Ozempic par ci, Ozempic par là… Tout le monde ne parle plus que de ce médicament miracle, à l’origine dédié aux diabétiques de Type 2, désormais synonyme de perte de poids drastique. Mais pourra-t-on un jour se passer de ce médicament en régulant son flux sanguin de manière naturelle ?
Oui, si l’on en croit une équipe de chercheurs chinois. Selon eux, notre intestin ne se contente pas de digérer ce que nous mangeons. Les milliers de milliards de micro-organismes qui composent notre microbiote pourraient aussi influencer notre attirance pour le sucre et donc jouer un rôle dans le diabète. C’est ce que suggèrent ces scientifiques dans une étude publiée dans la revue scientifique Nature Microbiology.
Au cœur de leurs travaux se trouve Bacteroides vulgatus, une bactérie naturellement présente dans l’intestin. Celle-ci produit du pantothénate, une forme de vitamine B5, qui déclenche chez la souris une série de réactions entre l’intestin, le foie et le cerveau. Elle favorise notamment la production de GLP-1 et de FGF21, deux hormones impliquées dans la régulation de la glycémie, du métabolisme et des préférences alimentaires. Chez les souris étudiées, ce mécanisme s’est traduit par une moindre attirance pour le sucre et une amélioration de la glycémie. Une découverte qui ouvre une nouvelle piste contre le diabète de type 2.
Diabète : comment une bactérie intestinale pourrait-elle aider à réguler la glycémie ?
Une bactérie intestinale liée à l’attirance pour le sucre
Notre attirance pour le sucre pourrait aussi se jouer dans l’intestin. Dans leur étude, les chercheurs ont observé qu’un récepteur appelé FFAR4, présent notamment dans l’intestin, était moins exprimé chez des personnes atteintes de diabète et dans des modèles de souris diabétiques. Cette diminution était associée à une préférence plus marquée pour le sucre.
En désactivant ce récepteur dans l’intestin de souris, les scientifiques ont constaté une modification du microbiote. Avec notamment une baisse de la quantité de Bacteroides vulgatus. Or cette bactérie produit du pantothénate, une forme de vitamine B5. Moins présente, elle en produisait moins, tandis que les souris montraient une attirance plus importante pour le sucre. Ces expériences suggèrent donc que le microbiote intestinal pourrait participer à la régulation des préférences alimentaires. Notamment pour les aliments sucrés. Un mécanisme observé expérimentalement chez la souris, qui reste toutefois à confirmer chez l’être humain.
Comment cette bactérie agit sur l’envie de sucre ?
Les chercheurs ont ensuite cherché à comprendre comment cette bactérie pouvait agir sur l’attirance pour le sucre. Selon leurs travaux, Bacteroides vulgatus produit du pantothénate, une forme de vitamine B5 qui favorise, chez la souris, la sécrétion de GLP-1 par l’intestin. Le GLP-1 est une hormone naturellement libérée après un repas. Elle aide notamment l’organisme à réguler le taux de sucre dans le sang. C’est d’ailleurs son action que reproduisent certains médicaments utilisés contre le diabète de type 2, comme le sémaglutide, la molécule active de l’Ozempic.
Chez les souris étudiées, l’augmentation du GLP-1 entraîne ensuite la production par le foie d’une autre hormone, appelée FGF21. Celle-ci agit notamment sur le cerveau et intervient dans la régulation du métabolisme et des préférences alimentaires. Les chercheurs mettent ainsi en évidence une chaîne de réactions entre l’intestin, le foie et le cerveau. La bactérie produit du pantothénate, qui favorise le GLP-1, lequel stimule à son tour FGF21. Chez la souris, ce mécanisme contribue finalement à réduire la préférence pour le sucre.
Des effets prometteurs sur la glycémie chez la souris
Pour confirmer le rôle de cette bactérie, les chercheurs ont administré à certaines souris Bacteroides vulgatus ou du pantothénate. Ils ont alors constaté une augmentation du GLP-1 puis de FGF21, mais aussi une diminution de la préférence des animaux pour le sucre. Chez certains modèles de souris diabétiques, le pantothénate a également permis d’améliorer la glycémie à jeun. C’est-à-dire le taux de sucre présent dans le sang après plusieurs heures sans manger.
