Depuis mercredi 22 juillet 2026, la Gironde est confrontée à un incendie d’une ampleur exceptionnelle. Le feu s’est déclaré à la mi-journée sur la commune de Saumos, dans le Médoc, à une dizaine de kilomètres de Lacanau, avant de progresser très rapidement vers Le Porge, puis Lège-Cap-Ferret et le bassin d’Arcachon. En quelques heures seulement, plus de 2 000 hectares avaient déjà été parcourus par les flammes. La situation a ensuite pris une tout autre dimension.
Selon la préfecture de la Gironde, 42 000 hectares avaient brûlé au dimanche 26 juillet et près de 220 000 personnes avaient été évacuées préventivement dans 23 communes depuis le début de l’incendie. Samedi, les autorités faisaient état d’environ 140 habitations détruites, un chiffre encore provisoire qui pourrait évoluer à mesure que les reconnaissances progressent dans les zones sinistrées. Dimanche, 75 sapeurs-pompiers blessés avaient été pris en charge. Les évacuations massives ont concerné habitants comme vacanciers, en pleine saison touristique, depuis la presqu’île du Cap-Ferret jusqu’aux communes situées aux portes de l’agglomération bordelaise.
Et le feu ne s’est pas contenté de progresser au sol. Sa violence a généré d’immenses panaches de fumée, emportés par les vents bien au-delà de la Gironde. PREV’AIR, la plateforme nationale de surveillance et de prévision de la qualité de l’air, a observé le transport de ces particules sur plusieurs centaines de kilomètres, vers l’Occitanie puis l’Auvergne-Rhône-Alpes. A
lors que les flammes se trouvent à plusieurs centaines de kilomètres, Lyon et le Rhône respirent depuis ce week-end une partie des fumées produites en Gironde. Ce lundi 27 juillet, la qualité de l’air reste dégradée dans la région, notamment sous l’effet des concentrations élevées de particules transportées par le panache. Car ce nuage venu du Sud-Ouest n’est pas qu’une vague odeur de feu de bois. Un incendie de forêt libère dans l’atmosphère un mélange complexe de gaz et de particules, dont certaines sont suffisamment petites pour pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire. Les flammes sont loin de Lyon. Leurs conséquences, beaucoup moins.
Comment la fumée est-elle arrivée jusqu’à Lyon ?
Tout est une affaire de circulation atmosphérique. Dans son bulletin du 26 juillet, PREV’AIR, la plateforme nationale de prévision de la qualité de l’air, explique que les incendies de Gironde rejettent de grandes quantités de particules fines. Poussé vers le sud-est, le panache de fumée a été transporté sur de longues distances à l’intérieur des terres, touchant notamment l’Occitanie et une partie de l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Une situation qui se poursuit ce lundi 27 juillet. L’Anses rappelle d’ailleurs que les particules issues des feux de forêt peuvent être transportées sur plusieurs centaines de kilomètres. La trajectoire du panache dépend notamment des vents, du relief et des conditions atmosphériques.
Samedi 25 juillet, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes avait déjà enregistré d’importantes concentrations de particules dans l’ouest de la région. Le seuil d’information de 50 µg/m³ de PM10 en moyenne journalière avait été dépassé, ainsi que, localement, le seuil d’alerte fixé à 80 µg/m³. Le panache a ensuite poursuivi sa route vers l’est. Résultat, dimanche, la qualité de l’air était considérée comme mauvaise de l’Auvergne jusqu’à la vallée du Rhône. Et ce lundi, le phénomène n’est pas encore complètement derrière nous.
Fumées des incendies de Gironde : mais au fait, qu’est-ce qu’on respire ?
De toute petite particule en grande quantité !
La fumée qui arrive jusqu’à Lyon n’est pas simplement un nuage gris avec une odeur de bois brûlé. Lorsqu’une forêt et sa végétation brûlent, la combustion libère dans l’atmosphère un mélange de gaz et de minuscules particules, dont la composition varie notamment selon les végétaux brûlés et les conditions de combustion. Selon l’Anses, les fumées des feux de végétation peuvent contenir :
- du monoxyde de carbone,
- des oxydes d’azote,
- des composés organiques volatils (COV),
- des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP),
- mais aussi différents métaux.
À distance des flammes, ce sont toutefois les particules en suspension transportées dans le panache qui constituent le principal polluant à surveiller. Et elles sont particulièrement petites. L’Anses indique qu’environ 80 % des particules produites par les feux de végétation sont des particules fines, avec une majorité dont le diamètre est inférieur à 1 micromètre (µm). Un micromètre représente un millième de millimètre : impossible, donc, de distinguer ces particules à l’œil nu. C’est ici qu’entrent en scène les fameuses PM10 et PM2,5, régulièrement mentionnées dans les bulletins sur la qualité de l’air.
PM2,5, PM10 : c’est quoi ces particules ?
« PM » vient de l’anglais Particulate Matter, autrement dit « matière particulaire ». Les PM10 regroupent les particules dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 10 µm, tandis que les PM2,5 ne dépassent pas 2,5 µm. Santé publique France utilise ces deux catégories pour suivre la pollution particulaire dans l’air.
