Tabac : le risque d’infertilité augmente chez les femmes fumeuses 

le 9 septembre 2026 à 17h06
Une femme fume une cigarette, une habitude qui peut affecter sa fertilité et compliquer une grossesse.
En 2024, 15,3 % des femmes âgées de 18 à 79 ans fumaient quotidiennement en France, selon Santé publique France. © Magnific
On connaissait les dégâts du tabac sur les poumons, le cœur ou encore le risque de cancer. Mais fumer pourrait aussi sérieusement compliquer les projets de bébé. L’OMS alerte ainsi sur les effets du tabac sur la fertilité. Chez les fumeuses, le risque d’infertilité serait supérieur de 40 % à celui des non-fumeuses. Et les hommes sont aussi concernés...
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Quand un bébé se fait attendre, les regards se tournent souvent vers l’âge, les hormones ou d’éventuels problèmes médicaux. Plus rarement vers la cigarette. Pourtant, le tabac peut lui aussi gripper la mécanique de la reproduction. Il peut perturber le fonctionnement des ovaires chez la femme, altérer la qualité des spermatozoïdes chez l’homme et même réduire les chances de réussite d’une assistance médicale à la procréation (AMP).

C’est tout l’intérêt de la nouvelle synthèse publiée par l’OMS. Elle permet de mieux mesurer le poids du tabagisme parmi les nombreux facteurs susceptibles d’influencer la fertilité. Car une difficulté à concevoir n’a généralement pas une cause unique : l’âge, certaines maladies, le poids, mais aussi différents facteurs liés au mode de vie peuvent entrer en jeu. Et surtout, infertilité ne veut pas dire impossibilité définitive d’avoir un enfant. Elle désigne l’absence de grossesse après au moins douze mois de rapports sexuels réguliers et non protégés. Une distinction essentielle pour comprendre ce que le tabac peut réellement changer dans un projet de grossesse.

Infertilité : le tabac au banc des accusés ?

Chez les fumeuses, un risque d’infertilité supérieur de 40 %

À partir des études publiées entre 2000 et 2026, l’OMS rapporte que les femmes qui fument présentent un risque d’infertilité supérieur de 40 % à celui des non-fumeuses. Le tabac rejoint ainsi une longue liste de facteurs susceptibles de peser sur la fertilité, aux côtés de l’âge, de certaines pathologies ou encore du surpoids et de l’obésité. Avec une différence importante : il s’agit d’un facteur sur lequel il est possible d’agir.

Les données réunies par l’OMS vont d’ailleurs dans ce sens. Les anciennes fumeuses présentent un risque d’infertilité inférieur de 25 % à celui des femmes qui continuent à fumer. L’arrêt du tabac peut donc être bénéfique dans le cadre d’un projet de grossesse. En France, où le recours à l’AMP progresse, la question prend une importance particulière. Selon l’Inserm, environ 3,9 % des enfants sont aujourd’hui conçus grâce à une technique d’assistance médicale à la procréation. Qu’il s’agisse d’une insémination artificielle, d’une fécondation in vitro ou d’un accueil d’embryon.

Qualité du sperme, érection… les hommes aussi concernés

L’OMS insiste également sur le versant masculin de l’infertilité. Sa synthèse s’appuie notamment sur une revue de 44 études regroupant plus de 60 000 hommes. Les résultats associent le tabagisme à plusieurs altérations de la fonction reproductive masculine. Chez les fumeurs, les spermatozoïdes peuvent être moins nombreux, moins mobiles et présenter davantage d’anomalies. L’Assurance maladie rapporte également une augmentation de la proportion de spermatozoïdes anormaux ou non viables, ainsi que des altérations touchant leurs chromosomes et leur ADN. 

Le tabac peut par ailleurs avoir des conséquences sur la fonction sexuelle. Les études analysées par l’OMS rapportent davantage de troubles de l’érection ou de l’éjaculation chez les fumeurs. Dans certaines situations, le tabagisme est également associé à une azoospermie, c’est-à-dire une absence de spermatozoïdes dans le sperme. Ces données rappellent surtout que les difficultés à concevoir se pensent à l’échelle du couple. En effet, l’infertilité peut être d’origine féminine, masculine ou associer des facteurs chez les deux partenaires. Et dans 10 à 25 % des cas, aucune cause précise n’est identifiée.

