchopulmonaire. A savoir une maladie respiratoire chronique associée à l’immaturité pulmonaire et, notamment, aux besoins en oxygène ou en assistance respiratoire après la naissance.

Les personnes nées prématurément peuvent conserver, plusieurs années après leur naissance, des différences dans leur fonction respiratoire. Celles-ci concernent notamment certains volumes pulmonaires, la capacité des poumons à assurer les échanges gazeux et la résistance des voies respiratoires.

Ces fragilités respiratoires peuvent nécessiter une surveillance particulière jusqu’à l’adolescence, voire au début de l’âge adulte. Pour autant, naître prématurément ne signifie pas développer systématiquement une maladie respiratoire chronique. En fait, les conséquences à long terme sont généralement plus marquées chez les personnes nées très prématurément. En particulier lorsqu’une dysplasie bronchopulmonaire a compliqué les premières semaines de vie.

Une vulnérabilité cardiovasculaire qui se dessine au fil des années

Au-delà du développement neurologique et respiratoire, la prématurité pourrait également laisser une empreinte durable sur le fonctionnement du cœur et des vaisseaux sanguins. Les recherches consacrées à cette question se multiplient, avec des résultats qui suggèrent une vulnérabilité cardiovasculaire plus importante chez certaines personnes nées avant terme.

Les anciens prématurés présentent notamment une pression artérielle légèrement plus élevée en moyenne, ainsi que certaines différences dans la structure et le fonctionnement cardiaques. À l’échelle des populations étudiées, des associations ont également été observées avec un risque accru d’hypertension artérielle, d’insuffisance cardiaque, de maladies coronariennes et d’accidents vasculaires cérébraux.

Il convient néanmoins de distinguer ces associations statistiques du risque individuel. Chez les jeunes adultes, la probabilité absolue de développer ces pathologies reste faible et varie fortement selon les circonstances de la naissance. Les risques apparaissent notamment plus importants après une naissance très précoce ou lorsque le parcours néonatal a été marqué par des complications.

Les reins et le métabolisme également concernés

Les conséquences potentielles de la prématurité ne se limitent pas aux systèmes nerveux, respiratoire et cardiovasculaire. Plusieurs recherches mettent également en évidence des associations avec un risque plus élevé de maladie rénale chronique et de diabète à l’âge adulte.

Cette vulnérabilité rénale s’explique en partie par le développement des reins pendant la grossesse. Une naissance très précoce peut intervenir alors que leur maturation n’est pas achevée. Ce qui conduit les chercheurs à étudier les répercussions possibles sur leur fonctionnement plusieurs décennies plus tard.

Les conséquences d’une naissance prématurée ou d’un faible poids de naissance peuvent persister jusqu’à l’âge adulte et s’accompagner d’un risque accru de certaines maladies chroniques, notamment le diabète. Là encore, ces observations décrivent des tendances à l’échelle des populations et ne permettent pas de prédire l’état de santé futur d’une personne en particulier.

Plus la naissance est précoce, plus les risques augmentent

L’âge gestationnel reste l’un des principaux facteurs permettant d’évaluer les risques associés à la prématurité. Les conséquences à long terme ne concernent pas tous les enfants dans les mêmes proportions.

À 10 ans, le recours à plusieurs soins liés au développement concernait 27 % des enfants nés entre 24 et 26 semaines d’aménorrhée, contre 11 % de ceux nés entre 32 et 34 semaines. Cet écart illustre l’importance du terme de naissance dans l’évolution de la santé et du développement des enfants prématurés.

D’autres facteurs interviennent néanmoins dans leur trajectoire. Le poids à la naissance, la présence éventuelle de lésions cérébrales, les complications respiratoires, la croissance ou encore l’environnement familial et social peuvent influencer leur développement. Deux enfants nés au même terme ne présenteront donc pas nécessairement les mêmes difficultés ni les mêmes besoins de suivi.

Un suivi médical qui peut se prolonger jusqu’à l’adolescence

Les besoins de surveillance évoluent naturellement avec l’âge. Pendant les premières années, les professionnels de santé portent une attention particulière au développement neurologique, à la motricité, aux capacités sensorielles et à la croissance. À mesure que l’enfant grandit, les apprentissages, le comportement et les capacités d’attention prennent une place plus importante dans le suivi.

À l’adolescence et au début de l’âge adulte, d’autres paramètres peuvent également être pris en compte. Notamment la fonction respiratoire, la pression artérielle, la santé cardiovasculaire, le métabolisme ou encore le bien-être psychologique. Cette surveillance ne signifie pas que tous les anciens prématurés doivent subir systématiquement les mêmes examens. Elle doit être adaptée à leur âge gestationnel, aux complications rencontrées après la naissance et à leur évolution individuelle.

En résumé, la majorité des enfants nés prématurément évoluent favorablement, et une naissance avant terme ne permet pas de prédire précisément l’état de santé d’une personne vingt ou trente ans plus tard. Conserver cette information dans ses antécédents médicaux peut néanmoins s’avérer utile tout au long de la vie. Elle permet aux professionnels de santé de mieux identifier certaines vulnérabilités, d’adapter la prévention et, lorsque cela est nécessaire, de repérer plus précocement d’éventuelles complications.

À SAVOIR

En 1881, Stéphane Tarnier a adapté à la Maternité de Paris une couveuse inspirée des incubateurs utilisés pour les volailles, ce qui a amélioré la prise en charge des bébés prématurés․ À partir de 1896, Martin Couney a popularisé ces appareils lors d’expositions, puis à Coney Island, où les soins étaient financés par les visiteurs et restaient gratuits pour les familles․ Il disait avoir accueilli 8 000 bébés et en avoir sauvé 6 500․

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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