Maternités en France : un rapport préconise d’en réduire le nombre

le 30 septembre 2026 à 14h20
Un nouveau-né pris en charge par une professionnelle de santé juste après sa naissance dans une petite maternité.
En 2025, 643 905 bébés sont nés en France, soit 24 % de moins qu’en 2010. © Magnific
Dans un rapport rendu public le 29 septembre 2026, une mission mandatée par le gouvernement préconise de revoir la carte des maternités françaises, notamment lorsque leur faible activité et le manque de soignants fragilisent leur fonctionnement. Une réorganisation sensible, qui devra aussi composer avec une autre réalité : ne pas éloigner davantage les femmes enceintes des soins.
Sommaire

La carte des maternités françaises pourrait encore se resserrer. Dans un rapport rendu public mardi 29 septembre 2026, une mission nationale sur la périnatalité appelle à revoir l’organisation des établissements qui accueillent les naissances en France. Notamment lorsque leur faible activité et les difficultés de recrutement compliquent le maintien d’équipes médicales suffisantes.

Car derrière le nombre de maternités se pose surtout la question de la sécurité. Même avec peu d’accouchements, un établissement doit pouvoir faire face, à toute heure, à une césarienne en urgence, une hémorragie ou une détresse du nouveau-né. Cela suppose de pouvoir mobiliser rapidement sages-femmes, gynécologues-obstétriciens, anesthésistes-réanimateurs et pédiatres, dans un contexte où certains de ces professionnels manquent déjà à l’appel.

Face à cette situation, la mission préconise de repenser la répartition des maternités sur territoire plutôt que de maintenir partout le modèle actuel. Une réorganisation qui s’annonce délicate. En effet, il faudra renforcer la sécurité des accouchements sans éloigner davantage les femmes enceintes de leur lieu de naissance.

Pourquoi le nombre de maternités est-il remis en question ?

Une maternité ne peut évidemment pas fermer ses portes à 20 heures sous prétexte qu’aucun bébé n’a prévu d’arriver cette nuit-là. Même avec une faible activité, la permanence des soins doit être assurée. C’est précisément ce qui inquiète les auteurs du rapport. Selon eux, maintenir de nombreuses maternités peu actives nécessite de mobiliser des ressources humaines importantes. Ressources humaines indispensable pour assurer cette permanence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, alors même que certains professionnels manquent. La mission considère ainsi le modèle actuel comme devenu « insoutenable ».

L’enjeu n’est donc pas seulement économique. Il touche surtout à la capacité d’une équipe à prendre en charge rapidement une complication imprévue pendant l’accouchement. Une hémorragie, une césarienne en urgence ou une détresse du nouveau-né peuvent nécessiter plusieurs professionnels et des équipements spécialisés. Pour les auteurs, la question n’est donc pas simplement de savoir combien de bébés naissent dans une maternité. Mais aussi de s’assurer que l’établissement peut assurer les soins nécessaires dans de bonnes conditions lorsqu’une urgence survient.

Les maternités sont déjà beaucoup moins nombreuses qu’avant

La réorganisation proposée s’inscrit en réalité dans un mouvement commencé il y a plusieurs décennies. Selon la Drees, le service statistique des ministères sociaux, la France comptait 445 maternités fin 2024, contre 533 dix ans auparavant. Cela représente 88 établissements de moins en dix ans. Soit une diminution de 16,5 %. Sur la même période, le nombre d’accouchements réalisés dans ces établissements a diminué de 19,4 %.

Le recul est encore plus spectaculaire lorsqu’on remonte davantage dans le temps. En France métropolitaine, hors service de santé des armées, le nombre de maternités est passé de 1 369 en 1975 à 428 en 2024. Autrement dit, leur nombre a été divisé par plus de trois en un demi-siècle !

Cette concentration répond notamment à l’évolution des normes de sécurité. Depuis les décrets sur la périnatalité de 1998, les maternités sont organisées selon leur niveau d’équipement. Une hiérarchie imaginée afin que les grossesses présentant davantage de risques puissent être orientées vers des établissements disposant notamment de services de néonatologie, de soins intensifs ou de réanimation néonatale.

