
La Journée mondiale de la santé sexuelle, ce jeudi 4 septembre, livre un rappel essentiel : la santé intime n’est pas un sujet secondaire, mais bien un pilier du bien-être. À cette occasion, les résultats de la grande enquête nationale CSF-2023, menée par l’Inserm et l’ANRS-Maladies infectieuses émergentes, livrent une photographie inédite de la sexualité en France. Premier rapport sexuel, usage du préservatif, prévention des IST, violences sexuelles, pratiques numériques… On fait le point.
La santé sexuelle ne se limite pas à éviter une grossesse ou à se protéger contre les infections sexuellement transmissibles (IST). L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la définit comme un état de bien-être physique, mental et social, qui suppose une approche positive et respectueuse de la sexualité, du plaisir et du consentement.
Or, en France, parler de sexualité reste souvent difficile, surtout entre parents et enfants. Comme le rappelle la gynécologue Dre Susanna Unsworth, spécialiste de santé sexuelle : “Le silence peut être dangereux. Les IST, souvent asymptomatiques, peuvent avoir de lourdes conséquences si elles ne sont pas dépistées à temps”.
Pourquoi la santé sexuelle est un enjeu de société ?
Le premier rapport sexuel : plus tardif, mais moins protégé
Les jeunes Français attendent un peu plus longtemps qu’avant. L’âge médian du premier rapport est de 18,2 ans pour les femmes et 17,7 ans pour les hommes. Mais ce recul ne s’accompagne pas d’une meilleure protection. Au contraire, seuls 75 % des jeunes femmes et 84 % des jeunes hommes utilisent un préservatif lors de leur premier rapport, alors qu’ils étaient plus de 95 % au début des années 2000.
Un chiffre qui inquiète, d’autant que les IST progressent en France. Selon Santé publique France, plus de 100 000 cas de chlamydia et de gonorrhée ont été diagnostiqués en 2022, soit plus du double en dix ans.
IST et papillomavirus : des infections encore trop banalisées
Les IST restent un problème majeur de santé publique. La chlamydia, par exemple, est la plus fréquente chez les 15-24 ans. Elle est souvent silencieuse mais peut provoquer des séquelles graves comme l’infertilité. La gonorrhée, de plus en plus résistante aux antibiotiques, inquiète les autorités sanitaires.
Autre menace, le papillomavirus humain (HPV), qui peut dégénérer en cancers du col de l’utérus, de l’anus ou de la gorge. Chaque année, près de 3 000 nouveaux cas de cancers liés au HPV sont diagnostiqués en France.
La vaccination, désormais proposée gratuitement aux filles et aux garçons dès 11 ans, reste l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir ces cancers. Pourtant, la couverture vaccinale reste insuffisante (environ 46 % des jeunes filles et 30 % des garçons de 16 ans étaient vaccinés en 2022, selon Santé publique France).
Une sexualité plus diversifiée, mais aussi plus exposée
En moyenne, les femmes déclarent 7,9 partenaires au cours de leur vie et les hommes 16,4. Masturbation, sexe oral, rapports anaux… Les pratiques se sont diversifiées et sont davantage assumées, en particulier chez les jeunes.
Autre signe d’une transformation sociale : près d’un quart des jeunes femmes de 18-29 ans se définissent aujourd’hui comme non strictement hétérosexuelles. Un chiffre en forte hausse par rapport aux générations précédentes.
Mais cette ouverture s’accompagne aussi de nouveaux risques, notamment avec l’essor du numérique. Près d’un jeune sur deux a déjà eu une expérience sexuelle en ligne (rencontres, échanges d’images intimes). Et ces pratiques peuvent être sources de violences : un tiers des jeunes femmes et un quart des jeunes hommes disent avoir déjà subi une expérience préjudiciable (harcèlement, diffusion non consentie de photos).
Violences sexuelles : une réalité persistante et inquiétante
30 % des femmes et 9 % des hommes de 18 à 69 ans déclarent avoir subi un rapport sexuel forcé ou une tentative de rapport forcé.
Chez les femmes de 18-29 ans, cette proportion grimpe à plus d’une sur trois. Si une meilleure capacité à nommer les violences joue un rôle dans cette hausse, elle témoigne aussi d’une réalité persistante et d’une urgence éducative : apprendre dès le plus jeune âge ce qu’est le consentement.
Pourquoi il faut en parler tôt et sans honte
Tous les experts s’accordent à dire que la prévention doit commencer très tôt. Aborder la sexualité à la maison, dès l’enfance et de façon adaptée à l’âge, n’encourage pas à “passer à l’acte”, mais permet de donner aux jeunes des repères clairs et fiables.
Évoquer les IST, la contraception, le respect mutuel, l’estime de soi et la notion de consentement aide les adolescents à prendre des décisions éclairées. En parler, c’est aussi réduire la honte et la culpabilité qui freinent souvent le recours au dépistage ou à la contraception.
À SAVOIR
Où trouver de l’aide et des informations fiables ?
Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 (gratuit, anonyme, 24h/24).
Le Planning familial : accompagnement, contraception, IVG, écoute.
CeGIDD (Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic) : dépistage VIH et IST gratuit et anonyme.Santé publique France : campagnes officielles, infos sur le HPV et la vaccination.







