Des chercheurs analysent en laboratoire les perturbateurs endocriniens, substances pouvant interagir avec le système hormonal.
Des chercheurs analysent en laboratoire les perturbateurs endocriniens, substances pouvant interagir avec le système hormonal. @gettysignature / Canva

Réchauffer un plat dans une barquette en plastique, utiliser un produit cosmétique parfumé, boire dans une bouteille en plastique ou nettoyer son intérieur avec certains produits ménagers : ces gestes font partie du quotidien de millions de personnes. Pourtant, certains de ces produits peuvent contenir des perturbateurs endocriniens, des substances capables d’interférer avec le fonctionnement hormonal. Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ? Où les trouve-t-on ? Quels sont les risques réels pour la santé et comment réduire son exposition au quotidien ? Explications.

Chaque jour, nous mangeons, respirons, habillons, utilisons des cosmétiques ou manipulons des objets contenant des milliers de substances chimiques. La plupart sont sans danger aux niveaux d’exposition habituels. D’autres, en revanche, ont de lourdes répercussions : les perturbateurs endocriniens.

Ces substances sont aujourd’hui présentes dans une grande partie de notre environnement. Elles peuvent se retrouver dans certains emballages alimentaires, produits ménagers, cosmétiques, textiles, pesticides ou encore plastiques du quotidien. Et ont la capacité à interférer avec le système hormonal du corps humain.

Selon les experts, un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances capable de modifier le fonctionnement du système hormonal et d’entraîner des effets nocifs sur la santé. Le système endocrinien joue un rôle central dans l’organisme. Il repose sur plusieurs glandes, dont la thyroïde, le pancréas, les glandes surrénales, l’hypophyse ainsi que les organes reproducteurs.

Ensemble, elles produisent des hormones qui circulent dans le sang et régulent de nombreuses fonctions essentielles, comme la croissance, la reproduction, le développement du cerveau, le métabolisme, le sommeil ou encore la réponse au stress.

Les perturbateurs endocriniens sont étudiés pour leur capacité à interférer avec ces mécanismes hormonaux. Certaines substances peuvent imiter l’action d’une hormone naturelle, tandis que d’autres sont susceptibles d’en bloquer les effets ou d’en modifier la production, le transport ou l’élimination.

Ces interactions peuvent perturber l’équilibre hormonal, un système particulièrement complexe qui intervient dans de nombreux processus biologiques essentiels au développement et au fonctionnement de l’organisme tout au long de la vie.

Les chercheurs s’intéressent notamment aux périodes de forte sensibilité hormonale, comme la grossesse, la petite enfance, la puberté ou encore certaines phases du vieillissement, durant lesquelles l’organisme pourrait être plus vulnérable à ces expositions.

L’une des premières alertes sanitaires ayant attiré l’attention sur les effets des substances agissant sur le système hormonal concerne le distilbène (diéthylstilbestrol). Prescrit entre les années 1950 et 1970 à certaines femmes enceintes dans l’espoir de prévenir les fausses couches, ce médicament a par la suite été associé à des conséquences sanitaires chez les enfants exposés durant la grossesse.

Plusieurs années après leur naissance, certaines personnes exposées in utero ont présenté des anomalies de l’appareil reproducteur ainsi qu’une augmentation du risque de certains cancers gynécologiques. Ces observations ont conduit les chercheurs et les autorités sanitaires à mieux comprendre que des substances capables d’interagir avec les hormones pouvaient produire des effets différés, parfois plusieurs décennies après l’exposition.

Cette affaire est aujourd’hui souvent citée comme un exemple marquant de l’importance des périodes de développement, notamment la vie fÅ“tale, dans l’évaluation des risques liés aux perturbateurs endocriniens. Elle a contribué à faire évoluer les connaissances scientifiques et les méthodes d’évaluation de ces substances.

Dans les emballages alimentaires et certains plastiques

Certains matériaux plastiques ont longtemps utilisé des composés tels que les bisphénols ou certains phtalates. Lorsque les contenants sont chauffés, usés ou soumis à certaines conditions d’utilisation, de faibles quantités de molécules peuvent migrer vers les aliments ou les boissons qu’ils contiennent.