Pourquoi leur taille est-elle si importante ? Parce que plus une particule est petite, plus elle peut pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire. Les particules les plus fines peuvent atteindre les zones profondes des poumons, notamment les alvéoles, ces minuscules sacs où s’effectuent les échanges entre l’air et le sang.
Et toutes les particules ne se valent pas. Santé publique France rappelle qu’elles constituent un mélange complexe et très hétérogène, dont les caractéristiques physiques et la composition chimique varient selon leur origine, le lieu et le moment. Certaines peuvent notamment contenir des métaux ou du carbone et interagir avec d’autres polluants présents dans l’air. Il est donc difficile de résumer leur toxicité à leur seule taille. Le ciel peut ainsi sembler presque normal et l’air être malgré tout chargé de particules issues des incendies.
Pourquoi les fumées peuvent-elles poser problème pour la santé ?
Poumons, cœur : les fumées ne sont pas sans risque
Respirer ponctuellement un air chargé en fumées ne signifie évidemment pas que l’on va tomber malade dans la journée. Mais une hausse importante des concentrations de particules n’est pas anodine pour autant. Le ministère de la Santé rappelle, dans ses recommandations publiées en juillet 2026, que l’inhalation à court terme des fumées d’incendie peut provoquer des irritations respiratoires, mais aussi favoriser des passages aux urgences ou des hospitalisations pour certaines maladies respiratoires, notamment l’asthme ou les exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive, la BPCO. Des irritations des yeux ou de la gorge peuvent également survenir.
L’Anses signale également des effets cardiovasculaires associés à l’exposition aux fumées des incendies de végétation. La pollution atmosphérique constitue plus largement un enjeu majeur de santé publique. Santé publique France estimait en 2021 qu’environ 40 000 décès par an en France métropolitaine étaient attribuables à l’exposition aux particules fines PM2,5, sur la base des données de la période 2016-2019.
Asthmatiques, enfants, personnes âgées : qui doit être particulièrement vigilant ?
Tout le monde respire le même air, mais tout le monde n’y réagit pas de la même manière. Selon l’Anses, les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques, notamment d’asthme ou d’insuffisance respiratoire, sont particulièrement sensibles aux fumées des feux de forêt. Les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires font également partie des populations à surveiller.
Plus généralement, lors des épisodes de pollution atmosphérique, les autorités sanitaires accordent une attention particulière aux personnes vulnérables ou sensibles. Le principal piège est l’effort physique intense. Lorsque l’on court, pédale à vive allure ou pratique un sport soutenu, on respire davantage d’air. Et si cet air contient beaucoup de particules, on augmente mécaniquement la quantité de polluants inhalés.
Le ministère de la Santé recommande ainsi aux personnes vulnérables ou sensibles de limiter les activités physiques et sportives d’intensité élevée pendant les épisodes concernés. Pas forcément besoin, donc, de passer la journée enfermé derrière des volets clos. Mais pour le fractionné ou la sortie running à fond les ballons, mieux vaut regarder l’indice de qualité de l’air avant de chausser les baskets.
Fumées d’incendie : les bons réflexes pour se protéger
Lorsque les fumées dégradent fortement la qualité de l’air, quelques gestes permettent de limiter son exposition. L’Anses recommande de :
- limiter le temps passé dehors et les déplacements non indispensables ;
- éviter les efforts physiques intenses en extérieur, qui augmentent la quantité de polluants inhalés ;
- surveiller particulièrement les personnes sensibles, notamment asthmatiques ou atteintes de maladies respiratoires ou cardiovasculaires ;
- éviter de polluer davantage l’air intérieur avec du tabac, des bougies ou de l’encens.
En cas d’exposition importante, l’Anses recommande également le port d’un masque FFP2 aux personnes sensibles. Si un panache dense atteint directement le logement, mieux vaut fermer temporairement portes et fenêtres. En dehors de cette situation, le ministère de la Santé recommande de continuer à aérer son logement, de préférence lorsque la pollution est moins forte. Enfin, en cas de gêne respiratoire ou de symptômes importants, il est recommandé de consulter un médecin et, selon leur gravité, de contacter le 15.
À Lyon, les particules devraient reculer… mais l’ozone pourrait prendre le relais
La situation devrait progressivement évoluer. Après plusieurs jours sous l’influence du panache venu du Sud-Ouest, une amélioration de la pollution aux particules est envisagée à partir de mardi. Mais l’été n’a pas dit son dernier mot côté qualité de l’air. Avec la remontée annoncée des températures, l’ozone pourrait à son tour augmenter.
Contrairement aux particules directement rejetées par un incendie, l’ozone présent près du sol est un polluant dit « secondaire ». Il se forme dans l’atmosphère sous l’effet de réactions chimiques favorisées notamment par le rayonnement solaire et la chaleur. En clair, les fumées de Gironde peuvent progressivement s’éloigner sans que l’air lyonnais redevienne immédiatement irréprochable.
À SAVOIR
Un incendie peut fabriquer son propre orage ! Lors de feux extrêmement intenses, la chaleur peut faire monter brutalement l’air et les fumées jusqu’à former un pyrocumulonimbus, sorte d’orage directement alimenté par l’incendie. Selon la NASA, ces phénomènes peuvent propulser de la fumée jusque dans la stratosphère, parfois à plus de 20 km d’altitude.




