Route du Rhum et gestion du sommeil : pour les skippers, une histoire à dormir debout

le 2 novembre 2026 à 11h29
Des voiliers de course amarrés dans le port de Saint-Malo, ville de départ de la Route du Rhum.
Seuls à bord pendant la traversée, les skippers répartissent leur sommeil en plusieurs siestes, de jour comme de nuit. © Magnific
Au lendemain du départ de Saint-Malo, les 115 skippers de la Route du Rhum ont passé leur première nuit en mer, direction la Guadeloupe. Une traversée de plusieurs jours à plusieurs semaines selon les bateaux. Seuls à bord, impossible pour eux de passer le relais à un équipier. Manœuvres, météo, surveillance… Comment trouvent-ils le temps de dormir ?
Sommaire

Sur une régate au long court comme la Route du Rhum, le bruit, les secousses du bateau et la tension de la course ne facilitent pas l’endormissement. Même lorsqu’une accalmie se présente, difficile de débrancher avec une voile à régler ou un changement de vent à anticiper. Pourtant, le repos compte autant dans la performance que les choix de navigation. Car à mesure que la fatigue s’installe, une décision mal évaluée ou une manœuvre ratée peut coûter cher. Pour récupérer, les navigateurs répartissent alors leur repos sur l’ensemble des 24 heures, de jour comme de nuit. Cette organisation s’appelle le sommeil « polyphasique ».

Des siestes pour additionner les heures

Le principe est de dormir peu à chaque pause, mais de recommencer régulièrement. Cette organisation, appelée sommeil « polyphasique », répartit le repos sur le jour et la nuit. Le kit pédagogique de la Route du Rhum 2022 évoque ainsi des épisodes d’environ vingt minutes. En les additionnant, les navigateurs cherchent à cumuler plusieurs heures de sommeil sans quitter trop longtemps les commandes.

“C’est le nerf de la guerre. Si j’aurais dormi deux fois 23 minutes en 24 heures, j’ai bien récupéré “, explique Thomas Coville,, qui espère boucler dans quelques jours sa huitième Route du Rhum.

Tom Laperche, leader de la course actuellement, tombe aussi rarement dans les bras de Morphée. ” On est un peu à la merci de la météo, en espérant avoir des conditions propices pour pouvoir se reposer. En l’occurrence, du vent plutôt stable car ce n’est pas évident de s’endormir quand il y a du monde devant ou que le bateau est lancé à pleine vitesse“.

D’autres skippers pratiquent des médecins alternatives pour reposer le corps et l’esprit. Il peut s’agir d’un travail sur la respiration, de la sophrologie ou de l’énergie mentale comme Armel Le Cléach.

La durée et la fréquence de ces pauses dépendent toutefois du marin et des contraintes de navigation. Une manœuvre à préparer ou des conditions difficiles peuvent réduire les occasions de repos. Le programme doit donc s’adapter à la course. Pas de réveil universel pour toute la flotte !

Le volume quotidien reste lui aussi très individuel. Un spécialiste de la course au large évoquait en 2014 des durées minimales de quatre heures et demie par jour pour les courses longues. Ce repère ne garantit toutefois pas une récupération suffisante pour chacun. Fractionner son sommeil permet de l’organiser autrement, sans faire disparaître les besoins du corps.

Manque de sommeil : des erreurs qui peuvent coûter cher

Quand le sommeil manque, l’attention baisse et les décisions deviennent moins fiables. À bord, cela peut se traduire par un obstacle repéré trop tard ou une erreur de manœuvre. La fatigue compromet alors autant la performance que la sécurité du navigateur.

Dans les situations de privation importante, des hallucinations visuelles ou auditives peuvent même survenir. Le skipper peut voir ou entendre des choses qui n’existent pas, ce qui complique encore son évaluation de la situation. Un risque décrit par le spécialiste de la course au large interrogé par l’Espace des sciences. “On arrivera tous en dette de sommeil et épuisés en Guadeloupe “, conclut Charles Caudrelier, vainqueur de la Route du Rhum en 2023.

À SAVOIR 

En mer, les dauphins ont une étonnante façon de récupérer. Une moitié de leur cerveau dort pendant que l’autre reste éveillée, notamment pour leur permettre de remonter à la surface respirer. Les deux côtés se relaient ainsi pendant leur repos. Une forme de veille que les skippers pourraient leur envier ! 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur