Perturbateurs endocriniens : près de 3 points de QI en moins à cause de ces substances !

le 20 octobre 2026 à 16h46
Un bébé allongé sur un lit, dont le développement du cerveau pourrait être affecté par certaines substances chimiques auxquelles sa mère a été exposée pendant la grossesse.
À la naissance, le cerveau d’un bébé représente environ un quart du poids de celui d’un adulte. Son développement se poursuit ensuite pendant de nombreuses années. © Magnific
Plastiques, cosmétiques, emballages alimentaires… Certains produits que nous utilisons tous les jours pourraient avoir des conséquences sur le développement intellectuel des enfants, avant même leur naissance. Explications.
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Difficile d’y échapper. Dans la salle de bains, la cuisine ou les placards, les substances chimiques font partie de notre quotidien. Certaines se retrouvent dans les emballages alimentaires, d’autres dans les produits de beauté ou les objets en plastique. Et si leur présence semble anodine, leurs effets sur la santé suscitent depuis plusieurs années de nombreuses interrogations.

Parmi elles, les phtalates et les phénols intéressent particulièrement les scientifiques. Ces substances, dont certaines sont reconnues ou suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, peuvent interférer avec le fonctionnement de nos hormones. Un phénomène particulièrement préoccupant pendant la grossesse, lorsque le cerveau du futur bébé est en plein développement.

Une équipe de chercheurs de l’Inserm s’est penchée sur cette question. Leurs travaux, publiés dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives, suggèrent qu’une exposition plus importante à certaines de ces substances pendant le troisième trimestre de grossesse pourrait être associée à des scores de QI plus faibles chez les enfants à 3 ans.

Comment les perturbateurs endocriniens peuvent-ils affecter le développement du bébé ?

Perturbateurs endocriniens : où se cachent ces substances pendant la grossesse ?

Les phtalates et les phénols entrent dans la composition de nombreux objets et produits du quotidien, parfois sans que leur présence soit clairement identifiable par les consommateurs. Les phtalates sont notamment utilisés pour assouplir certains plastiques, en particulier le PVC. On peut également en retrouver dans certains matériaux, revêtements ou produits parfumés. Leur présence varie toutefois selon les produits et les réglementations applicables. Les phénols constituent une famille encore plus large. Elle comprend notamment les bisphénols, utilisés dans la fabrication de certaines matières plastiques et résines, ainsi que les parabènes, employés comme conservateurs dans certains cosmétiques.

Le problème ne vient pas uniquement du contact avec ces objets. Certaines substances peuvent migrer vers les aliments, être absorbées par la peau ou pénétrer dans l’organisme par inhalation. Résultat, nous y sommes exposés par plusieurs voies, parfois simultanément. Les phtalates et certains phénols sont ainsi détectés dans les urines d’une très grande partie de la population.

Pourquoi les femmes enceintes sont-elles particulièrement concernées ?

Pendant la grossesse, le développement du fœtus dépend notamment d’un équilibre hormonal précis. Les hormones interviennent dans la formation des organes, la croissance et la maturation du système nerveux. Or, certains perturbateurs endocriniens peuvent modifier la production, le transport ou l’action de ces hormones. Ils sont notamment susceptibles d’interférer avec les hormones thyroïdiennes, qui jouent un rôle essentiel dans le développement du cerveau.

Le fœtus traverse également plusieurs périodes de grande sensibilité. Son cerveau se construit progressivement, avec la formation de nouvelles connexions entre les cellules nerveuses et la maturation des circuits impliqués dans les fonctions cognitives. Une perturbation de ces mécanismes pourrait donc avoir des conséquences sur le développement de l’enfant. Mais tous les perturbateurs endocriniens n’agissent pas de la même manière, et leur dangerosité dépend notamment de la substance, de la dose et du moment de l’exposition.

Une baisse moyenne de 2,86 points de QI observée chez les enfants

Grossesse : pourquoi le troisième trimestre serait-il le plus à risque ?

Les trois derniers mois de grossesse pourraient jouer un rôle important dans le développement intellectuel du bébé. Selon l’Inserm, une exposition plus élevée à un mélange de six substances chimiques pendant cette période serait associée à une baisse moyenne de 2,86 points de QI chez les enfants à 3 ans.