Quelles maternités pourraient être concernées par cette réorganisation ?

Petites et grandes maternités, de quoi parle-t-on exactement ?

Au bas de l’échelle, les établissements de type 1 disposent juste d’un service d’obstétrique. Ceux de type 2a disposent également d’un service de néonatologie. Les maternités de type 2b disposent en plus de soins intensifs néonatals, tandis que les établissements de type 3 possèdent également une réanimation néonatale. Ces derniers accueillent notamment les grossesses et les nouveau-nés présentant les risques les plus importants. En 2024, la France comptait 150 maternités de type 1, 140 de type 2a, 88 de type 2b et 67 de type 3. Les maternités de types 2 et 3 représentaient 66 % des établissements, mais concentraient 85 % des accouchements.

La taille des structures varie également beaucoup. En France métropolitaine, 4 % des maternités réalisaient moins de 300 accouchements par an en 2024,. Tandis que 41 % en réalisaient entre 300 et 999. À l’autre bout du spectre, 37 % accueillaient au moins 1 500 accouchements chaque année. Les très petites maternités se trouvent notamment dans certains départements ruraux ou montagneux. Et c’est là que les choses se compliquent…

Une petite maternité ne serait pas automatiquement condamnée

Le rapport ne propose pas une règle aussi simple que « petite maternité égale fermeture ». Le nombre annuel d’accouchements est présenté comme un indicateur important. Mais il ne serait pas le seul critère. La mission souhaite la création d’un référentiel national prenant également en compte les éventuels incidents, les dysfonctionnements dans l’organisation des soins ainsi que les caractéristiques géographiques du territoire.

Une maternité réalisant peu d’accouchements pourrait ainsi rester indispensable lorsqu’elle dessert une population éloignée des autres établissements. À l’inverse, plusieurs maternités plus importantes, proches géographiquement mais confrontées à des difficultés chroniques de personnel, pourraient être amenées à mutualiser une partie de leurs moyens. C’est une nuance de taille. En effet, le rapport propose de raisonner territoire par territoire plutôt que de fermer mécaniquement les établissements sous un nombre déterminé d’accouchements.

Et si la maternité la plus proche ferme ?

C’est évidemment l’autre face du problème. Concentrer les accouchements dans des établissements mieux équipés peut renforcer les équipes. Mais cela peut aussi rallonger le trajet jusqu’à la salle de naissance. Le phénomène n’est pas théorique. Une étude de la Drees publiée en 2021 avait déjà constaté qu’entre 2000 et 2017, la proportion de femmes en âge de procréer vivant à plus de 30 ou 45 minutes d’une maternité avait augmenté. La fermeture de maternités au cours de cette période expliquait cette évolution, malgré une répartition de la population qui avait, à l’inverse, plutôt rapproché les femmes des établissements.

La question est particulièrement sensible dans les territoires ruraux et montagneux. La Drees montre d’ailleurs que les maternités réalisant moins de 300 accouchements par an se trouvent majoritairement dans des départements faiblement peuplés. Cantal, Aveyron, Ariège, Corrèze, Hautes-Alpes ou encore Corse-du-Sud. Fermer une petite structure isolée peut donc résoudre un problème de disponibilité des équipes tout en en créant un autre : augmenter la distance à parcourir pour accoucher.

Des centres de périnatalité pour maintenir des soins à proximité

Pour éviter de laisser un territoire sans solution, la mission propose de développer des centres périnataux de proximité lorsqu’une maternité ferme. Attention, il ne s’agirait pas de petites maternités sous un autre nom. Ces centres ne disposeraient pas du plateau technique permettant de réaliser les accouchements. Les femmes continueraient donc à accoucher dans une maternité de référence située à distance.

