Dépistage de l’hypertension en pharmacie : la pilule ne passe pas chez les infirmiers

le 8 septembre 2026 à 17h55
Un pharmacien mesure la tension d’un patient afin de dépister une éventuelle hypertension artérielle.
La loi Neuder, surnommée « plan Cœur », fait du dépistage de l’hypertension l’un des leviers pour renforcer la prévention des maladies cardiovasculaires en France. © Magnific
Le dépistage de l’hypertension arrive en pharmacie, avec une rémunération de 15 euros envisagée pour les pharmaciens. Un montant encore en négociation qui provoque déjà la colère des infirmiers libéraux.
Sommaire

Depuis cet été, les pharmaciens ont une nouvelle mission dans leur escarcelle. La loi Neuder, promulguée le 27 juillet 2026 et portée par le sénateur de l’Isère et cardiologue Yannick Neuder, les autorise désormais à participer au dépistage de l’hypertension artérielle, dans le cadre de la prévention des maladies cardiovasculaires. Une mesure destinée à repérer plus tôt les personnes dont la tension est trop élevée. Notamment celles qui l’ignorent encore, et à les orienter vers un médecin si nécessaire.

Reste maintenant à organiser ce dépistage et à fixer sa rémunération. Et c’est sur ce point que les choses se corsent. Un tarif de 15 euros est actuellement évoqué pour les pharmaciens. Il n’est pas encore acté et doit faire l’objet de négociations avec l’Assurance maladie. Mais il a déjà provoqué la colère de certains représentants des infirmiers libéraux. Ces derniers ne contestent pas le dépistage en pharmacie, mais le montant envisagé pour le rémunérer. Les infirmiers prennent eux aussi la tension de leurs patients, notamment lors des soins à domicile, sans bénéficier d’une telle rémunération spécifique. De quoi relancer les tensions entre professions de santé au moment où les missions des pharmaciens continuent de s’élargir.

Hypertension : ce que la loi change vraiment pour les pharmaciens

La loi Neuder, promulguée le 27 juillet 2026 et publiée au Journal officiel le lendemain, élargit officiellement les missions des pharmaciens. Le texte s’inscrit dans une stratégie nationale consacrée aux maladies cardio-neuro-vasculaires. Stratégie qui doit notamment renforcer leur prévention, leur dépistage et améliorer le parcours des patients. L’article 2 autorise désormais les pharmaciens d’officine à « mesurer la pression artérielle de patients dans une démarche de prévention des risques cardio-neuro-vasculaires ». Une disposition entrée en vigueur le 29 juillet qui donne un nouveau cadre à une pratique déjà courante dans de nombreuses pharmacies.

Car prendre sa tension à l’officine n’a rien de nouveau. Ce qui évolue, c’est la place donnée au pharmacien dans le dépistage. Une mesure anormalement élevée pourra permettre de repérer une personne susceptible de souffrir d’hypertension et de l’orienter vers un médecin pour poursuivre les examens. L’intérêt est aussi de toucher des personnes qui consultent peu, en profitant de l’accès facile et sans rendez-vous aux pharmacies. Les conditions précises de cette nouvelle mission restent toutefois à fixer, tout comme sa rémunération par l’Assurance maladie.

Mesure de l’hypertension : une rémunération qui met le feu aux poudres

15 euros pour prendre la tension, vraiment ?

C’est le montant qui a mis le feu aux poudres. Une rémunération de 15 euros est actuellement envisagée pour le dépistage de l’hypertension réalisé par les pharmaciens. Mais pour l’heure, rien n’est signé. Le tarif doit encore être négocié avec l’Assurance maladie avant de pouvoir entrer en vigueur.

Et ces 15 euros ne rémunéreraient pas nécessairement une simple prise de tension de quelques minutes. La nouvelle mission pourrait comprendre plusieurs mesures, l’analyse des résultats et, lorsque les chiffres sont trop élevés, l’orientation du patient vers un médecin. Le protocole exact, les patients concernés et les conditions de réalisation restent toutefois à préciser. Le montant doit donc encore être pris au conditionnel, tout comme ce qu’il couvrira exactement. Cela n’a pas empêché les 15 euros annoncés de faire réagir les infirmiers libéraux. Ceux-ci s’interrogent sur la différence de rémunération avec leurs propres actes.

Pourquoi les infirmiers libéraux voient rouge ?

La présidente de Convergence Infirmière, Ghislaine Sicre, a publiquement interpellé le directeur général de la Caisse nationale de l’Assurance maladie, Thomas Fatôme, après l’évocation d’une rémunération de 15 euros pour le dépistage de l’hypertension en pharmacie.

