Gonflement des jambes, douleurs, bleus inexpliqués… Camille Cerf a récemment confié souffrir de lipœdème, aussi appelé “maladie des jambes poteaux”. Un trouble chronique encore méconnu, souvent confondu avec un simple problème esthétique. Mais de quoi s’agit-il exactement ?
Début mai 2026, Camille Cerf a révélé publiquement être atteinte de lipœdème, une maladie encore largement méconnue du grand public. Dans plusieurs prises de parole, l’ancienne Miss France évoque des douleurs persistantes, des jambes qui gonflent et des bleus fréquents, malgré une hygiène de vie équilibrée.
Un témoignage largement relayé, qui fait écho chez de nombreuses femmes confrontées à des symptômes similaires, souvent minimisés ou mal interprétés.
Au-delà de cette prise de parole, c’est toute la question de la reconnaissance de cette maladie qui se pose. En France, le lipœdème reste encore peu identifié, fréquemment confondu avec un simple problème esthétique ou un surpoids, et à l’origine d’une errance diagnostique pour de nombreuses patientes.
Le lipœdème, une maladie du tissu graisseux
Le lipœdème est une maladie chronique qui touche le tissu adipeux, autrement dit la graisse corporelle. Mais ici, rien à voir avec une prise de poids classique. Ce trouble se manifeste par une accumulation anormale, progressive et symétrique de graisse, le plus souvent au niveau des jambes, parfois des bras.
Le phénomène obéit à un mécanisme distinct de celui du surpoids ou de l’obésité. La répartition des graisses devient déséquilibrée, sans lien direct avec l’alimentation ou l’activité physique. Autrement dit, ni les régimes ni le sport ne permettent de corriger cette accumulation.
Dans les faits, le contraste est souvent frappant puisque le haut du corps reste relativement fin, tandis que les membres inférieurs augmentent de volume de manière disproportionnée. C’est cette silhouette caractéristique, avec des jambes épaissies et parfois douloureuses, qui a conduit à l’expression imagée de « jambes poteaux ».
Maladie des “jambes poteaux” : comment savoir si vous souffrez d’un lipœdème ?
Des symptômes bien spécifiques et souvent ignorés
Les symptômes sont caractéristiques et ne sont pas uniquement esthétiques, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Les patientes décrivent généralement :
- une augmentation du volume des jambes, symétrique
- une sensation de lourdeur, accentuée en fin de journée
- des douleurs spontanées ou au toucher
- une tendance aux ecchymoses (bleus) sans choc important
- une résistance aux régimes et au sport
Selon la Haute Autorité de Santé, cette combinaison de signes doit alerter, car elle oriente vers une pathologie spécifique, et non vers un simple problème de poids.
Les pieds sont généralement épargnés, ce qui permet de différencier le lipœdème d’un autre trouble, le lymphœdème.
Une maladie hormonale, presque exclusivement féminine
Le lipœdème concerne quasi exclusivement les femmes. Cette particularité intrigue encore les chercheurs. Plusieurs éléments suggèrent une origine hormonale car la maladie apparaît ou s’aggrave souvent à des moments clés de la vie :
- la puberté
- la grossesse
- la ménopause
Ces périodes correspondent à des bouleversements hormonaux majeurs, ce qui renforce l’hypothèse d’un lien avec les œstrogènes. Des facteurs génétiques pourraient également intervenir, certaines patientes rapportant des cas similaires dans leur famille.
Une maladie fréquente mais largement sous-diagnostiquée
Jusqu’à 1 femme sur 10 pourrait être concernée. Une estimation reprise notamment par plusieurs sociétés savantes européennes spécialisées dans les maladies vasculaires.
Mais ce chiffre reste à manier avec prudence. En France, il n’existe pas encore de données épidémiologiques solides à grande échelle car le trouble est encore trop méconnu.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que le lipœdème est très souvent mal diagnostiqué. Selon l’Inserm, de nombreuses patientes passent des années sans diagnostic, leurs symptômes étant attribués à tort à :
- du surpoids
- de la cellulite
- ou un manque d’activité physique
Un manque de connaissance qui mène à une errance médicale parfois longue, et un sentiment d’incompréhension.
Pourquoi le diagnostic est-il si difficile ?
Le lipœdème n’est pas toujours enseigné de manière approfondie dans les cursus médicaux. Il n’existe pas non plus de test biologique ou d’imagerie spécifique permettant de le confirmer à coup sûr.
Le diagnostic repose donc essentiellement sur l’examen clinique :
- observation du corps,
- interrogation de la patiente,
- analyse des symptômes.
Selon la Haute Autorité de Santé, cette absence d’outil diagnostic standardisé explique en partie les retards de prise en charge.
Lipœdème : quels sont les traitements aujourd’hui ?
Il n’existe pas de traitement curatif du lipœdème à ce jour. L’objectif est donc de soulager les symptômes et d’améliorer la qualité de vie.
La prise en charge repose généralement sur plusieurs approches complémentaires :
- le port de vêtements de compression pour limiter la sensation de lourdeur
- le drainage lymphatique manuel, une technique de massage spécifique
- une activité physique adaptée (natation, marche, vélo)
- un accompagnement nutritionnel, même si la maladie ne disparaît pas avec un régime
Dans certains cas, une intervention chirurgicale, comme la liposuccion, peut être envisagée. Selon l’Orphanet, elle peut réduire les douleurs et améliorer la mobilité, sans pour autant guérir la maladie.
Un impact réel sur la qualité de vie
Au-delà des symptômes physiques, le lipœdème peut avoir un retentissement psychologique important. Les patientes évoquent souvent :
- un sentiment d’injustice (« je fais attention mais rien ne change »)
- une image corporelle dégradée
- une fatigue liée à la douleur chronique
Le témoignage de Camille Cerf a justement permis de déculpabiliser certaines femmes, en rappelant que cette condition n’est ni liée à un manque de volonté, ni à un défaut d’hygiène de vie.
À SAVOIR
Décrit pour la première fois en 1940 par les médecins américains Edgar V. Allen et Edgar A. Hines Jr., le lipœdème n’a été reconnu que récemment par l’OMS, avec son intégration dans la Classification internationale des maladies (CIM-11), entrée en vigueur en 2022.








