Inoxtag, Léna Situations et Squeezie présentent leur boisson énergisante Ciao Energy dans un spot publicitaire.
Malgré plusieurs études soulevant des doutes sur la sécurité de la taurine et de la D-glucuronolactone dans les boissons énergisantes, leur commercialisation a finalement été autorisée en France en 2008. © Publicité diffusée sur la chaîne YouTube de Ciao Energy.

Canettes pastel, image “healthy”, communication ultra-maîtrisée… Avec Ciao Energy, lancée il y a peu par les influenceurs Squeezie, Léna Situations et Inoxtag, les boissons énergisantes changent de visage. Mais derrière ce marketing plus “naturel”, plusieurs nutritionnistes rappellent que le principal problème reste exactement le même : la caféine. Une substance loin d’être anodine, surtout chez les adolescents et les jeunes adultes visés par la boisson.

Sur TikTok, Instagram ou YouTube, difficile de passer à côté. Lancée par Squeezie, Léna Situations et Inoxtag, la boisson énergisante Ciao Energy s’est imposée en quelques jours comme un véritable phénomène auprès des jeunes internautes. Loin de l’image agressive traditionnellement associée aux energy drinks, la marque mise cette fois sur des codes beaucoup plus modernes et rassurants avec des couleurs minimalistes, un design épuré, un discours lifestyle et des ingrédients présentés comme plus naturels.

Une stratégie parfaitement calibrée pour séduire une génération très sensible aux produits “clean”, “wellness” ou supposés meilleurs pour la santé. Mais derrière cette esthétique soignée et ce discours décomplexé, plusieurs nutritionnistes rappellent que, même habillée avec les codes du “healthy”, une boisson énergisante reste avant tout un produit fortement caféiné. Et c’est précisément ce qui inquiète certains spécialistes, notamment en raison du jeune public de ces influenceurs.

Qu’elle soit bio, sans colorants ou enrichie en vitamines, une boisson énergisante reste avant tout une boisson fortement caféinée. Et c’est précisément ce que rappellent régulièrement les autorités sanitaires. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), les boissons énergisantes peuvent provoquer nervosité, troubles du sommeil, agitation, palpitations ou malaises lorsqu’elles sont consommées en excès ou par des personnes sensibles à la caféine.

Le sujet n’est donc pas seulement la composition exacte du produit, mais surtout l’effet recherché, en l’occurrence stimuler artificiellement l’organisme pour réduire la fatigue et augmenter temporairement la vigilance. Or, les adolescents figurent parmi les consommateurs les plus exposés.

Le succès des boissons énergisantes s’explique aussi par un mode de vie. Entre journées chargées, écrans omniprésents, sommeil souvent insuffisant et rythmes décalés, beaucoup de jeunes cherchent des solutions rapides pour “tenir”. Selon Santé publique France, le sommeil des adolescents s’est nettement dégradé ces dernières années. Une partie importante d’entre eux dort moins que les recommandations sanitaires. Résultat : fatigue chronique, difficultés de concentration, irritabilité… et recours croissant aux stimulants.

Le problème, expliquent plusieurs nutritionnistes, est que la caféine peut justement entretenir ce cercle vicieux. On consomme une boisson énergisante parce qu’on manque d’énergie, mais le sommeil est ensuite perturbé, ce qui accentue encore la fatigue le lendemain. Et lorsque ces produits sont portés par des influenceurs suivis par des millions de mineurs, leur banalisation devient massive.

L’idée qu’un produit présenté comme plus “naturel” serait forcément moins problématique pour la santé. Pourtant, le mot “naturel” ne signifie pas “sans effet”. Le guarana, souvent mis en avant dans ce type de boissons, contient lui-même naturellement de la caféine. Certaines plantes stimulantes peuvent donc produire des effets similaires sur l’organisme.

Autrement dit, le packaging change, le storytelling aussi, mais la logique reste la même, à savoir proposer un stimulant destiné à donner un coup d’énergie rapide. Et cette nouvelle génération de boissons énergisantes semble surtout avoir compris une chose : aujourd’hui, les jeunes veulent des produits qui paraissent plus sains, plus élégants et moins agressifs.

Les autorités sanitaires ne disent pas qu’une canette consommée occasionnellement est dangereuse pour tous. Chez un adulte en bonne santé, une consommation modérée de caféine reste généralement bien tolérée. Mais le problème apparaît lorsque les sources de caféine s’additionnent : café, sodas, boissons énergisantes, compléments sportifs ou boissons “boost”.

L’Anses rappelle également les risques du mélange entre alcool et boissons énergisantes. La caféine peut masquer la sensation d’ivresse et pousser à prendre davantage de risques sans réellement percevoir son état de fatigue. Au fond, la polémique autour de Ciao Energy dépasse largement cette seule marque. Elle raconte surtout l’évolution du marketing alimentaire : des produits stimulants désormais habillés avec les codes du bien-être, du lifestyle et du “healthy”.

À SAVOIR 

Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les adolescents ne devraient pas dépasser environ 3 mg de caféine par kilo de poids corporel par jour. Concrètement, pour un adolescent de 50 kg, cela correspond à environ 150 mg de caféine maximum quotidiennement, soit parfois l’équivalent de seulement une à deux boissons énergisantes selon les formats consommés.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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