Rétatrutide : gare aux dangers du « King Kong » des médicaments amaigrissants !

le 20 octobre 2026 à 16h33
Une personne monte pieds nus sur une balance électronique pour surveiller son poids après la prise de médicament amaigrissant.
Le rétatrutide a permis une perte de poids moyenne allant jusqu'à 28,3 % après 80 semaines de traitement. © Magnific
Développé par un laboratoire américain, le rétatrutide est un traitement expérimental contre l’obésité qui permettrait de perdre près de 30 % de son poids. Surnommé le « King Kong » des médicaments amaigrissants, il se vend déjà illégalement sur Internet malgré l’absence d’autorisation en France... au risque de mettre en danger la santé des consommateurs.
Sommaire

Après l’Ozempic, le Wegovy et le Mounjaro, un nouveau nom commence à circuler dans le monde des médicaments contre l’obésité. Le rétatrutide, encore en cours d’expérimentation, suscite un engouement considérable en raison de ses résultats sur la perte de poids. Certains participants aux essais cliniques ont perdu près d’un tiers de leur poids initial. Une efficacité rarement observée jusqu’ici avec un traitement médicamenteux.

Mais cette popularité a pris une tournure inquiétante. Depuis plusieurs mois, des vendeurs proposent sur les réseaux sociaux des injections présentées comme du rétatrutide. Alors même que le médicament n’a reçu aucune autorisation de commercialisation. En France, comme dans le reste de l’Union européenne, il reste réservé aux essais cliniques encadrés. Mi-octobre 2026, plusieurs médias français ont alerté sur l’essor de ce marché parallèle, alimenté notamment par des influenceurs qui vantent les effets spectaculaires du produit. Derrière les promesses de minceur rapide, la réalité est pourtant bien moins séduisante.

Qu’est-ce que le rétatrutide, ce supposé « King Kong » de l’anti-obésité ?

Le rétatrutide est un médicament injectable développé par le laboratoire pharmaceutique américain Eli Lilly, déjà à l’origine du Mounjaro. Son objectif est de traiter l’obésité en agissant sur plusieurs mécanismes impliqués dans la faim, la satiété et la régulation du poids. Sa particularité repose sur son action simultanée sur trois récepteurs hormonaux, contre un ou deux pour les traitements actuellement disponibles.

Le premier, appelé GLP-1, aide à réduire l’appétit, augmente la sensation de satiété et ralentit la vidange de l’estomac. Le deuxième, le GIP, intervient notamment dans la régulation de la glycémie et la réponse de l’organisme aux aliments. Le troisième, le glucagon, participe à la gestion des réserves énergétiques et pourrait contribuer à augmenter les dépenses d’énergie.

En associant ces trois actions dans une seule molécule, les chercheurs espèrent obtenir une perte de poids plus importante que celle observée avec les médicaments déjà commercialisés. Comme le Wegovy et le Mounjaro, le rétatrutide s’administre par injection sous la peau, à raison d’une fois par semaine dans les essais cliniques.

Rétatrutide : que vaut réellement ce nouveau médicament amaigrissant ?

Rétatrutide : jusqu’à 28,3 % de perte de poids en 80 semaines !

Le rétatrutide affiche des résultats spectaculaires dans la prise en charge de l’obésité. La perte de poids moyenne peut atteindre 28,3 % après 80 semaines de traitement, soit environ un an et demi. Une diminution de 24,2 % a également été observée après 48 semaines avec la dose la plus élevée.

Cette efficacité s’explique notamment par sa triple action hormonale. Celle-ci permet de réduire l’appétit, de prolonger la sensation de satiété et d’agir sur les dépenses énergétiques. La perte de poids est progressive et varie selon les doses administrées et les caractéristiques des patients.

Malgré ces résultats prometteurs, plusieurs inconnues subsistent. Les effets du rétatrutide à très long terme restent encore mal connus. Tout comme le risque de reprise de poids après l’arrêt des injections. Son efficacité ne suffit donc pas, à elle seule, à garantir sa sécurité pour une utilisation prolongée.

Rétatrutide, Ozempic, Mounjaro : quelles différences entre ces traitements ?

Ces traitements agissent tous sur les hormones qui régulent l’appétit et la sensation de satiété, mais leur fonctionnement diffère. L’Ozempic et le Wegovy contiennent la même molécule, le sémaglutide, qui agit sur une hormone appelée GLP-1. Elle permet notamment de réduire la faim et de ralentir la digestion. Le Mounjaro, à base de tirzépatide, agit sur deux récepteurs hormonaux, le GLP-1 et le GIP, pour renforcer les effets sur l’appétit et la régulation du sucre dans le sang.

Le rétatrutide se distingue en ciblant trois récepteurs à la fois : le GLP-1, le GIP et le glucagon. Cette troisième action pourrait augmenter les dépenses énergétiques de l’organisme et contribuer à une perte de poids plus importante. Enfin, une différence essentielle concerne leur disponibilité. Le Wegovy et le Mounjaro sont déjà autorisés en Europe pour traiter l’obésité sous certaines conditions. L’Ozempic est autorisé pour le diabète de type 2, tandis que le rétatrutide reste expérimental et ne peut pas encore être commercialisé.