En revanche, ces structures pourraient assurer localement une partie importante du parcours de soins. En l’occurence, consultations gynécologiques, suivi périnatal, santé sexuelle, contraception, IVG ou consultations spécialisées. Le rapport envisage même, selon les situations, une présence continue 24 heures sur 24, avec la possibilité de recourir à la télé-expertise auprès de la maternité de référence et de déclencher un transport sanitaire lorsque cela est nécessaire. L’idée est donc de séparer davantage le lieu où la grossesse est suivie du lieu où l’accouchement est réalisé, afin de conserver des soins de proximité sans maintenir partout un plateau obstétrical complet.

Une proposition qui ne fait pas l’unanimité

La mission elle-même n’est pas arrivée au bout du travail avec une position totalement commune. La sage-femme libérale Eliette Bruneau, initialement associée aux travaux, a refusé de signer le rapport final. Présidente de l’Association nationale des sages-femmes libérales, elle lui reproche notamment une approche trop centrée sur l’hôpital et estime que la place des sages-femmes et de l’offre de soins en ville n’y est pas suffisamment reconnue.

Elle souligne notamment que les maisons de santé pluriprofessionnelles ou les communautés professionnelles territoriales de santé peuvent déjà participer à l’accompagnement périnatal dans certains territoires. Derrière la question du nombre de maternités se cache donc aussi un débat plus large : qui doit accompagner les femmes avant et après l’accouchement, et comment articuler l’hôpital avec les professionnels de proximité ?

Pourquoi faut-il repenser l’organisation des maternités en France ?

La mortalité infantile française inquiète

Si ce débat revient aujourd’hui avec autant de force, c’est aussi parce que plusieurs indicateurs de santé périnatale français se sont dégradés. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), publié en août 2026, souligne que le taux de mortalité infantile français a atteint environ 4 décès avant l’âge d’un an pour 1 000 enfants nés vivants en 2024. L’Igas observe notamment une augmentation de la mortalité néonatale et rappelle que les causes de cette évolution sont multiples, mêlant facteurs médicaux, démographiques, sociaux et économiques. Elle relève également d’importantes inégalités territoriales, particulièrement en outre-mer et en Île-de-France.

Le rapport de la mission périnatalité avance un taux plus précis de 4,08 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024 et souligne que la France se situe au 21e rang parmi les 27 pays de l’Union européenne sur cet indicateur. Cela ne signifie pas pour autant que les petites maternités seraient, à elles seules, responsables de cette situation. La dégradation de la mortalité infantile est multifactorielle, comme le rappelle l’Igas. Réorganiser les maternités n’est donc qu’une partie d’un chantier beaucoup plus vaste. Le rapport appelle d’ailleurs également à renforcer les moyens consacrés aux soins critiques des nouveau-nés et s’interroge plus largement sur un possible sous-financement historique de la santé périnatale.

Moins de bébés, mais toujours les mêmes exigences de sécurité

La France fait moins de bébés. En 2025, 643 905 enfants sont nés en France, selon les données définitives de l’Insee. C’est 2,3 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010 à périmètre géographique comparable. Il faut remonter à 1942 pour retrouver un nombre annuel de naissances aussi faible. Et la baisse se poursuivait encore durant les cinq premiers mois de 2026.

Moins de naissances signifie mécaniquement moins d’accouchements à répartir entre les maternités. Mais les exigences de sécurité, elles, ne diminuent pas avec le nombre de berceaux remplis. Une maternité doit toujours pouvoir faire face à une urgence, qu’elle accueille 300 ou 3 000 accouchements par an. C’est tout le casse-tête posé aujourd’hui aux pouvoirs publics : concentrer suffisamment les équipes pour sécuriser les naissances sans transformer l’accouchement en parcours du combattant pour les femmes vivant loin des grands centres hospitaliers.

À SAVOIR 

Le séjour à la maternité est de plus en plus court. En France métropolitaine, les femmes y restaient en moyenne 3,7 jours après leur accouchement en 2021, contre 4 jours en 2016. Les séjours très courts, de deux jours ou moins, avaient même été multipliés par trois, même si le contexte du Covid-19 a probablement accentué cette évolution. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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