Dans l’alimentation

L’alimentation est considérée comme l’une des principales voies d’exposition de la population générale. Des substances susceptibles d’agir sur le système hormonal peuvent être retrouvées à l’état de traces dans certains aliments ou boissons, notamment sous la forme de résidus de pesticides, de contaminants environnementaux ou de composés provenant des matériaux en contact avec les denrées alimentaires.

L’eau de consommation peut également constituer une source d’exposition à certaines substances chimiques présentes dans l’environnement.

Dans les cosmétiques et les produits d’hygiène

Certains produits cosmétiques peuvent contenir des substances faisant l’objet d’une surveillance particulière de la part des autorités sanitaires. Parmi elles figurent notamment certains parabènes, filtres UV chimiques, conservateurs ou substances parfumantes.

Ces composés peuvent être présents dans différents produits du quotidien, tels que les shampoings, les gels douche, les crèmes hydratantes, les déodorants, les produits de maquillage ou encore les vernis à ongles.

Dans l’air chez soi

L’environnement intérieur constitue également une source potentielle d’exposition. Des substances chimiques peuvent être émises progressivement par certains meubles, peintures, vernis, colles, revêtements de sol, textiles d’ameublement ou équipements électroniques.

Les chercheurs s’intéressent particulièrement à l’exposition chronique à de faibles doses de ces composés, qui peuvent s’accumuler dans les espaces clos et mal ventilés.

Dans les produits ménagers

Les produits d’entretien, désodorisants, sprays nettoyants ou lessives peuvent également contenir certaines substances chimiques susceptibles d’interagir avec le système hormonal. Si de nombreuses réglementations ont permis de réduire ou d’encadrer l’utilisation de certains composés, les autorités sanitaires recommandent généralement de privilégier des produits simples et de respecter les conditions d’utilisation indiquées par les fabricants.

Aujourd’hui, plus d’un millier de substances sont suspectées ou identifiées comme étant capables d’interagir avec le système hormonal. Toutefois, toutes ne présentent pas le même niveau de preuves scientifiques et leurs effets potentiels peuvent varier selon la nature de la substance, le niveau d’exposition ou encore la période de la vie concernée. Les chercheurs poursuivent leurs travaux afin de mieux comprendre leurs conséquences éventuelles sur la santé humaine et l’environnement.

À mesure que les connaissances progressent, les agences sanitaires réévaluent régulièrement ces substances pour actualiser les recommandations et les réglementations. Parmi les composés les plus fréquemment étudiés figurent notamment le bisphénol A (BPA), certains phtalates, les polychlorobiphényles (PCB), les dioxines, le tributylétain (TBT) ou encore certains pesticides.

  • Certains phtalates : utilisés notamment pour assouplir certains plastiques.
  • Certains parabènes : employés comme conservateurs dans divers produits de consommation.

Le bisphénol A (BPA) : désormais fortement encadré dans plusieurs usages, ainsi que certains de ses substituts comme le bisphénol S (BPS)

  • Les PFAS : une vaste famille de substances chimiques persistantes parfois surnommées « polluants éternels » en raison de leur très faible dégradation dans l’environnement.
  • Certains pesticides : utilisés en agriculture.
  • Certains retardateurs de flamme : présents dans des matériaux ou équipements.
  • Certaines dioxines et d’autres composés : utilisées lors de processus de combustion.

Les perturbateurs endocriniens font notamment l’objet de travaux concernant leurs effets possibles sur le système reproducteur. Les chercheurs s’intéressent en particulier à leur rôle potentiel dans certaines altérations de la fertilité masculine et féminine, la qualité du sperme, l’endométriose, certaines malformations de l’appareil génital ainsi que les pubertés précoces.

Ces questions font l’objet de nombreuses études, notamment parce que les hormones jouent un rôle central dans le développement et le fonctionnement du système reproducteur.

Troubles métaboliques

Certaines recherches suggèrent également une association entre l’exposition à certaines substances chimiques et plusieurs troubles métaboliques, parmi lesquels l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou encore le syndrome métabolique.

Pour décrire certains composés susceptibles d’influencer le stockage des graisses ou la régulation de l’appétit, les scientifiques utilisent parfois le terme d’« obésogènes ». Toutefois, les mécanismes impliqués restent encore étudiés.