Rétatrutide : un marché noir déjà bien installé sur les réseaux sociaux

Malgré l’absence d’autorisation de commercialisation, le rétatrutide fait déjà l’objet d’un commerce illégal sur Internet et les réseaux sociaux. Profitant de l’engouement autour de ses résultats sur la perte de poids, des revendeurs et certains influenceurs proposent des produits présentés comme du rétatrutide, notamment auprès des personnes souhaitant maigrir rapidement.

Sur les réseaux sociaux, les injections sont vantées pour leur efficacité supposée, parfois sans aucune mention des risques. Certaines offres présentent même le produit comme un « peptide de recherche », une appellation qui lui donne une apparence scientifique sans garantir sa sécurité.

Ces produits échappent aux contrôles imposés aux médicaments autorisés. Rien ne garantit qu’ils contiennent réellement du rétatrutide, ni que les doses annoncées correspondent à leur composition. Les conditions de fabrication, de conservation et de transport restent également incertaines. Les acheteurs s’exposent ainsi à des injections potentiellement falsifiées, contaminées ou mal dosées, sans les garanties de qualité et de sécurité du circuit pharmaceutique légal.

Quels sont les dangers du rétatrutide pour la santé ?

Malgré son efficacité sur la perte de poids, le rétatrutide peut provoquer plusieurs effets secondaires, même lorsqu’il est administré sous surveillance médicale. Certains sont fréquents, tandis que d’autres nécessitent une attention particulière. Parmi les principaux effets indésirables observés figurent :

  • Les troubles digestifs : nausées, vomissements, diarrhées et constipation, particulièrement lors de l’augmentation des doses.
  • La déshydratation : des vomissements ou des diarrhées importants peuvent entraîner une perte excessive d’eau et de sels minéraux.
  • L’accélération du rythme cardiaque : une augmentation de la fréquence cardiaque a été constatée chez certains patients.
  • Une mauvaise tolérance au traitement : selon les doses administrées, entre 6 et 16 % des participants à un essai ont interrompu les injections en raison d’effets indésirables.

À ces risques s’ajoutent des incertitudes sur les conséquences d’une utilisation prolongée. Les effets du rétatrutide sur la santé après plusieurs années de traitement ne sont pas encore suffisamment connus. Les dangers sont encore plus importants lorsque les injections proviennent du marché noir. Les produits vendus illégalement peuvent être mal dosés, contaminés ou contenir des substances différentes de celles annoncées. Ils exposent notamment à des réactions imprévisibles, à des infections et à des complications liées à un éventuel surdosage. Sans garantie sur la composition des injections ni surveillance médicale, les acheteurs prennent donc le risque de s’administrer un produit dont ils ne connaissent ni la qualité ni les effets réels.

En France, l’ANSM a déjà pris des mesures contre la vente illégale

Face à la multiplication des produits amaigrissants vendus illégalement sur Internet, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a commencé à sévir. Elle a notamment pris des mesures pour interdire la vente et la publicité de plusieurs produits présentés comme des traitements contre l’obésité. Le rétatrutide est directement concerné. Le 31 août 2026, l’ANSM a notamment ciblé un produit baptisé « FastPen 40 mg », présenté comme contenant cette molécule. L’objectif est d’empêcher la commercialisation de ces injections qui échappent aux contrôles sanitaires.

En France, la vente en ligne de médicaments soumis à prescription est interdite. Le rétatrutide, lui, ne dispose même pas d’une autorisation de mise sur le marché. Sa vente comme médicament est donc illégale, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur des sites spécialisés. Les autorités mettent également en garde contre les produits falsifiés, mal dosés ou contenant des substances inconnues. En cas de symptômes après une injection achetée illégalement, il est recommandé de consulter rapidement un médecin en précisant le produit utilisé et sa provenance.

Quand le rétatrutide sera-t-il disponible en France ?

Le rétatrutide n’est pas près d’arriver dans les pharmacies françaises. Eli Lilly prévoit de déposer une demande d’autorisation aux États-Unis au premier trimestre 2027, mais le médicament devra d’abord être évalué par les autorités sanitaires. Son efficacité, ses effets secondaires et les risques liés à son utilisation devront notamment être examinés avant toute décision.

En Europe, une autorisation sera également nécessaire avant sa commercialisation. Une arrivée en France autour de 2028 est évoquée, mais aucune date officielle n’est confirmée. Si le traitement est autorisé, il devrait être prescrit dans un cadre médical précis, selon les indications retenues par les autorités. Il ne s’agira donc pas d’un produit destiné à perdre quelques kilos à la demande, mais d’un médicament dont l’utilisation devra être encadrée.

Les recherches portent aussi sur d’autres bénéfices possibles. Des essais ont notamment évalué le rétatrutide chez des personnes atteintes de diabète de type 2, d’apnée du sommeil ou souffrant d’arthrose du genou. Les résultats communiqués en 2026 font état d’améliorations de la glycémie chez certains patients diabétiques et de symptômes liés à l’arthrose. Ces effets devront, eux aussi, être évalués avant que les autorités puissent se prononcer sur les usages du médicament.

À SAVOIR 

Le rétatrutide pourrait aussi avoir un effet sur la graisse accumulée dans le foie. Les premiers résultats montrent une diminution importante de cette graisse chez certains patients atteints de stéatose hépatique, aussi appelée « maladie du foie gras ».

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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