Ce n’est pas tant la nouvelle mission des pharmaciens que son tarif potentiel qui pose problème. Les infirmiers libéraux prennent eux aussi régulièrement la tension de leurs patients. Et ce, notamment lors du suivi de personnes âgées, malades chroniques ou dépendantes à domicile. Cette mesure fait généralement partie d’une surveillance plus globale et n’est pas rémunérée 15 euros à chaque prise de tension.

Des revalorisations jugées bien maigres en comparaison

La colère intervient quelques mois après la signature de l’avenant 11 à la convention des infirmiers libéraux, le 31 mars 2026. Selon l’Assurance maladie, cet accord prévoit 500 millions d’euros d’investissement entre 2026 et 2029 et une revalorisation progressive de l’AMI, la valeur qui sert de base au calcul de nombreux actes infirmiers. 

Restée inchangée depuis 2009, cette valeur doit augmenter de 20 centimes en novembre 2026. Puis, de 10 centimes supplémentaires en novembre 2027, pour atteindre 3,45 euros. Attention, cela ne signifie pas qu’un infirmier touche seulement 3,45 euros par soin. L’AMI est multiplié par un coefficient selon l’acte réalisé, auquel peuvent s’ajouter certaines indemnités et majorations. C’est néanmoins la différence d’échelle qui irrite Convergence Infirmière. Après des années sans revalorisation de cette valeur de référence et des négociations ayant abouti à quelques dizaines de centimes supplémentaires, le syndicat voit émerger une rémunération pouvant atteindre 15 euros pour une nouvelle mission en pharmacie.

L’hypertension, un mal qui avance souvent masqué

Selon Santé publique France, l’hypertension est la maladie chronique la plus fréquente dans l’Hexagone. Environ 17 millions d’adultes sont concernés, soit près d’un Français sur trois. Le plus inquiétant reste le nombre de personnes qui vivent avec une tension trop élevée sans le savoir. Selon Santé publique France, près d’un hypertendu sur deux ignore sa maladie. Et pour cause, l’hypertension sait se faire discrète. Elle peut évoluer pendant plusieurs années sans douleur, vertige ni autre signe suffisamment évident pour pousser à consulter.

L’absence de symptômes ne signifie pourtant pas l’absence de dégâts. Au fil du temps, une pression trop importante sur les artères peut abîmer les vaisseaux et mettre à rude épreuve le cœur, le cerveau ou encore les reins. L’hypertension compte ainsi parmi les principaux facteurs de risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. Elle augmente également le risque d’insuffisance rénale et de certaines formes de démence. Repérer une tension trop élevée avant l’apparition de complications est donc tout l’intérêt du dépistage. Et plus les occasions de la mesurer sont nombreuses, plus les personnes qui ignorent leur hypertension ont de chances d’être identifiées et prises en charge.

Une tension élevée en pharmacie ne signifie pas forcément hypertension

Voir apparaître un chiffre élevé sur le tensiomètre de la pharmacie ne signifie pas automatiquement que l’on souffre d’hypertension. La pression artérielle bouge au cours de la journée et peut grimper temporairement après un effort, sous l’effet du stress, du café ou simplement selon les conditions dans lesquelles elle est mesurée. Il existe aussi l’« effet blouse blanche ». Chez certaines personnes, la tension augmente au moment d’une consultation alors qu’elle reste normale dans la vie quotidienne. Le phénomène inverse existe également. On parle alors d’« hypertension masquée » lorsque les valeurs sont normales chez un professionnel de santé mais trop élevées à domicile.

Une mesure anormale doit donc être vérifiée avant de poser un diagnostic. L’Assurance maladie recommande notamment l’automesure tensionnelle, qui consiste à prendre sa tension plusieurs fois chez soi pendant plusieurs jours selon un protocole précis. Ces relevés permettent au médecin de disposer d’une vision beaucoup plus fiable de la pression artérielle habituelle du patient. Le rôle du pharmacien serait donc avant tout de repérer une tension anormalement élevée, pas de poser lui-même un diagnostic d’hypertension. Si les chiffres l’exigent, le patient pourra être orienté vers son médecin afin de confirmer ou non l’HTA et, si nécessaire, mettre en place une prise en charge adaptée.

À SAVOIR 

Pour vérifier si une tension est réellement trop élevée, l’Assurance maladie recommande la « règle des 3 ». Il faut prendre sa tension trois fois de suite le matin, puis trois fois le soir, pendant trois jours. Ces 18 mesures donnent une image beaucoup plus fiable de la tension habituelle qu’une seule prise réalisée chez le médecin ou en pharmacie.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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