Les scientifiques ont ensuite bloqué différents éléments de ce mécanisme. Lorsque l’action de FGF21 ou celle du GLP-1 au niveau cérébral était perturbée, l’effet sur l’attirance pour le sucre diminuait ou disparaissait. Ces expériences renforcent donc l’idée qu’une communication entre le microbiote, l’intestin, le foie et le cerveau participe à la régulation des préférences alimentaires chez la souris. Ces résultats permettent surtout de mieux comprendre le rôle du microbiote dans le métabolisme et ouvrent une nouvelle piste de recherche contre le diabète. À ce stade, il s’agit toutefois d’un mécanisme principalement démontré chez l’animal.
Et chez l’être humain ?
Pour l’instant, les effets les plus intéressants ont surtout été observés chez la souris. Les chercheurs ont également étudié des données humaines et constaté une diminution de l’expression du récepteur FFAR4 chez des personnes atteintes de diabète de type 2. Mais ces observations ne permettent pas de conclure que Bacteroides vulgatus ou le pantothénate pourraient traiter la maladie chez l’être humain.
Entre une expérience réussie chez la souris et un nouveau médicament disponible en pharmacie, le chemin est encore long. Il faudra notamment vérifier que ce mécanisme fonctionne de la même manière chez l’être humain, déterminer les doses nécessaires et évaluer la sécurité et l’efficacité d’une éventuelle intervention lors d’essais cliniques. Les chercheurs parlent donc d’une nouvelle piste thérapeutique potentielle, et non d’un traitement contre le diabète. À ce stade, rien ne permet de recommander la prise de vitamine B5 ou une modification du microbiote pour reproduire les effets observés chez les souris.
Cette bactérie agit-elle vraiment comme l’Ozempic ?
Par ailleurs, rien ne prouve que Bacteroides vulgatus puisse réellement agir comme l’Ozempic. Le rapprochement vient surtout du GLP-1, une hormone impliquée dans la régulation de la glycémie et ciblée par le sémaglutide, la substance active de ce médicament. La différence est importante. Le sémaglutide agit directement sur les récepteurs du GLP-1. Tandis que Bacteroides vulgatus favoriserait, chez la souris, la production naturelle de cette hormone grâce au pantothénate qu’elle produit. Il s’agit donc de deux mécanismes différents.
Surtout, l’Ozempic est un médicament dont l’efficacité et la sécurité ont été évaluées chez l’être humain. Un produit qui dispose d’une autorisation pour le traitement du diabète de type 2. À l’inverse, les effets de Bacteroides vulgatus décrits dans cette étude restent principalement expérimentaux et doivent encore être confirmés chez l’humain. L’étude ne montre pas non plus qu’une supplémentation en vitamine B5 puisse reproduire ces effets. Ces résultats ouvrent donc une piste de recherche, mais ne justifient ni de modifier son traitement contre le diabète ni de prendre de la vitamine B5 dans cet objectif.
Le microbiote, une nouvelle piste à explorer contre le diabète
Selon Santé publique France, plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées par médicaments pour un diabète en 2023, soit 5,6 % de la population. En 2024, 7,1 % des adultes de 18 à 79 ans déclaraient vivre avec cette maladie. Le diabète se caractérise par un taux de sucre dans le sang trop élevé de façon chronique. Dans le diabète de type 2, le plus fréquent, l’organisme devient progressivement moins sensible à l’insuline, l’hormone qui permet de réguler la glycémie. Avec le temps, le pancréas peut également ne plus parvenir à en produire suffisamment. Plusieurs facteurs favorisent son apparition, notamment l’âge, les prédispositions génétiques, le surpoids et la sédentarité.
À cette mécanique déjà complexe pourrait donc s’ajouter un nouvel acteur : le microbiote intestinal. Les travaux publiés dans Nature Microbiology montrent chez la souris que certaines bactéries peuvent intervenir dans une chaîne de réactions influençant à la fois la glycémie et l’attirance pour le sucre. Bacteroides vulgatus offre ainsi aux chercheurs une nouvelle piste pour mieux comprendre les mécanismes du diabète de type 2. De la découverte en laboratoire au traitement, la marche reste cependant haute. Il faudra notamment vérifier si ce mécanisme fonctionne de la même manière chez l’être humain, puis déterminer s’il peut être exploité de façon sûre et efficace.
À SAVOIR
Nous abritons presque autant de bactéries intestinales que notre corps compte de cellules ! Selon l’Inserm, notre tube digestif héberge environ 10 000 milliards de micro-organismes, principalement des bactéries. Un véritable petit monde intérieur capable d’interagir avec notre organisme, notamment avec notre métabolisme.



