Une paupière qui gonfle brutalement, une petite lésion rouge au niveau de la peau, puis une fièvre accompagnée d’une fatigue inhabituelle : dans de rares cas, la maladie de Chagas peut provoquer des signes visibles dès les premiers jours de l’infection.
Le plus souvent, elle évolue de manière silencieuse. Cette absence de symptômes explique pourquoi elle reste particulièrement redoutée : le parasite responsable peut persister dans l’organisme pendant plusieurs décennies avant d’entraîner des complications cardiaques ou digestives parfois graves.
Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, environ 8 millions de personnes vivent avec la maladie de Chagas dans le monde. L’infection est principalement présente dans les pays d’Amérique latine, où les conditions climatiques favorisent la présence des insectes vecteurs responsables de sa transmission.
Plus de 100 millions de personnes sont exposées au risque d’infection et cette maladie parasitaire est responsable de plus de 10 000 décès chaque année.
Une maladie parasitaire transmise par les triatomines
La maladie de Chagas, également appelée trypanosomiase américaine, est provoquée par le parasite Trypanosoma cruzi. Elle est principalement présente en Amérique latine, mais des cas sont également recensés en Guyane française.
Contrairement à certaines maladies tropicales, elle n’est pas transmise par un moustique, mais par des insectes hématophages appartenant à la famille des triatomines. Ces punaises se nourrissent de sang humain, généralement la nuit, et vivent le plus souvent dans les fissures des habitations, les toitures ou les bâtiments d’élevage.
La contamination ne se produit pas lors de la piqûre elle-même. Après s’être nourrie, la punaise émet des déjections contenant le parasite à proximité de la zone piquée. En se grattant ou en portant les mains aux yeux, au nez ou à la bouche, la personne peut favoriser la pénétration du parasite à travers la peau lésée ou les muqueuses.
D’autres modes de transmission sont également possibles :
- par voie alimentaire, lors de la consommation d’aliments ou de boissons contaminés ;
- de la mère à l’enfant pendant la grossesse ;
- par transfusion sanguine ou greffe d’organe lorsque les donneurs sont infectés.
En revanche, la maladie de Chagas ne se transmet pas par un simple contact entre deux personnes.
Une évolution en deux phases
La phase aiguë
Elle survient dans les semaines qui suivent la contamination et dure généralement jusqu’à deux mois. Chez de nombreuses personnes, elle passe totalement inaperçue ou provoque seulement des symptômes peu spécifiques, comme de la fièvre, une fatigue importante ou des ganglions.
Plus rarement, des signes plus caractéristiques peuvent apparaître, notamment le signe de Romaña, qui correspond à un gonflement inflammatoire d’une paupière lorsque le parasite pénètre par l’œil, ou un chagome, une lésion rouge et inflammatoire au niveau du point d’entrée du parasite.
La phase chronique
Après cette première phase, le parasite persiste dans l’organisme. La majorité des personnes infectées restent longtemps sans symptôme, parfois toute leur vie.
Chez environ 10 à 30 % des patients, des complications apparaissent toutefois 10 à 30 ans après l’infection.
Les atteintes les plus fréquentes concernent le cœur. Le parasite altère progressivement le muscle cardiaque et le système électrique responsable des battements. Des palpitations, un essoufflement, des malaises ou des vertiges peuvent apparaître, avec un risque d’insuffisance cardiaque, de troubles du rythme ou, dans les cas les plus graves, de mort subite.
Le système digestif peut également être touché. L’atteinte des nerfs contrôlant l’œsophage ou le côlon peut entraîner leur dilatation progressive, responsable de difficultés à avaler, d’une constipation chronique ou d’une perte de poids importante.
Un diagnostic qui dépend du stade de la maladie
Les premiers signes, lorsqu’ils existent, ne permettent pas à eux seuls de confirmer une maladie de Chagas. Un gonflement de la paupière ou une lésion cutanée peuvent notamment être confondus avec une allergie, une piqûre d’insecte banale ou une conjonctivite.
Le diagnostic repose donc sur des examens biologiques adaptés au stade de l’infection.
Pendant la phase aiguë, le parasite circule en quantité importante dans le sang et peut être identifié grâce à des examens parasitologiques ou à des techniques de biologie moléculaire.
Lors de la phase chronique, il devient beaucoup plus difficile à détecter directement. Le diagnostic repose alors sur deux tests sérologiques recherchant des anticorps dirigés contre Trypanosoma cruzi, associés à l’histoire du patient, notamment un séjour dans une région où la maladie est présente.
Une prise en charge adaptée au stade de l’infection
Le traitement antiparasitaire repose principalement sur deux médicaments : le benznidazole et le nifurtimox.
Administrés précocement, notamment pendant la phase aiguë ou chez les nouveau-nés infectés, ils permettent d’éliminer efficacement le parasite. Lorsque l’infection est ancienne, leur efficacité diminue, mais ils peuvent encore contribuer à ralentir l’évolution de la maladie.
Lorsque des complications cardiaques ou digestives sont déjà installées, une prise en charge spécifique est nécessaire. Elle peut associer des traitements contre l’insuffisance cardiaque, la pose d’un stimulateur cardiaque, une chirurgie digestive ou des adaptations alimentaires selon les atteintes observées.
Une prévention essentielle en l’absence de vaccin
À ce jour, aucun vaccin ne permet de prévenir la maladie de Chagas. La prévention repose donc principalement sur la réduction du risque de contamination dans les zones où le parasite circule.
Les principales mesures recommandées sont :
lutter contre les triatomines en améliorant l’habitat, en rebouchant les fissures des logements et en utilisant des insecticides lorsque cela est nécessaire ;
protéger les aliments et les boissons afin d’éviter toute contamination ;
assurer le dépistage des dons de sang et d’organes ;
proposer un dépistage aux femmes enceintes ayant séjourné dans une région où la maladie est endémique afin de limiter le risque de transmission au nouveau-né.
À SAVOIR
En mars 1835, Charles Darwin rapporte dans son journal avoir été piqué par une « grande punaise noire » lors de son voyage dans les pampas argentines. Cet insecte, aujourd’hui identifié comme un triatome, peut transmettre la maladie de chagas. Après son retour en Angleterre, le naturaliste souffre de troubles digestifs, de fatigue chronique et de palpitations dont l’origine reste inconnue. Plusieurs historiens ont depuis avancé l’hypothèse d’une forme chronique de la maladie, sans qu’aucune preuve ne permette de la confirmer.




