La nouvelle loi sur la profession infirmière marque-t-elle un véritable tournant ?
Oui, c’est une avancée majeure. Cette loi reconnaît enfin l’autonomie professionnelle des infirmiers, la consultation infirmière et l’élargissement de leurs compétences. Elle sécurise des pratiques que nous exercions déjà, notamment dans l’évaluation, l’orientation et le suivi des patients. Nous comptons aujourd’hui 630 000 infirmiers inscrits à l’Ordre, dont 145 000 libéraux. C’est une force considérable, dont les compétences ne sont pas toujours utilisées à leur juste valeur. Cette reconnaissance doit permettre d’améliorer l’accès aux soins et de fluidifier les parcours des patients dans un système de santé en souffrance.
Concrètement, qu’est-ce qui va changer pour les patients ?
Prenons l’exemple d’un patient qui présente une plaie. Jusqu’ici, l’infirmier devait parfois l’envoyer chez le médecin pour obtenir une prescription, alors qu’il savait parfaitement quels soins réaliser. Avec les nouvelles compétences, il pourra prendre en charge certaines situations, prescrire les pansements nécessaires et orienter le patient vers un médecin en cas de complication. Même chose pour un pansement douloureux. L’infirmier pourra, dans le cadre prévu, prescrire du paracétamol avant le soin. C’est une manière de simplifier le quotidien des patients et de libérer la pratique infirmière.
Ces nouvelles responsabilités répondent-elles au manque de médecins ?
Je refuse l’idée selon laquelle nous élargissons les compétences infirmières uniquement parce qu’il manque des médecins. Ces compétences existaient déjà ! La crise du Covid a notamment montré notre capacité à organiser, coordonner et prendre des décisions. L’enjeu est désormais de savoir quel professionnel peut intervenir, à quel moment et pour quel besoin. Cela suppose une meilleure coordination entre médecins, infirmiers et pharmaciens.
La formation des infirmiers est-elle adaptée à ces évolutions ?
Oui, elle évolue profondément avec son intégration à l’université. Les étudiants qui commencent cette année obtiendront, dans trois ans, un diplôme délivré par l’université. Le référentiel passe de dix à treize compétences, avec notamment la prescription, la santé environnementale et le numérique. Le défi sera aussi d’accompagner les professionnels déjà en exercice pour qu’ils puissent acquérir ces nouvelles compétences.
Le métier attire-t-il toujours les jeunes ?
Oui, la formation infirmière reste parmi les plus demandées sur Parcoursup. Mais nous constatons des abandons importants, parfois jusqu’à 30 % en première année. Cela interroge notre système de sélection et d’accompagnement. D’autant que les besoins vont considérablement augmenter. À l’horizon 2050, il faudrait atteindre environ 820 000 infirmiers pour faire face au vieillissement de la population, aux maladies chroniques et au développement des soins à domicile.
Comment éviter que les infirmiers quittent la profession ?
Il faut non seulement attirer de nouveaux professionnels, mais surtout leur donner envie de rester. Cela passe par une juste reconnaissance de leurs compétences et de meilleures perspectives de carrière. Je crois beaucoup à la diversification des parcours, par exemple en permettant de partager son activité entre l’hôpital et l’exercice libéral. Tous les infirmiers ne deviendront pas spécialistes ou chercheurs. Il faut aussi valoriser ceux qui restent au quotidien auprès des patients. La loi ouvre de nouvelles perspectives, mais sa réussite dépendra de sa mise en œuvre concrète sur le terrain.
À SAVOIR
La loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 relative à la profession d’infirmier, dont les arrêtés d’application sont entrés en vigueur à la fin de juin 2026, réforme en profondeur l’exercice des infirmiers en France. Sont notamment reconnus le diagnostic infirmier, les consultations infirmières et le pouvoir de prescription de certains produits de santé. La loi acte aussi l’élargissement des IPA (Infirmier en Pratique Avancée) avec des formations de niveau master (Bac+5).