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont suivi 380 mères et leurs enfants. Ils ont recherché 26 substances chimiques dans des prélèvements d’urine réalisés à plusieurs reprises pendant la grossesse et la petite enfance. À 3 ans, les enfants ont ensuite passé un test de QI avec un neuropsychologue.

Les chercheurs ont également pris en compte le niveau d’études des parents et la durée de l’allaitement, deux facteurs pouvant influencer le développement intellectuel. Les résultats mettent ainsi en évidence un lien entre l’exposition à certaines substances pendant la grossesse et les capacités cognitives des jeunes enfants, sans établir de relation de cause à effet.

Quels sont les produits chimiques les plus préoccupants ?

Parmi les 26 substances recherchées, six avaient été identifiées comme prioritaires à partir de travaux scientifiques antérieurs sur leurs effets possibles sur le développement cognitif : les bisphénols A et S, ainsi que quatre phtalates, le DEHP, le DEP, le DnBP et le DiBP. Ces composés sont notamment associés à certains plastiques, emballages alimentaires, matériaux et produits parfumés. Ils avaient déjà été pointés du doigt par de précédentes recherches pour leurs effets possibles sur le développement du cerveau.

Parmi ces six substances, quatre présentaient également, lorsqu’elles étaient étudiées séparément, une association avec des scores de QI plus faibles chez les enfants. Mais c’est surtout leur exposition combinée qui inquiète. Les effets de plusieurs substances présentes simultanément dans l’organisme restent difficiles à évaluer, notamment parce qu’elles peuvent agir sur différents mécanismes hormonaux.

Près de trois points de QI en moins : quelles conséquences pour les enfants ?

À l’échelle d’un enfant, une différence de quelques points de QI ne suffit pas à déterminer ses capacités intellectuelles. Mais si cette baisse se retrouvait dans l’ensemble de la population, les répercussions pourraient être bien plus importantes. Davantage d’enfants pourraient rencontrer des difficultés d’apprentissage, tandis que la proportion de ceux présentant les capacités intellectuelles les plus élevées pourrait diminuer.

Mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Les chercheurs ont évalué le QI des enfants à 3 ans, sans savoir si les différences observées persistent au fil des années. D’autres facteurs, notamment liés à l’environnement familial, peuvent également influencer leur développement. Surtout, l’étude établit un lien entre l’exposition à certaines substances chimiques et des scores de QI plus faibles, sans prouver que ces substances en sont directement responsables.

Comment limiter son exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse ?

Il n’est pas nécessaire de vider tous ses placards ou de jeter ses produits de beauté, mais il faut adopter quelques réflexes.

  • Éviter de chauffer les aliments dans du plastique. La chaleur peut favoriser le passage de certaines substances chimiques vers les aliments. Pour réchauffer ses repas, mieux vaut utiliser des récipients en verre ou en céramique.
  • Privilégier les aliments frais et peu emballés. Réduire les produits conditionnés dans du plastique permet de limiter certaines sources d’exposition.
  • Faire le tri dans les cosmétiques. Certains produits de beauté contiennent des conservateurs comme les parabènes. Privilégier des formules simples et limiter les produits superflus peut aider.
  • Réduire les produits parfumés. Certains parfums, sprays et lotions peuvent contenir des phtalates utilisés pour fixer les fragrances.

Ces gestes peuvent réduire une partie des expositions, mais la prévention ne repose pas uniquement sur les consommateurs. En France, le bisphénol A est interdit dans les contenants alimentaires depuis 2015, tandis que plusieurs phtalates font l’objet de restrictions européennes. La réglementation reste un moyen essentiel de limiter la présence de ces substances dans les produits du quotidien.

À SAVOIR

Contrairement aux PFAS, connus pour leur persistance dans l’environnement et parfois dans l’organisme, de nombreux phtalates et phénols sont éliminés relativement rapidement par le corps. Réduire les sources d’exposition peut donc faire diminuer leurs concentrations dans l’organisme en peu de temps. Un argument supplémentaire en faveur de la prévention, notamment pendant la grossesse.

Image de Pascal Auclair
Pascal Auclair
Enfant des radios locales, aujourd'hui homme de médias, il fait partager son expertise de la santé sur les supports print, web et TV du groupe Ma Santé AuRA.

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