Le tabac réduit aussi les chances de réussite d’une PMA

Le recours à une fécondation in vitro ou à une autre technique d’AMP ne neutralise pas les effets du tabagisme. L’OMS s’appuie sur 21 études consacrées à la reproduction médicalement assistée. Dans ces travaux, le tabagisme est associé à des taux plus faibles de grossesse et de naissance vivante après une prise en charge, notamment lors d’une fécondation in vitro.

Les résultats compilés par l’organisation suggèrent que les chances d’obtenir une issue favorable pourraient être environ deux fois plus faibles chez les personnes exposées au tabac. Autre effet négatif, une moins bonne réponse à la stimulation ovarienne chez les fumeuses, ainsi qu’une diminution des taux de fécondation et d’implantation. Le tabagisme de l’homme peut lui aussi peser sur les résultats de l’AMP en raison de ses effets sur les spermatozoïdes. L’arrêt du tabac fait donc partie des mesures recommandées aux deux partenaires avant une prise en charge pour infertilité.

Comment le tabac agit-il sur la fertilité féminine ?

Les effets de la cigarette ne se limitent pas à un seul mécanisme. Certaines substances présentes dans la fumée de tabac peuvent perturber le fonctionnement hormonal et agir directement ou indirectement sur les ovaires. C’est notamment le cas du cadmium et du benzopyrène, deux substances toxiques susceptibles d’interférer avec les hormones impliquées dans la reproduction. Chez les fumeuses, des modifications des concentrations de plusieurs hormones intervenant dans le fonctionnement ovarien ont été observées.

Le tabagisme est également associé à une diminution de la réserve ovarienne. C’est-à-dire du nombre d’ovocytes encore disponibles dans les ovaires. Cette réserve diminue naturellement au fil des années, mais le tabac semble accélérer le phénomène. Ainsi, les marqueurs de réserve ovarienne sont significativement plus faibles chez les fumeuses. La ménopause survient également en moyenne deux ans plus tôt. L’effet du tabac se retrouve aussi après la fécondation. Il est associé à davantage de difficultés d’implantation de l’embryon dans l’utérus, ainsi qu’à une augmentation du risque de fausse couche et de grossesse extra-utérine.

Le tabagisme passif également dans le viseur

Ne pas allumer soi-même de cigarette ne signifie pas nécessairement ne pas être exposé. L’OMS relève également des données suggérant un effet du tabagisme passif sur la fertilité. Chez les femmes exposées régulièrement à la fumée des autres, plusieurs études retrouvent un risque d’infertilité plus élevé et une probabilité de conception plus faible. Les données restent toutefois moins solides que pour le tabagisme actif.

Les connaissances sont également encore limitées concernant les cigarettes électroniques, le tabac chauffé, les pipes à eau ou les produits du tabac sans fumée. L’OMS estime que leurs effets potentiels sur la fertilité doivent être davantage étudiés avant de pouvoir les quantifier avec précision.

En France, 15 % des femmes fument encore quotidiennement

La nouvelle alerte de l’OMS intervient alors que le tabagisme recule fortement en France, sans pour autant avoir disparu. Selon Santé publique France, 15,3 % des femmes âgées de 18 à 79 ans fumaient quotidiennement en 2024, contre 19,7 % des hommes. En intégrant les fumeurs occasionnels, la proportion atteignait respectivement 21,5 % chez les femmes et 26,8 % chez les hommes.

La consommation quotidienne reste par ailleurs importante. En 2024, les fumeuses quotidiennes déclaraient en moyenne 11,4 cigarettes par jour, contre 14 chez les hommes. La tendance de fond est néanmoins encourageante. Chez les 18-75 ans, la proportion de fumeurs quotidiens est passée de 25 % en 2014 à 18 % en 2024. Environ quatre millions de personnes ont ainsi quitté les rangs des fumeurs quotidiens en dix ans. Le dernier rapport de l’OMS devrait être une source de motivation pour les femmes (encore) fumeuses…

À SAVOIR 

Plus on fume, plus le risque de grossesse extra-utérine augmente. Selon l’Assurance maladie, il peut être multiplié par 3,5 à 3,9 chez les femmes qui fument plus de 20 cigarettes par jour.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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