Développement neurologique et comportemental

Le cerveau en développement est considéré comme particulièrement sensible aux variations hormonales. Plusieurs travaux ont ainsi exploré les liens possibles entre certaines expositions environnementales et différents troubles neurodéveloppementaux ou comportementaux.

Des associations ont notamment été observées avec certains troubles de l’attention, des difficultés d’apprentissage, des troubles du comportement ou encore des modifications du développement cognitif.

Une étude publiée par l’Inserm a mis en évidence une association entre l’exposition prénatale au méthylparabène ou au bisphénol S et certains indicateurs comportementaux chez de jeunes enfants. Les auteurs soulignent néanmoins que ces résultats ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct et qu’ils nécessitent d’être confirmés par d’autres travaux.

Les cancers

Les chercheurs s’intéressent également au rôle que pourraient jouer les perturbateurs endocriniens dans l’apparition de certains cancers dits hormonodépendants. Plusieurs types de cancers font ainsi l’objet d’études, notamment ceux du sein, de la prostate, du testicule, de l’ovaire et de l’endomètre.

Toutefois, les connaissances scientifiques continuent d’évoluer. Si certaines études mettent en évidence des associations entre l’exposition à certaines substances et un risque accru de développer ces cancers, il reste difficile d’établir avec précision l’ampleur de ce risque.

Cette complexité s’explique notamment par la diversité des perturbateurs endocriniens, les multiples sources d’exposition et les effets potentiels d’expositions répétées tout au long de la vie.

L’exposition aux perturbateurs endocriniens ne présente pas les mêmes enjeux à tous les âges de la vie. Certaines périodes de la vie, notamment la vie fÅ“tale, la petite enfance et la puberté, sont particulièrement sensibles en raison des importantes transformations hormonales et biologiques qui s’y produisent.

Durant la grossesse, par exemple, le développement du cerveau, des organes et du système hormonal du futur enfant repose sur un équilibre complexe et précisément régulé. Les scientifiques étudient depuis plusieurs années l’hypothèse selon laquelle des perturbations de ces mécanismes au cours de ces phases clés pourraient avoir des conséquences à plus long terme sur la santé.

C’est pourquoi les autorités sanitaires recommandent généralement de limiter autant que possible l’exposition aux substances susceptibles d’interagir avec le système hormonal pendant ces périodes de développement.

Il est pratiquement impossible d’éviter totalement les perturbateurs endocriniens, tant ils sont présents dans notre environnement quotidien. En revanche, plusieurs gestes simples permettent de limiter son exposition. Les autorités sanitaires recommandent notamment de privilégier le verre pour conserver ou réchauffer les aliments et d’éviter autant que possible de chauffer de la nourriture dans des contenants en plastique.

Une aération quotidienne du logement pendant au moins quinze minutes contribue également à réduire la concentration de nombreux polluants présents dans l’air intérieur. Du côté de l’alimentation, il est conseillé de privilégier les produits bruts ou peu transformés, de cuisiner davantage, de laver soigneusement les fruits et légumes et, lorsque cela est possible, de choisir des produits issus de l’agriculture biologique.

Il est aussi recommandé de limiter l’utilisation des produits ménagers en favorisant des alternatives plus simples comme le vinaigre blanc, le savon noir ou le bicarbonate de soude. Enfin, laver les vêtements, textiles et jouets avant leur première utilisation peut permettre d’éliminer une partie des substances chimiques présentes à leur surface. Sans supprimer totalement les expositions, ces habitudes peuvent contribuer à les réduire au quotidien.

À SAVOIR

Dans les années 1970 et 1980, les biologistes marins ont observé un phénomène étonnant chez certaines espèces de mollusques : des femelles développaient progressivement des organes reproducteurs masculins. Cette anomalie, appelée « imposex », pouvait perturber leur reproduction et, dans certains cas, entraîner leur stérilité. Les recherches ont finalement permis d’identifier le responsable : le tributylétain (TBT), un composé chimique utilisé dans les peintures appliquées sur les coques des navires pour empêcher l’accumulation d’organismes marins. Même à très faibles doses, cette substance était capable de perturber le système hormonal des animaux.

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Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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